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Le sucre ne craint pas une commission d’enquête

18 août 2006, 00:00

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Voici la suite de la réponse de l’industrie sucrière à ses détracteurs, dont des ministres et non les moindres, réplique fournie à la mi-août 1981. L’express d’hier en publie la première partie.

Ses détracteurs accusent, entre autres, le Sucre de fragmenter ses terres. Il leur répond qu’une overdose fiscale l’oblige à adopter, bien à contrecoeur, la stratégie, pratiquée de longue date, par les planteurs de cannes, pour rester le plus “petits” possible afin d’échapper à l’insatiabilité fiscale et demeurer les préférés, les choyés, les privilégiés du gouvernement travailliste. La loi leur permet généreusement de le faire au détriment de la gestion optimale des plantations cannières et des économies d’échelle. La classe politique s’émeut seulement quand le Sucre veut à son tour faire ce que font, de longue date, les petits planteurs. Elle réclame, en toute iniquité, de modifier la loi de façon discriminatoire afin d’empêcher les seuls établissements sucriers de fragmenter leurs terres, comme le font les planteurs, avec la bénédiction gouvernementale.

Le Sucre ne craint pas l’institution d’une commission d’enquête sur ses finances. Non seulement il ne nourrit aucune appréhension à ce sujet mais il a pris les devants, dans le passé, pour réclamer une telle instance de vérification et d’arbitrage. En 1962, par exemple, le Sucre réclame et obtient la Commission Balogh qui l’exonère de tout blâme, après avoir statué que les allégations, portées contre lui, sont soit infondées, soit le résultat de l’ignorance de certains aspects techniques. Le 22 mai 1981, la Chambre d’Agriculture réclame au GM une “High Level Economic Study” pour examiner la viabilité de l’industrie sucrière. Le Sucre précise seulement qu’il serait malsain, pour l’ensemble du pays, que les travaux et les audiences publiques d’une commission d’enquête, le concernant, se déroulent en pleine campagne électorale. Il remarque aussi qu’une bonne cinquantaine de corps para-étatiques ne seraient pas aussi disposés que lui à accepter, à l’improviste, une commission d’enquête les concernant.

Pour se défendre de l’accusation de mauvaise utilisation, sinon de détournement, des profits du boom sucrier de 1973-76, la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) fait appel à l’avocat Veerasamy Ringadoo qui est aussi notre ministre des Finances. Elle se réfère à sa plaidoirie du 5 avril 1977 à l’Assemblée législative. Me Ringadoo demande alors à l’opposition de tenir compte de ce que le Sucre fait en faveur des industries non-sucre. Le MMM effarouche les investisseurs étrangers, en piétinant de la sorte les investissements sucriers dans des activités non-sucre. Ce parti réclame la nationalisation du Sucre mais possède-t-il, parmi ses cadres, les compétences requises pour gérer le Sucre aussi efficacement que le font ses propriétaires actuels et les administrateurs qu’ils désignent ? Les Mauriciens doivent se réjouir que le Sucre parvient à diversifier ses activités et à sortir du cercle vicieux de la monoculture. Le GM l’encourage à le faire parce que cela favorise la création d’emplois. Ne soyons pas doctrinaires. N’accusons pas le Sucre d’accumuler ses profits ni de les thésauriser. Il ne faut pas que notre industrie sucrière devienne une autre DWC.

Le Sucre ne peut trouver de défense plus percutante que cette plaidoirie de l’avocat Ringadoo, même si le ministre des Finances tient, depuis, un langage contraire, en accusant les gestionnaires sucriers d’être des “petits malins”.

Ringadoo veut des chiffres détaillés, propriété par propriété, la MSPA, lui, rappelle ceux de Bel Ombre S.E. De 1976 à 1981, cette usine sucrière savanaise a dépensé Rs 107,4 millions en salaires, boni, allocations diverses, Rs 51,6 m. en taxes et contributions diverses, qu’elle fasse des profits ou des pertes, Rs 600 000 en dividendes (en 1976 seulement) et Rs 9,2 millions en intérêts bancaires. De 1976 à 1981, ses dettes à long terme passent de Rs 1,6 m. à Rs 10,3 m., son découvert bancaire de Rs 4,3 m. à Rs 21,7 m. Dans ce laps de temps, sa balance cumulative de profits de Rs 2,3 m. passe à une de Rs 11,4 m. de… pertes. Devant son état de santé précaire, le Dr Ringadoo lui préconise d’autres emprunts afin que son découvert bancaire atteigne Rs 28,6 m. en juin 1982. Où se trouve le ballon d’oxygène que le GM est censé donner aux entreprises en difficulté ? Il n’y a pas deux propriétés sucrières à présenter les mêmes caractéristiques. Le GM dispose déjà des comptes sucriers, propriété par propriété, qu’il persiste à réclamer pour discréditer le Sucre, sans oublier qu’il gère Rose Belle S.E. au nom de l’Etat et de la population de Maurice.

Il est fort regrettable que, dans cet exercice de communication, la MSPA et PROSI omettent de présenter les comptes de la Lonrho et de ses trois propriétés (Britannia, Highlands, Mon Trésor-Mon Désert) comme le réclame le ministre des Finances. Cet oubli de taille donne à penser que Ringadoo pourrait avoir raison sur ce point particulier : pourquoi Bel Ombre S.E fait-il des pertes quand Lonhro transfère, bon an, mal an, des profits ? Cela n’empêche pas la MSPA de porter l’argument sur son terrain préféré : les comptes globaux. Son constat général est que la croissance des dépenses n’est pas compensée par celle des revenus, amputés de la taxe de sortie cum surcharge de 75%, soit un siphonement gouvernemental de près de 25% des revenus sucriers bruts, bon an, mal an.

Les différences dans les comptes globaux s’expliquent aussi par la liberté que possèdent les différentes propriétés de tenir compte totalement ou partiellement de l’amortissement à son coût de remplacement. Cela pourrait, par exemple, expliquer les profits, factices alors, de Lonrho. D’autres propriétés préfèrent ainsi sacrifier la totalité de l’amortissement au coût de remplacement afin d’aménager une possibilité artificielle de dividendes en faveur de leurs actionnaires. Mais à l’heure du remplacement des équipements hors d’usage, pas moyen d’échapper à son coût réel même si provision budgétaire n’a pas été faite au préalable et en temps voulu.

(A suivre)

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