Publicité

Claude Noël rend hommage à A. Nairac

26 juillet 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Sir Claude Noël, ancien administrateur de propriété sucrière, interlocuteur privilégié de Sir Seewoosagur Ramgoolam, rend hommage, à la fin de juillet 1981, à cet autre artisan de la coalition PTr-PMSD de l?après Indépendance, qu?est Sir André Nairac (voir l?express du 12 juillet 2006). Ceux qui l?ont connu et forcément apprécié ne peuvent qu?apprendre avec émotion sa disparition, souligne-t-il. Nous pouvons ajouter, sans craindre de nous tromper, que le 25e anniversaire de son décès ne peut que raviver cette émotion.

A son propos, Sir Claude hésite entre ?un des plus brillants fils du sol? ou ?le plus brillant?. Et à ?brillant? il ajoute sans hésiter le qualificatif ?utile?. Tout au long de sa longue et fructueuse carrière, il a toujours su se rendre utile à son pays ?qu?il aimait profondément?. On l?a dit hautain, remarque Sir Claude. Il ne peut s?agir que d?une apparence car, une fois ?le contact établi, on se rendait compte qu?il est l?homme le plus simple qui soit et qu?il déteste par-dessus tout se mettre en avant?. Sir Claude aurait pu tout autant rappeler ici le sens de l?humour particulièrement aigu et redoutable de Sir André et de ses frères, n?ayant pas leur pareil pour mettre toujours les rieurs de leur côté. Ce n?est pas toujours charitable mais tellement spirituel.

Sir André n?a d?ailleurs nul besoin de se mettre en avant. Les événements et toutes les fois que l?on sollicite de toute urgence ses services, se chargent bien vite de le ramener à la place qui lui revient de droit, à savoir la première car il demeure, pendant toute sa vie, le premier et, de loin, le plus utile de tous les serviteurs de notre île Maurice.

Sir Claude cite, en exemple, son élection, en 1936, comme député de Flacq. De partout on lui fait comprendre qu?il est le remplaçant idéal du député Montocchio qui ne sollicite pas sa réélection. André Nairac en convient mais il prévient ses solliciteurs : ?Ne comptez pas sur moi pour lever ne serait-ce que le petit doigt pour obtenir mon élection.? Il sera élu sans opposition.

Au conseil législatif, il intervenait rarement, raconte Sir Claude. Il suffisait qu?il se lève pour que tous regagnent leur place et entendent son message. Nul n?ose l?interrompre. Roger Merven ne tarit pas d?éloges sur la mise en scène de ses réponses parlementaires. Le ministre du Commerce, qu?il est, prie le préposé du conseil législatif de courir à son bureau ministériel, de rapporter le 4e livre à partir de la droite, sur la deuxième rangée de sa bibliothèque en commençant par le rayon le plus élevé, de l?ouvrir à telle ou telle page où, croyait-il savoir, se trouve la réponse à la question de l?honorable membre. Et elle y était.

Son étude d?avocat, poursuit Sir Claude, est un confessionnal où viennent se confier les drames et les problèmes que lui seul peut résoudre, avec la discrétion que l?on sait. On l?accuse d?être un conservateur ou encore un socialiste. Il est avant tout un conciliateur-né. Il est conservateur avec les socialistes et socialiste invétéré avec les conservateurs. Il est conservateur quand il défend la survie de l?industrie sucrière mortellement blessée par la surcharge de 75% d?une taxe de sortie déjà inique. Il est socialiste quand il défend les humbles et fait triompher la justice. Il est l?homme de la juste mesure. L?ennemi des extrémistes. La meilleure attitude pour un pays comme le nôtre. La conciliation n?est pas faiblesse mais clairvoyance.

Arrive la Seconde Guerre mondiale. Il fait campagne en faveur de la mobilisation. Ce n?est pas assez. A 36 ans, il s?enrôle comme simple soldat. Il démissionne au préalable du conseil législatif et ferme son étude pour remplir son devoir de citoyen et de patriote. Il est capitaine quand le gouvernement supplie l?armée de lui rendre celui qui doit devenir notre commissaire à l?approvisionnement, poste clé en temps de guerre et de rationnement aigu. Sait-on seulement que des boutiquiers soudoyaient alors des fonctionnaires pour obtenir le permis pour vendre le riz de ration et les commodités de base. La guerre terminée, il rouvre son étude d?avocat mais, bien vite, il est sollicité de toutes parts. Il devient immédiatement la passerelle incontournable par laquelle dialoguent et coopèrent les secteurs privé et public. Si un célèbre visiteur français a dit que Raoul Rivet aurait été gouverneur de l?Algérie si seulement il était né français, un éminent étranger de passage à Maurice a dit que Sir André a l?étoffe pour devenir le Premier ministre des plus grandes nations européennes.

Sir Claude s?étend naturellement sur la carrière sportive de Sir André. Avant d?être le premier de ses nombreux frères à décrocher la bourse d?Angleterre, il pratique assidûment football, tennis et athlétisme. A Oxford, il excelle dans le rugby et au squash. De retour à Maurice, il se joint au Dodo qui n?est encore qu?une équipe de rugby et qu?il transformera dans le club-institution que l?on sait. Sportif il restera jusqu?à ce que ses genoux le trahissent. En 1936, il crée l?écurie qui portera son nom et qu?il lèguera, en 1941, au turfiste émérite qu?est Paul Clarenc. Le Turf Club et le Jockey Club lui doivent tout. D?instinct il cherche le contact avec les jeunes, l?avenir de l?humanité. A l?heure de la retraite, il s?adonne aux bonnes ?uvres et à sa paroisse de la Visitation. L?abbé Philippe Goupille précise qu?il considérait sa profession légale comme un vrai apostolat. Il parle de lui comme d?un pionnier de l?autofinancement paroissial.

Publicité