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Cehl Meeah, l?exilé

27 août 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les enquêteurs de la Major Crimes Investigation Team (MCIT) fulminent. Eux qui attendaient avec impatience le retour du leader du Hizbullah, Cehl Meeah, pour l?interroger dans le cadre d?une enquête sur une série de braquages, devront prendre leur mal en patience.

En effet, le principal intéressé, qui s?était rendu en Arabie saoudite pour y effectuer un pèlerinage, a fait savoir qu?il ne retournerait pas à Maurice tant que la MCIT serait en charge de l?enquête. Cehl Meeah a fait savoir, par le biais de son avocat, Me Raouf Gulbul, qu?il avait soumis une demande d?asile politique aux autorités saoudiennes, sans toutefois préciser si sa démarche avait été approuvée. Une situation qui embarrasse au plus haut point le gouvernement mauricien.

C?est après avoir appris que les enquêteurs de la MCIT l?interrogeraient dès son retour au pays que Cehl Meeah aurait pris la décision de demander l?asile politique en Arabie saoudite. Il s?estime persécuté par le chef de la MCIT, Prem Raddhoa qui, a soutenu Cehl Meeah à plusieurs reprises, « veut sa peau ».

Pour soutenir sa demande auprès des autorités saoudiennes, le leader du Hizbullah a dû exposer, par écrit, les raisons motivant son geste. Un panel d?avocats, dont Me Raouf Gulbul fait partie, a dû compiler nombre d?informations concernant les atteintes aux droits de l?homme. Ainsi, une copie des différentes dépositions faites par Cehl Meeah dans des postes de police de l?île, ainsi que des coupures de journaux concernant la mort en cellule de Rajesh Ramlogun, soupçonné d?être l?auteur de deux meurtres à Lallmatie en janvier dernier, ont été rassemblées dans ce document. Cehl Meeah y évoque également sa détention par les hommes du surintendant de police Prem Raddhoa en 2001 et explique avoir subi des sévices lors de son interrogatoire par les officiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe.

<B>Un pied de nez à la police</B>

Les enquêteurs de la MCIT envisageaient d?interroger le leader du Hizbullah après que Ramtoolah Hossen, arrêté à un barrage routier à Pétrin le 7 juillet dernier, avait allégué qu?il aurait reçu Rs 50 000 de Cehl Meeah pour la vente de certains bijoux provenant du braquage d?une bijouterie. Ce pied de nez à la police inquiète les dirigeants du pays qui voient dans le geste de Cehl Meeah une tentative de défier les autorités et de ternir l?image de Maurice à l?étranger. Le gouvernement mauricien hésite en effet sur la marche à suivre, craignant de mettre à mal les relations économiques entre les deux pays.

Cette situation n?est pas sans susciter des commentaires dans les milieux politiques. Certains estiment que Maurice devrait envoyer un signal fort et réclamer l?extradition de Cehl Meeah, alors que d?autres pensent qu?il serait préférable de négocier pour ne pas « ternir d?avantage » l?image de Maurice en matière des droits de l?homme. D?autres enfin souhaitent que le chef de la MCIT, qui a souvent été accusé de porter atteinte aux droits humains, soit muté. Une chose est sûre, les avis divergent.

Anil Gayan, l?ancien ministre des Affaires étrangères et membre de l?Union nationale, fait part de son incompréhension devant cet état de choses.

« Il est inacceptable qu?un suspect dans un crime de droit commun puisse réclamer l?asile politique », laisse-t-il entendre.

Et à peine installé en Arabie saoudite, le leader du Hizbullah a fait venir sa famille qui s?est envolée, il y a une dizaine de jours, après avoir reçu le feu vert des autorités de ce pays. Cehl Meeah a fait savoir que c?était pour des raisons de sécurité. « Il craint pour la sécurité de ses proches à Maurice et il a donc préféré qu?ils le rejoignent au plus vite », confie un membre de l?entourage du leader du Hizbullah. Les partisans de Cehl Meeah affirment, quant à eux, ne pas comprendre l?acharnement dont fait l?objet leur leader. « Enn dimoun pas kapav gaign per pou mars dan so prop pays. MCIT kroir ki li kapav fer se ki li anvi », laissent-ils entendre.

Alors que l?interrogatoire de Cehl Meeah était justifié par les allégations portées contre lui par Hussein Boolakee, un nouvel élément est venu tout remettre en cause. Hussein Boolakee est, en effet, revenu cette semaine sur sa déposition.

<B>Des « aveux » sous la contrainte</B>

Ce dernier avait été arrêté à Pétrin le 7 juillet dernier par des officiers de l?Adsu, alors qu?il circulait à bord d?un véhicule en compagnie de Ramtoolah Hossen, 26 ans, et de Mohammad Reaz, 21 ans. La fouille du véhicule avait permis aux policiers de mettre la main sur des menottes, du gaz lacrymogène et des talkies-walkies. Tous avaient été arrêtés. Les hommes du surintendant Prem Raddhoa ont plus tard affirmé qu?Hussein Boolakee avait avoué avoir participé au braquage de la bijouterie Bijoulux, le 22 août 2005, et qu?il avait agi sur les instructions de Cehl Meeah.

Or, dans un affidavit juré en cour cette semaine, Hussein Boolakee est venu dire que ses « aveux » avaient été obtenus sous la contrainte. Si la Cour suprême statue que lesdits aveux ont effectivement été obtenus en utilisant des méthodes musclées, l?interrogatoire de Cehl Meeah n?aura plus sa raison d?être.

En attendant que la situation se décante, ce dernier a fait savoir, à travers son avocat qu?il ne remettrait pas les pieds à Maurice avant d?obtenir la garantie écrite des autorités mauriciennes assurant qu?il ne sera pas interrogé par les hommes de Raddhoa.

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