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Equilibre rompu
Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a dressé, récemmentt sur France 2, un premier bilan de l’opération de régularisation de familles d’étrangers sans papiers avec au moins un enfant scolarisé : sur “un peu moins de 30 000 demandes” enregistrées, “environ 6 000” régularisations seront accordées. M. Sarkozy a réaffirmé son refus des opérations de régularisation massives. Devant les préfets réunis au ministère de l’Intérieur, le 24 juillet, le ministre avait déjà souligné qu’en France comme à l’étranger “ces opérations ont à chaque fois provoqué un puissant effet appel d’air”.
L’immigration, on le sait, est une question très sensible dont, hélas ! Jean-Marie Le Pen fait son miel depuis des années, à coups d’amalgame entre immigration et délinquance. On peut comprendre que M. Sarkozy tente de contenir le vote Le Pen en limitant les occasions pour le dirigeant d’extrême droite de déployer sa redoutable démagogie. Fallait-il pour autant abroger la loi Chevènement du 11 mai 1998, qui accordait notamment aux clandestins une régularisation après dix ans de présence sur le territoire ?
Cette loi apportait un équilibre entre la nécessaire maîtrise de l’immigration et les préoccupations humanitaires. En rompant cet équilibre, M. Sarkozy risque surtout de fabriquer des milliers de nouveaux clandestins. Le ministre de l’Intérieur aurait été mieux inspiré de pousser les feux pour que l’Europe – ou au moins le groupe des pays de l’UE les plus concernés – se saisisse, enfin, réellement de la question des politiques et du contrôle de l’immigration. M. Sarkozy encourt aussi le reproche de ne pas respecter les règles du jeu qu’il avait lui-même fixées. En juillet, devant les préfets, il avait jugé pouvoir “raisonnablement s’attendre” à un total de 20 000 demandes, “ce qui pourrait aboutir à l’attribution de 6 000 cartes de séjour”, avait-il ajouté. Le nombre de demandes est supérieur de près d’un tiers, mais les régularisations restent fixées à 6 000. Il y a là pour le moins une injustice qui ne peut qu’attiser les polémiques, au moment où l’Espagne et l’Italie viennent de régulariser plusieurs centaines de milliers de personnes.
Pour autant, on ne peut pas reprocher au ministre de refuser une régularisation massive. L’immigration ne doit pas être à l’écart des règles et des lois, et la formule de Michel Rocard – “nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde” – , prononcée le 3 décembre 1989 sur TF1, reste malheureusement d’actualité. Même si la France peut être accusée de parler plus que d’agir, Jacques Chirac a eu raison de rappeler, le 14 juillet, que le problème de l’immigration ne peut pas être réglé “en dehors de son contexte (...) Nord-Sud”. Tant que le problème du développement n’aura pas été abordé de façon à la fois plus réaliste et plus généreuse par la communauté internationale, il n’y aura que des mauvaises solutions à la question de l’immigration dans les pays riches.
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