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Réveil nécessaire
par Pauline ETIENNE
Ils ne savent pas trop à quelle sauce ils seront mangés. Mais ils ont une certitude : leurs derniers mois au primaire ne seront pas une partie de plaisir. Voilà une semaine que les étudiants du ?Certificate of Primary Education? (CPE) ont repris le chemin de l?école pour entamer leur dernier trimestre, et déjà les premières anxiétés se font sentir. Ils croyaient être débarrassés de ce stress mais le ministre en a décidé autrement. Du haut de leurs dix ans, ils iront au front pour essayer de se faire une place dans une ?bonne école?? Quant aux parents, ils cesseront bientôt de dormir paisiblement et n?auront plus qu?une idée en tête : que leurs enfants ne soient pas rejetés par le système.
Comme les enfants, ces parents sont à plaindre. Ils ont des mois de tension à l?horizon et rien ne pourra les empêcher de se faire du souci dans l?attente du fameux A+? Alors oui, ils sont à plaindre. Mais ces parents ont peut-être aussi une part de responsabilité dans ce calvaire que leurs enfants s?apprêtent à vivre.
A peine était-il arrivé à la tête du ministère de l?Education que Dharam Gokhool nous donnait déjà les prémices du sombre dessein qu?il entrevoyait pour les élèves du CPE. Une bonne dose de compétition pour s?assurer que les meilleurs élèves donnent le meilleur d?eux-mêmes? sans se soucier de la grande majorité qui se retrouveraient à la traîne et ne pourraient espérer de faire partie de cette élite tant convoitée. Si les observateurs et autres pédagogues sont immédiatement montés au créneau pour tenter de défendre l?égalité des chances et assurer un avenir plus rose à nos enfants, on ne peut pas en dire autant des parents. Dans leur cercle immédiat, peut-être n?ont-ils pas hésité à monter sur leurs grands chevaux en condamnant cet acte ignoble que le ministre s?apprêtait à accomplir. Mais rarement a-t-on entendu ces mêmes parents dans un espace public crier haut et fort qu?ils ne sauraient accepter cet état de choses.
Peut-être cela n?aurait-il pas servi à grand-chose? Dharam Gokhool, du haut de son poste de ministre n?entend pas ceux qui ne partagent pas son avis. Il est convaincu de sa théorie et rien ne semble pouvoir le faire descendre de son piedestal. Ni les instituteurs, ni les pédagogues, ni même les experts africains? Mais l?histoire retiendra que les citoyens mauriciens ont joué le jeu du ministre. Peut-être aurait-il réagi différemment s?il avait senti une réelle mobilisation citoyenne. S?il avait senti que sa popularité était en perte de vitesse, peut-être serait-il sorti de sa tour d?ivoire pour voir ce qui se passe au-dehors. Certains ? à l?instar de l?ancien ministre Kadress Pillay ? ont bien essayé mais quand on est seul ? ou presque ? face à l?adversité, on ne peut pas grand-chose.
La société mauricienne est telle qu?elle ne réagit que très rarement et trop timidement aux provocations gouvernementales. Résultat : nos leaders se croient autorisés à faire n?importe quoi. Après tout, s?il n?y a pas de représailles? Les élections n?étant pas prévues pour les prochains mois, ils n?ont rien à craindre.
En parlant des parents, le président de la Deputy Head Teachers? Union, Swaley Rojee, affirme ?qu?ils sont plus stressés qu?avant, parfois plus que l?enfant. Certains parents disent que leur enfant est plutôt moyen et pensent qu?il n?aura pas de bon collège.? Peut-être que maintenant qu?ils sont mis devant les faits accomplis, les parents se décideront-ils à se réveiller et à tenter de faire flancher le ministre et sa réforme ? Voilà tout ce qu?on leur souhaite en tout cas? Le cas échéant, les enfants ne seront plus que jamais confrontés à une simple instruction où l?examen de fin d?année est l?objectif ultime au lieu d?avoir une éducation de qualité où l?ouverture d?esprit et les valeurs humaines ont une place de choix.
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