Publicité

Un quinquagénaire nommé Jagatsingh

27 juillet 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La MBC/TV vient de célébrer, comme elle seule sait le faire, les 75 ans qu?aurait eus Sir Kher Jagatsingh, si une disparition prématurée ne nous avait pas privés de sa présence fraternelle et de sa vaste expérience de la Res publica.

Fin juillet 1981, notre presse écrite multiplie ses interviews, qu?en bon spécialiste des communications il lui accorde généreusement. Le 50e anniversaire de sa naissance coïncide avec la parution de son livre Petals of Dust. En relisant ses propos d?il y a un quart de siècle, on ne peut que s?étonner de la jeunesse qui s?en dégage et pas seulement d?âge. On se surprend à constater qu?il n?a que 50 ans tant il domine la scène politique depuis deux décennies, en tant que secrétaire général incontournable du PTr principalement.

Ce parti est certes sur son déclin après l?âge d?or qui lui permet d?enterrer les ambitions politiques oligarchiques vieilles d?un bon siècle (1832-1946), de consolider la dignité de la classe ouvrière et du syndicalisme, de nous obtenir le système ministériel, le suffrage universel (1958), le gouvernement autonome et responsable (1963), l?indépendance (1967), de poser les premiers jalons de notre relance et indépendance économiques, grâce notamment à la coalition avec le PMSD de Gaëtan Duval et la réconciliation avec la partie du secteur privé et de la population s?étant opposée au combat socialiste et tiersmondiste en faveur de notre indépendance. Il survit toutefois aux premiers coups de boutoirs que lui assène un MMM, pouvant encore catalyser les espoirs d?une nouvelle génération de citoyens plus ouverts aux causes tiers-mondistes.

Si Chacha Ramgoolam est la tête, le cerveau, l?âme du Parti Travailliste, Kher Jagatsingh et James Burty David en sont définitivement les bras droits, trop heureux de pouvoir mettre à exécution les décisions prises au sommet du parti. Ils ont certes fait échec aux ambitions travaillistes d?Harish Boodhoo et ce n?est peut-être pas ce qu?ils ont fait de mieux car la sincérité labourite de celui-ci est incontestable. L?expulsion des futurs contestataires PSM acquise, le tandem Jagatsingh, David demeure, en dehors de SSR, la force idéologique du PTr, tant les autres ministres travaillistes donnent l?impression d?être davantage préoccupés par leurs responsabilités ministérielles que par le besoin de contrer l?influence militante grandissante tant en ville qu?à la campagne et qui culminera dans le 60-0 du 11 juin 1982.

Des interviews accordées par Jagastsingh, à la fin de juillet 1981, retenons plus particulièrement l?incapacité de ses parents de lui payer des études secondaires. Cela veut aussi dire l?obligation pour l?enfant qu?il est encore de travailler pour le compte de marchands de légumes. Cela ne l?empêche pourtant pas de poursuivre ses études et de réussir sa London Matriculations Examinations, en 1948. Ce certificat lui permet de devenir aide-boutiquier et enseignant au collège Trinity, au temps où Emmanuel Bussier, futur avocat et futur ministre du Transport et des Travaux de 1976 à 1982, en est le directeur.

Le jeune Jagatsingh se joint ensuite au Training College avant de prendre un emploi comme commis du département de la Santé. Doué pour le travail social, il se joint aux activités sociales dans les baitkas et dans les clubs de jeunesse de Beau-Bassin. Il est un des créateurs du temple hindou de la rue Dr-Reid, et un des fondateurs de la Hindu Society Association, en 1959. Le nombre de ses membres passe, en 20 ans, de 25 à 500. Depuis 1948, il est un activiste dévoué au service du PTr. Repéré par Guy Forget, il en est devenu un des principaux agents. Il ne tarde guère à se jeter dans l?arène politique et se porte candidat travailliste dans la circonscription de Petite Rivière (No. 40). En 1959, il se fait élire avec 2 390 voix et 57% des voix, distançant aisément ses adversaires N. P. Padaruth (futur IFB), N. Lecornu et le vétéran Casimir Pologne. En 1963, Padaruth prend sa revanche et l?emporte par 2 183 voix contre 2 081 voix à Jagatsingh (48,8%). Tout autre que lui se serait découragé et aurait abandonné la lutte. En 1967, les 40 circonscriptions à un député cèdent la place à 20 à 3 députés, plus une de deux députés pour Rodrigues. Jagatsingh quitte Petite-Rivière pour GRSE/Montagne Blanche (No 10) où il se fait élire en 2e position, avec 8 004 voix et 57.50% des voix, en compagnie de Sir Satcam Boolell et de A. W. Foondun (IFB). En 1976, Kher Jagatsingh mord de nouveau la poussière, au No 10, où il se fait devancer par les députés MMM, Ramdath Juddoo et Jagdish Goburdhun. La mystérieuse démission d?Heeralall Bhugaloo, élu travailliste au No. 18 (Belle Rose/Q. Bornes), lui permet providentiellement de retrouver son siège à l?Assemblée législative et même le portefeuille ministériel de l?Education que délaisse Bhugaloo. Sa mort prématurée ne permet pas à Kher Jagatsingh de venger sa 3e défaite électorale celle du 11 juin 1982 et toujours au No. 10. Mais ce jour-là, même Chacha Ramgoolam ne peut conserver son siège dans son fief de Triolet/Pamplemousses (No 5). C?est tout dire. Mais il en faut davantage pour enterrer définitivement le PTr qui ressuscitera, d?abord timidement, en 1983 puis avec de plus en plus d?assurance jusqu?à sa reconquête du pouvoir, le 3 juillet 2005.

Fin juillet 1981, Jagatsingh avoue ses craintes de l?avènement, à Maurice, d?un régime totalitaire. ?Je serais harassé, tourmenté si une telle chose devait subvenir?. Il ne veut pas de cela et luttera pour que cela ne se produise pas.

Publicité