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“Je sens un lobby pétrolier anti-éthanol qui prend forme”

8 août 2006, 20:00

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● <B>Comment la crise au Proche-Orient affecte-t-elle les cours pétroliers actuels ?</B>

Le prix du baril fluctue entre $ 72 et $ 76 ces derniers temps. Toutefois, le prix peut facilement escalader les $ 80 dans les jours à venir, si l’agression israélienne sur le Liban finit par embraser toute la région.

Outre le conflit israélo-libanais, il y a toujours la crise nucléaire iranienne qui menace plus que jamais la stabilité dans cette région. L’impasse entre l’Iran et le Conseil de sécurité des Nations unies sur la question nucléaire est très inquiétante.

L’Iran est le quatrième producteur pétrolier au monde. Un éventuel embargo de l’Organisation des Nations unies sur ce pays risque de provoquer des représailles très graves pour la sécurité énergétique mondiale. Une réaction de l’Iran face aux sanctions peut même pousser le prix du baril au-delà des $ 100. Déjà, les déclarations de l’Iran à l’effet qu’il va laisser mourir les Européens de froid si jamais il est question d’embargo, démontrent ce qu’il est capable de faire.

D’autre part, l’agression israélienne au Liban risque de perdurer. Le Hezbollah résiste farouchement aux forces israéliennes. Le conflit a de fortes chances de s’étendre dans la région surtout dans la perspective que la diplomatie n’arrive pas à apporter des solutions au problème. Les tensions permanentes maintiennent les cours à un niveau élevé. Les petites économies comme les nôtres sont les plus frappées.

Par ailleurs, les menaces d’une attaque des guérillas contre les installations pétrolières en Arabie saoudite ne doivent pas être prises à la légère.

Le marché des produits pétroliers va rester très nerveux face aux perturbations politiques et militaires au Moyen-Orient pendant encore un bout de temps. Sans compter qu’il y a aussi des tensions politiques et sociales au Nigeria qui influent sur la production mondiale.

Que se passera-t-il si la situation devenait plus calme ?</B>

Le prix fondamental du baril tourne autour de $ 40 à $ 50. Il faut ajouter à cela une prime de risque qui tient compte des sources d’instabilité dont les troubles géopolitiques. Mais il y a aussi d’autres facteurs qui provoquent des écarts aux cours fondamentaux.

La saison des ouragans dans le golfe du Mexique approche. Les ouragans dans cette région représentent une grande menace aux installations pétrolières des États-Unis qui s’y trouvent.

En ce moment, l’Europe commence à bâtir des réserves d’énergie en prévision de l’hiver. Cette hausse dans la demande a une incidence notable sur les prix.

D’autre part, les raffineries asiatiques ont déjà bouclé leurs travaux de maintenance. Elles sont maintenant prêtes pour s’approvisionner en brut.

Le marché est également à la merci des incidents relativement mineurs qui peuvent toutefois provoquer des bouleversements notables. À titre d’exemple, une avarie survenue sur un pipeline en Alaska a causé la réduction de 400 000 barils par jour. L’effet immédiat de cette chute est que le prix a augmenté par $ 2 le baril. C’est pour dire que l’équilibre reste très délicat.

Il ne faut pas oublier non plus la consommation grandissante en produits pétroliers de l’Inde et de la Chine. Ces pays pourront soutenir les prix élevés jusqu’à un certain niveau. Mais aucune économie ne pourra soutenir le coût si le baril se vend entre $ 90 et $ 100.

Le ralentissement de l’économie qui s’en suivrait va corriger les distorsions de prix sur le marché.

À part ces facteurs, il y a aussi les actions des spéculateurs qui affectent les marchés.

● <B>Justement, dans quelle mesure la spéculation peut-elle affecter les cours ? </B>

Les spéculateurs font un usage abusif des contrats à terme du pétrole (oïl futures). Des spéculateurs peuvent, par exemple, anticiper une hausse des prix à l’avenir avec le problème de l’Iran. Ils spéculent ainsi sur les contrats à terme. Cela met de la pression sur les prix des contrats sur les marchés à terme. Les spéculateurs réalisent des plus value en revendant ces contrats aux vrais intermédiaires des marchés pétroliers. De ce fait, le marché des futures a une incidence directe sur le marché physique, et en conséquence sur les prix.

● <B>Est-ce que les réserves stratégiques affectent le marché de manière significative ?</B>

Je ne le pense pas. Seuls les États-Unis disposent de réserves stratégiques importantes. Ils le font surtout pour leurs besoins militaires. Les autres pays n’ont pas de stocks stratégiques d’envergure comparable. Il faut souligner que le maintien des réserves de ce genre a un coût.

<B>Comment le marché pétrolier est-il organisé ? </B>

Le marché pétrolier est très développé et sophistiqué. Le mécanisme est très complexe. Le marché utilise les outils de marketing modernes pour vendre les produits sur le marché au comptant ou sur le marché à terme.

Les transactions se font 24 heures sur 24 avec tout un éventail de participants : interlocuteurs, intermédiaires, raffineurs, spéculateurs, traders en contrats à terme et consommateurs infortunés.

Les pays producteurs produisent 85 millions de barils par jour. La région du Moyen-Orient fournit à elle seule un tiers de la production mondiale. L’équilibre entre l’offre et la demande reste très fragile. Une baisse dans la production, aussi minime soit-elle, peut provoquer une hausse des prix.

<I>“(...) les prix élevés (...) devraient encourager le marché à développe r de nouvelles technologies pour puiser davantage de pétrole dans les puits existants.</I>

● <B>Quels sont les risques de rupture permanente d’approvisionnement en pétrole?</B>

Cela fait plus de cent ans que des experts et des oil pessimists prédisent la fin de l’âge du pétrole. Récemment, d’autres adhérents à ce postulat se sont mis de la partie mais sans grande conviction ou nouvel argument.

La vérité est que personne ne sait de manière certaine quelle quantité de pétrole il y a sous la terre. La production pétrolière est-elle arrivée à son seuil maximal ? Certains sont de cet avis tandis que d’autres, qui maîtrisent tout aussi bien le dossier, ne le sont pas.

En tout cas, les prix élevés auxquels nous faisons face ces temps-ci devraient encourager le marché à développer de nouvelles technologies pour puiser davantage de pétrole dans les puits existants.

Il faut aussi activer les puits qui étaient considérés comme n’étant pas économiques. Mais avec le pétrole qui se vend aujourd’hui au-delà de $ 70, l’exploitation de ces sources devient économiquement rentable. Dans la région connue comme la zone neutre en Arabie saoudite et au Koweit, il existe quelques puits qui ont été explorés à 40 % seulement. Il y a donc un potentiel intéressant à exploiter.

Il y a très peu de nouvelles réserves qui sont en train d’être découvertes. Pour chaque trois barils de pétrole consommé, il y a un seul qui provient de sources nouvelles.

Ce sont principalement les pays producteurs de pétrole qui font de nouvelles explorations. Les nouveaux fournisseurs tels le Tchad et le Soudan font des développements avec l’apport de multinationales. Toutefois, la production à travers ces nouvelles sources est relativement petite, soit une production de 15 000 à 20 000 barils par jour. Il y a aussi tout l’effort à entreprendre pour développer des alternatives au pétrole tel l’éthanol et le biodiesel.

<I>“Le marché des produits pétroliers va rester très nerveux face aux perturbations politiques et militaires au Moyen-Orient...”</I>

Comment voyez-vous les initiatives prises à Maurice pour réduire notre consommation des produits pétroliers ?</B>

Je pense qu’il faut encourager la production de l’éthanol ainsi que le mélange éthanol-essence comme carburant pour l’automobile. Il faut très vite passer à la formule 20 :80 (20 % éthanol et 80 % essence). On n’a pas besoin d’effectuer des tests avant de le commercialiser.

Le mélange 10 :90 comme c’est préconisé actuellement n’est pas très intéressant. Je sens un lobby pétrolier anti-éthanol qui prend forme. Je fais un appel aux différentes factions au sein du secteur privé de cesser leurs conflits internes et de joindre leurs forces pour bâtir une industrie de l’éthanol que nous aurions dû avoir depuis longtemps.

L’éthanol produit localement à partir de la mélasse, qui coûte Rs 1 500 la tonne à l’usine, est compétitif même si le baril du pétrole est à $ 50. Or, le pétrole se vend aujourd’hui à plus de $ 70 le baril.

Certaines personnes viennent avec des arguments très bancals pour justifier la démarche timide vers l’éthanol. On évoque même le fait que l’essence que nous importons est différente de celle des autres pays qui ont adopté le mélange éthanol-essence. En réalité, c’est le même produit qui provient de la même raffinerie. Le Zimbabwe qui pratique le mélange éthanol-essence depuis plus d’une décennie achète son essence du même raffineur qui approvisionne Maurice.

<I>Propos recueillis par</I> Akilesh ROOPUN</B>

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