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Les langues

16 juillet 2006, 00:00

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Il y a des chances que l?avenir d?une île mal située au beau milieu de l?océan et dépourvue de richesses naturelles dans son sol, en arrive bientôt à dépendre essentiellement des communications : aériennes, maritimes et surtout électroniques. L?insistance initiale de SSR pour un aéroport moderne (promis par De Gaulle, réalisé avec l?aide chinoise) ; le développement portuaire (héritage de la massive exportation du sucre) et la vision d?une cyberîle (lancée grâce à l?expertise amicale indienne) étaient justes.

De ces trois axes de développement, on peut penser que c?est la cybernétique et ses kyrielles d?activités subsidiaires qui promettent à long terme une meilleure qualité de vie aux générations futures.

Or les communications tous azimuts, en l?absence d?un espéranto, dépendent en définitive de la maîtrise de langues dominantes appropriées. La parole, cette technologie naturelle et immémoriale, restera inégalée.

Nous, Mauriciens, avons trop longtemps cru que notre passé colonial franco-anglais faisait de nous, d?office, des bilingues émérites.

Le réveil par la réalité a été brutal. Les « call centres » et les perspectives offertes par la délocalisation vers le tiers-monde exigent une qualité de la pratique des langues appropriées plus réaliste qu?une simple « débrouillardise ».

La maîtrise du plus grand nombre possible des langues appropriées se présente donc comme une condition déterminante de l?avenir dans les communications.

Or l?enseignement des langues, depuis trop d?années, est pourri à la base parce qu?il est une succursale du domaine politico-religieux traditionaliste où chaque grenouille croit pouvoir devenir un b?uf. En conséquence, l?enseignement des langues est resté passéiste, tandis que l?avenir a pour fâcheuse habitude de se trouver devant soi ? pas derrière.

Pour libérer les langues des considérations sectaires étroites (et même punitives) qui les mettent en boîte, il est souhaitable et juste de laisser la demande elle-même décider des orientations. Il faudrait que l?enseignement des langues échappe aux tentations politiques ; peut-être faudrait-il que le ministère de l?Éducation en soit désarmé et en même temps débarrassé. S?il se déresponsabilisait de cette pomme de discorde, peut-être pourrait-il mieux s?occuper des sciences et des mathématiques.

L?enseignement des langues devrait être libre et obéir à la demande. Ça se passerait à peu près comme ceci : à l?âge opportun, les écoliers (et leurs parents qui, en principe, se soucient de leur avenir dans vingt ans) s?inscriraient pour apprendre correctement les langues de leur choix. Un Institut indépendant assumerait la responsabilité de satisfaire cette demande démocratique. L?Institut serait responsable du recrutement d?enseignants compétents (sans avoir peur de faire appel, si nécessaire, à des ressortissants étrangers selon leur langue maternelle). L?organisation des classes et le financement de l?Institut seraient en grande partie automatique. Il y aurait, bien sûr, un problème de logistique à régler : il ne paraît pas insurmontable.

Une maîtrise des langues nécessaires au développement du tourisme, de l?aviation, des services, des professions, dans un monde globalisé, redonnerait aux langues leur raison d?être : la communication.

<B>Périscope</B>

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