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Marie, femme au visage divin
Symbole du salut chrétien, Mère de Dieu, Reine des Cieux? Quel que soit le nom sous lequel on l?invoque, la Vierge Marie, célébrée aujourd?hui par les catholiques de Maurice à l?occasion de la fête de l?Assomption, reste une puissante figure du christianisme. Invitation à mieux la connaître.
Simple mortelle, sublimée et placée au c?ur du christianisme, Marie fait l?objet d?une dévotion croissante depuis des siècles. Les catholiques mauriciens célèbrent aujourd?hui son passage à l?au-delà. Une occasion de rendre hommage à celle qui a donné naissance au Christ. Le temps aussi de renouer avec cette grande dame, de la replacer dans son contexte et de méditer sur son puissant symbolisme.
A travers le temps et l?espace, le culte de Marie n?a cessé de croître. Les foules qui se rendent en pèlerinage sur les lieux de ses apparitions sont toujours plus nombreuses. L?ancien chef de l?Eglise catholique, le pape Jean-Paul II, a en plusieurs occasions dit son attachement à la Vierge. Qu?est-ce qui explique cette vénération ? En a-t-il toujours été ainsi ? Qui donc est Marie ?
?Elle n?est pas une déesse en concurrence avec Dieu. Elle est certainement une sainte puisqu?elle a suivi les enseignements de Jésus de manière exemplaire. En même temps, elle est bien plus que Sainte Thérèse et les autres. Elle a donné naissance au Christ. Elle est Théotokos, la mère de Dieu?, explique le père Philippe Goupille.
La littérature canonique passe pratiquement sous silence l?origine et la vie de Marie. Elle est rarement citée dans les Evangiles mais quand elle l?est, c?est toujours en des occasions décisives. A bien y voir, le christianisme tout entier est résumé dans le Magnificat, un cantique chanté spontanément par Marie peu après qu?elle eut été visitée par le Saint-Esprit. Pour beaucoup, aucun traité théologique n?égalera jamais la profondeur poétique de ce chant de l?humble servante de Dieu. Et c?est encore par Marie, à Cana, qu?est révélée la mission divine du Christ.
Pour mieux connaître Marie, il faut donc se tourner vers les récits apocryphes qui ne font pas partie du canon biblique juif ou chrétien. Et en particulier, vers le protévangile de Jacques qui se présente comme le frère de Jésus, enfant d?un premier mariage de Joseph.
Immaculée dans sa conception
Marie était une jeune fille somme toute ordinaire, née de Joachim et d?Anne. Ce couple de Jérusalem, stérile en dépit de leur piété, reçoit la bénédiction d?un enfant qu?il s?engage à dédier au service de Dieu. Marie prend naissance au terme d?une grossesse normale. Il n?y pas de naissance miraculeuse pour elle. Cependant, elle est tenue pour être immaculée dans sa conception. Marie est exempte du péché originel. ?Tout humain a en lui un penchant héréditaire pour le mal. C?est ce qui est connu dans la doctrine catholique comme le péché originel. Marie est la seule à être née sans cette faille. De ce point de vue, elle était parfaite et pure?, ajoute le père Philippe Goupille.
Tout au long de son enfance et jusqu?à sa mort, cette image immaculée de Marie est préservée avec soin par les chrétiens. Enfant, elle ne téterait sa mère que lorsque celle-ci est purifiée. Et pour s?assurer que rien ne vienne la souiller, elle est confiée à la garde du Temple de Jérusalem dès qu?elle atteint l?âge de trois ans. Plus tard, quand elle est en âge de se marier, le grand prêtre lui choisit un époux parmi les veufs du pays. Le choix tombe sur Joseph, un charpentier âgé et déjà père d?enfants. Celui-ci doit garder la ?Vierge du Seigneur?. Pas question donc de consommer le mariage.
Le destin de Marie lui est divinement révélé alors qu?elle est au service du Temple. Sa grossesse éveille des soupçons. Mais Marie brave l?opprobre et donne naissance à Jésus dans une grotte alors qu?elle se rend à Bethléem avec sa famille en raison d?un recensement ordonné par Auguste.
L?identité de Marie, soigneusement entretenue et protégée, est importante dans la mesure où elle définit celle du Christ. Les querelles sur la divinité de Jésus font rage au début du christianisme. Dieu peut-il naître d?une femme, qui plus est, d?une simple mortelle ? S?agit-il alors de Dieu ou d?un homme exceptionnel ? Du reste, qui est cette femme, mère de Dieu et donc du Père ? Sa virginité était-elle perpétuelle ou limitée à la naissance de Jésus ? Les interrogations des théologiens sont intarissables.
Quatre dogmes contre la polémique
Certaines écoles de pensées avancent que le protévangile de Jacques a été écrit pour faire taire les interrogations sur l?identité du Christ. Il serait venu combler les silences des Evangiles sur la famille de Jésus qui, estime-t-on, nourrissent la polémique. Plus tard, l?Eglise catholique adopte quatre dogmes destinés à mettre un terme à toute polémique relative à l?identité de Marie et, par extension, à celle du Christ.
Dès le 3e siècle, l?Eglise lui attribue le titre de Theotokos, qui signifie ?Mère de Dieu?. Tous ses privilèges viennent de sa maternité divine et c?est en tant que telle qu?elle est vénérée. En décembre 1854, soit plus de mille ans après la ?dormition? de Marie, le pape Pie IX promulgue le dogme de l?Immaculée Conception. L?Eglise catholique décide ainsi que Marie est née pure, sans le péché originel.
Ce dogme ne sépare pas Marie des humains. Il veut simplement faire comprendre que Dieu détient le pouvoir de sauver l?humain du péché en en neutralisant le germe à l?origine. Marie est de fait porteuse d?un message d?espoir pour les autres chrétiens. Elle est preuve que le salut existe.
100 ans plus tard, en novembre 1950, l?Eglise catholique promulgue un autre dogme, celui de l?Assomption de Marie. Celui-ci ne dit rien sur la manière dont s?est terminée la vie terrestre de Marie, mais il donne pour acquis que la Mère de Dieu ne s?est pas éteinte comme une simple mortelle. Elle a été prise au ciel, corps et âme.
Le quatrième dogme catholique relève de la perpétuelle virginité de Marie. La mère de Jésus était vierge avant la naissance de celui-ci et elle l?est restée après. Cette notion est contestée, notamment par certaines dissidences au sein du catholicisme, qui prennent pour témoins ces ?frères et s?urs? de Jésus mentionnés dans les Evangiles. Pour les catholiques, toutefois, la notion de ?frères et s?urs? telle que mentionnée dans la Bible doit être placée dans son contexte. A l?époque, la société juive considérait également les cousins comme tels Mais plus probablement, ceux mentionnés dans les Ecritures Saintes étaient les enfants de Joseph d?un premier mariage.
?La virginité de Marie est davantage une notion spirituelle que biologique. Les catholiques sont tenus de croire que Marie n?a eu d?autre enfant que Jésus. L?Eglise affirme que Marie s?est consacrée entièrement à Dieu après la naissance de Jésus?, dit le père Philippe Goupille. La notion de virginité illustre avant tout l?engagement absolu de Marie sur la voie spirituelle. Celle-ci n?a fait aucun compromis par rapport à sa foi.
?Pour moi, Marie est la foi faite femme. Elle est la simplicité même, n?ayant aucune ambition autre que celle de réaliser l??uvre de Dieu. Ce n?était pas une mère accaparante, essayant de tirer une gloire personnelle de son statut de mère d?un homme exceptionnel. C?était une jeune fille juive très simple qui portait dans son c?ur l?espérance d?un sauveur pour son peuple. Elle ne pouvait pas croire qu?elle allait être l?instrument privilégié de Dieu à cette fin. Mais elle a fait confiance. Elle a été patiente. Surtout, elle a donné de l?amour.? Ces mots du père Philippe Goupille alimenteront sans doute l?introspection de plus d?un en ce 15 août.
Marie célébrée à travers Maurice
La fête de l?Assomption est l?occasion de prières et de rassemblements un peu partout à travers l?île. En voici le calendrier :
■ Notre-Dame-de-Fatima, Trou-aux-Biches : messe de l?Assomption célébrée à 8 h 30 par le père Philippe Goupille et retransmise en directe sur MBC 3.
■ Eglise St.-Augustin, Rivière-Noire : messe célébrée à 9 h 30 par les pères Pierre Laslandes et Jean-Michel Bernier, retransmise en direct sur la MBC radio.
■ Eglise Notre-Dame-des-Anges, Mahébourg : messe solennelle à 9 h 30 présidée par monseigneur Maurice Piat pour marquer le bicentenaire de la paroisse. La messe sera dite par les pères Labour et Sullivan, vicaires généraux, le père Georges Piat, curé de la paroisse ainsi que les pères Antoine Venkalapati et Mgr Amédée Nagapen. Ce dernier procédera au lancement de son livre consacré au bicentenaire de la paroisse. Suivra une séance de dédicaces.
■ MBC 1 à 20 h 35 : programme spécial autour du thème ?Marie, la première en chemin?. L?émission sera animée par la chorale des Trois Colombes de Rose-Hill. Le père Michel Moura et la s?ur Maryline Tourail, les deux derniers à s?être engagés dans la vie sacerdotale et religieuse respectivement, donneront des témoignages sur Marie.
www.dioceseportlouis.org : Réflexion sur l?Assomption sur le site Internet du diocèse de Port-Louis proposée par le père Robert Giraud.
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