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Recensons nos bâtiments historiques
L?heure est à la frénésie en faveur de notre patrimoine, entre autres, architectural et au recensement de nos bâtiments et monuments historiques. Sont en lice, sinon en concurrence, le ministère du Tourisme, enfin soucieux, sinon d?embellissement de l?île, du moins du patrimoine mauricien et pas seulement architectural et celui des Arts et de la Culture qu?un coup d?éperon touristique sort enfin de sa torpeur légendaire.
Le premier nommé organise une semaine du patrimoine, début septembre (7 septembre) alors qu?il faudrait organiser au moins une année du patrimoine pour espérer, sinon rattraper le retard accumulé, du moins se mettre en route et commencer à bien faire. Le second procède au recensement de nos bâtiments et monuments historiques, en invitant, ceux passionnés par cet aspect primordial de notre patrimoine, de lui indiquer les sites et immeubles devant éventuellement être protégés par cette loi si bafouée y compris par ceux chargés de l?appliquer et de protéger notre patrimoine architectural.
Il y a eu aussi récemment l?inscription de notre Aapravasi Ghat au registre du patrimoine mondial. Voilà qui doit faire rondement plaisir à Bickramsingh Ramlallah, là où il se trouve présentement, lui qui a tant milité pour que ce site emblématique reçoive le traitement et le respect dus à la somme de souffrances et de sacrifices qu?il symbolise. On peut toutefois s?étonner que dans ce concert de vivats et de satisfecits, ayant salué cette victoire diplomatique, qu?aucun ministre, journaliste, commentateur, n?ait songé à demander ce qu?il advient d?un projet hôtelier sud-africain, pouvant entraîner l?anéantissement de notre Grenier également emblématique, d?une demi-douzaine de bâtiments, datant de la colonisation française, d?un bloc coralien comptant des dizaines sinon des centaines de milliers d?années d?âge, véritable mine de renseignements archéologiques sur la préhistoire de notre île Maurice, pour ne rien dire du mépris absolu affiché à l?égard de siècles de travail portuaire et de manutention alimentaire, dans les pires conditions de travail qu?on puisse imaginer.
C?est bien simple, nous ne savons même pas, à présent que notre Aapravasi Ghat a décroché son statut de patrimoine mondial, s?il est toujours tenu de maintenir autour de lui une zone tampon d?au moins 200 mètres de rayon, afin de préserver son historicité et authenticité. L?absence absolue de déclarations officielles, ordonnant de faire le deuil de ce sinistre projet hôtelier sud-africain, fait craindre le pire.
Nous devons appréhender que, forts de ce silence officiel, nos promoteurs sud-africains ne reviennent pas à la charge pour tout raser de la présence française, portuaire (pauvre Austen, constructeur émérite de notre Grenier), préhistorique, syndicaliste, pour construire leur hôtel des affaires, pieds dans l?eau, avec une vue imprenable sur la rade, leur cinq-étoiles à deux pas de notre Aapravasi Ghat qui est, pour nos descendants d?immigrés, ce que le Golgotha est pour la chrétienté. Un lieu sacré car inspiré.
Le ministère des Arts et de la Culture ne dit mot aussi sur les bâtiments historiques menacés officiellement, depuis le début de l?année 2006 par de sinistres projets d?Etat de construction d?immeubles en béton armé à plusieurs étages. Profitons donc de son appel à bâtiments et monuments historiques à recenser pour lui rappeler l?existence des sites patrimoniaux déjà en péril.
L?Hôtel du Gouvernement à demi-incendié et sinistré. Il y en a parmi nous qui veulent le raser pour construire une voie rapide à étage, du Chien de Plomb au Tombeau Malartic.
Le bâtiment historique de la rue Edith-Cavell, ayant abrité la School de Port-Louis, jusqu?en 1960, et condamné à être rasé, malgré son statut de protected by law, pour céder le plus stupidement du monde la place à une Cour Suprême excentrée, alors qu?il y a de la place, devant l?actuelle et historique instance juridique supérieure, pour toutes les extensions que l?on veut sans susciter la moindre protestation pour la démolition d?une magistrature datant des années 1960 seulement.
Le donjon Saint-Louis qu?une administration régionale débile veut transformer, à Grande Rivière Nord Ouest, en mini-Disneyland à grand renfort de tôles profilées et de bancs en béton armé.
La gare Victoria que des pyromanes patentés allument de temps en temps, pour mieux nous rappeler que plus tôt elle tombera en ruine et décrépitude et plus vite nous nous débarrasserons d?elle.
L?ancien bâtiment colonial du Collège Royal de Maurice, devenu depuis, hélas, hôpital civil Dr-Jeetoo, sous prétexte qu?on a aperçu un rat pesteux à proximité du précédent hôpital civil (aujourd?hui bâtiment des colis postaux) et qu?on ne cesse de défigurer à coups d?extensions en béton armé, sous prétexte de rénovations. Un gouvernement plus avisé aurait, depuis longtemps, décidé la construction d?un hôpital ultramoderne dans les hauteurs du Dauguet ou encore de la Colline Monneron.
Au cimetière de l?Ouest des vandales et autres ferrailleurs détruisent joyeusement nos plus beaux monuments funéraires, surtout s?ils datent des XVIIIe et XIXe siècles. Aucun respect, en ces lieux sacrés, pour nos morts, dont ceux de notre panthéon. Encore moins pour les pierres de taille, les plaques de marbre et de métal, contenant de précieuses indications biographiques, pour des grilles en fer forgé d?un bon pouce de diamètre.
Notre cimetière de l?Ouest, au caractère historique indiscutable, devient un champ d?observation (il paraît que cela s?appelle un ?observatoire? comme celui qui menace notre diaspora) des plus intéressants pour l?examen du fauchage de grilles funéraires fauchées et qu?on retrouvera aisément chez tel ou tel receleur, s?il ne disposait de solides protection occultes et politiques.
Ne quittons pas le cimetière de l?Ouest sans nous incliner devant l?obélisque Beaugeard, renversé par un des derniers cyclones du précédent siècle et millénaire et resté couché depuis, en attendant d?être entièrement recouvert de sable et de gravats. Il est pourtant enfoui et a demi-enterré à l?entrée du cimetière de l?Ouest. Les conseillers municipaux, ayant salué la mémoire de Louis Léchelle, à l?occasion du 150e anniversaire de sa mort, ont pu constater de visu ce triste état de choses.
Rendons-nous à présent à Grand-Port qui doit, dès à présent, se préparer à célébrer le bicentenaire de la rarissime victoire navale napoléonienne. Ce que la Royal Navy n?a pu faire, des contracteurs sub-Development Works Corporation sont en train de le réussir : défigurer les fortifications côtières françaises, en bétonnant le plus grossièrement possible tout ce qui devrait être rénové, dans le respect de cette authenticité si chère aux experts indiens, accourus providentiellement au chevet de notre Aapravasi Ghat.
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