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?J?ai peur pour Rodrigues...?

9 août 2006, 00:00

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● Quel est le sentiment des Rodriguais face à l?évolution politique ?

Ils sont dans l?attente d?une décision du gouvernement central sur la tenue d?élections régionales générales anticipées ou de partielles.

● Quelle option privilégiez-vous ?

La première est une solution durable à la situation. Que se passerait-il si on organise des élections partielles et que les élus de l?Organisation du peuple rodriguais (OPR) qui selon toute probabilité se retrouvent dans l?opposition, démissionnent encore une fois ? On parle actuellement de la situation économique qui aura une influence sur la tenue des élections générales régionales mais on doit savoir que la démocratie n?a pas de prix et qu?il y a également un prix à payer pour la stabilité politique.

● Quel sera votre stand et celui de votre syndicat, la Rodrigues Government Employee Association (RGEA) vis-à-vis du nouveau gouvernement régional ?

La RGEA n?a pas de hidden agenda. Notre combat pour le respect des droits des travailleurs pour les pauvres, les chômeurs reste d?actualité. A notre avis, la présentation du budget ultra-libéral de Rama Sithanen, ministre des Finances, cause un tort immense à la majorité des Rodriguais, y compris les enfants. Elle vit en dessous du seuil de pauvreté. C?est un peu le point de départ de nos revendications. Notre stand vis-à-vis du nouveau gouvernement dépendra de sa volonté politique à faire comprendre au gouvernement central que la politique qu?il a adoptée pousse Rodrigues vers une explosion sociale. C?est pour en discuter que la RGEA avait demandé une rencontre avec l?ex-commissaire Serge Clair. Il faut rappeler que nous avons aussi demandé à nos quatre élus à l?Assembléé nationale de ne pas voter le budget Sithanen. Le chef commissaire sortant n?a pas répondu à notre appel et nos quatre députés à l?Assemblée nationale - deux de l?OPR et deux du Mouvement rodriguais (MR) - ont voté le budget.

● Que se passera-t-il si les autorités restent sourdes ?

La résistance commence à s?organiser. Il y a la Platform initer syndical Rodrig (PISR) qui regroupe la majorité des syndicats de Rodrigues en partenariat avec le Muvman Somer. Et l?association des pêcheurs de Rodrigues est en train de faire un grand travail de conscientisation et de mobilisation sur ce sujet. Nous pensons que la situation nécessite une action concertée, mais nous gardons l?espoir en ceux qui nous gouvernent. Nous pensons qu?il n?y a ni fatalité économique ni situation politique qui ne puissent être changées sous l?action des forces sociales.

● Et si la résistance échoue ?

J?ai peur pour Rodrigues et pour notre république. Le mécontentement social ne trouve pas sa naissance avec le budget mais depuis quelques années dans les différents gouvernements qui ont prôné la même logique ultra-libérale. Ce mécontentement peut prendre la forme d?un repli identitaire et créer les conditions d?un political break-up de la République. Je ne serais pas surpris si demain certains politiciens exploitaient ce mécontentement et l?indifférence de l?Etat mauricien à régler leur problème pour parler de nouveau de sécession.

● Iriez-vous jusqu?à dire que Rodrigues est dans une situation chaotique ?

Oui, on est dans une situation très grave mais comme je l?ai dit plus haut, il y a toujours l?espoir que la vapeur pourrait être renversée en notre faveur.

● Comment, par exemple ?

La décision de Serge Clair de maintenir le School Feeding Project au niveau des écoles, en dépit de la décision du gouvernement central, en donnant en même temps du travail à des femmes regroupées dans les coopératives... Je trouve cela formidable. Mais il y a une chose que je n?ai toujours pas comprise. Pourquoi ce gouvernement régional-là n?a pas su gérer le problème des pêcheurs ?

● Avez-vous des éléments de réponse à cela ?

Premièrement, il est inexact de croire que ces pêcheurs ont une haine viscérale contre Serge Clair. Pour eux, Serge Clair, commissaire responsable de la Pêche ne voulait ou ne pouvait (ou les deux) donner satisfaction à leurs revendications. Il n?y avait aucune manipulation de la part de qui que ce soit. Ces allocations de mauvais temps étaient devenues extrêmement pertinentes parce que la majorité de ces pêcheurs sont devenus pêcheurs professionnels à cause du chômage. Cette allocation est un revenu sûr. Avec l?état actuel du lagon, aller faire une partie de pêche est maintenant comme al rod ene kari pour la majorité des pêcheurs et non une activité rentable.

● Le gouvernement régional n?a pas vu les choses ainsi ?

Non. Il aurait dû puiser des fonds du Chief Commissioner Relief Fund en leur donnant en même temps la garantie qu?ils continueraient à avoir une aide sociale jusqu?à ce qu?une politique économique et durable soit mise en place. La bavure, le jour de la manifestation, aurait été évitée. Nous conseillons au niveau gouvernement de prendre en compte ces suggestions avant que cela n?éclate à sa figure. Face à cette réduction de moitié - de Rs 50 millions à Rs 27 millions - l?allocation des pêcheurs, on doit s?interroger sur le sens de l?autonomie de Rodrigues.

● Expliquez-vous...

L?avenir de l?autonomie de Rodrigues dépendra énormément de la volonté de l?Assemblée régionale de transmettre au gouvernement central les revendications et les souffrances des Rodriguais. Les politiciens rodriguais cherchent trop à plaire aux politiciens de Maurice au détriment de la population rodriguaise. De l?autre côté, il y a l?attitude ?colonialiste? de politiciens mauriciens par rapport à Rodrigues. Ce petit jeu doit cesser.

● Quelle sera votre attitude et celle de votre syndicat par rapport à Jean-Claude Pierre-Louis, le Island Chief Executive sous cette nouvelle configuration politique vu que vos relations étaient très tendues ces derniers temps ?

Cela ne va malheureusement pas changer s?il reste en poste et adopte la même attitude par rapport à nos revendications. Beaucoup va dépendre dans un proche avenir de la façon dont il traitera ces revendications. Valeur du jour, nous ne voyons aucun signe positif de sa part qui permette une normalisation des relations que nous avons toujours souhaitées dans l?intérêt de tout un chacun.

Propos recueillis par Jocelyn ROSE

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