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Air Mauritius reprend de l?altitude

15 juillet 2006, 20:00

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L?anecdote, telle que la relate Nirvan Veerasamy, le directeur général (DG) d?Air Mauritius, est inquiétante. Affairé à démentir les allégations de conflit d?intérêts à son encontre, il n?avait pas consulté les cours du pétrole sur son ordinateur depuis deux semaines.

Quand Veerasamy le fait vendredi, il découvre avec stupeur que le prix du baril qu?il avait laissé à moins de 70 dollars il y a deux semaines, est passé à 78 dollars. Ce qui amènera Air Mauritius à débourser près de Rs 8 milliards rien que pour l?achat du carburant durant la prochaine année financière !

L?anecdote est à l?image de ce qui se passe à Air Mauritius depuis un mois. Occupée par les allégations de conflit d?intérêts, la compagnie nationale en a presque occulté son avenir. Mais Air Mauritius se recentre sur ses priorités dès cette semaine.

« Il n?est plus question de laisser les concurrents d?Air Mauritius se frotter les mains tandis que le Paille-en-queue se dépêtre dans des crises internes », entend-on désormais au quartier général. On ne parlera désor-mais plus de conflits d?intérêts. Nirvan Veerasamy nous fait d?ailleurs savoir que c?est la dernière fois qu?il s?exprime sur le sujet dans l?entretien qu?il nous accorde.

Tandis que son président de conseil d?administration (CA), Sanjay Bhuckory, annonce quelques décisions qui devraient faire « taire les spéculations » sur des conflits d?intérêts qui ne seraient qu?un « mythe. » Pour cela, on déballe même des délibérations du CA, qui restent habituellement confidentielles. On apprend ainsi que le mémorandum signé entre la compagnie nationale et Air Seychelles n?est sujet à aucun conflit d?intérêts, selon le CA. Mais « vu les relations entre les deux parties, il aurait été souhaitable que le directeur général déclare ses intérêts », car le capitaine Savy, directeur d?Air Seychelles, est un partenaire d?affaires de Nirvan Veerasamy au sein de Veiling, l?une des sociétés qu?il dirigeait.

Concernant Hans Wagner, un des directeurs de General Aviation Mauritius, dont Veerasamy est un fondateur, le CA décide qu?il ne fera finalement plus partie du comité Mc Kinsey sur la restructuration de la compagnie. Poursuivant la chasse aux éléments qui pourraient fausser la perception, la mention que Nirvan Veerasamy est un Director on leave figurant sur le site de la société Veiling est également retirée.

À Maurice, la décision de l?avocat Jim Veerasamy, le frère du DG d?Air Mauritius de ne plus représenter les intérêts de la compagnie, est également accueillie par le CA. Et gage suprême de la volonté d?agir dans la transparence, Bhuckory explique que la déclaration des avoirs et des intérêts faite par Nirvan Veerasamy pourra être consultée dans le cas d?une enquête pour d?éventuels conflits d?intérêts allégués.

<B>Tout soutien est bon à prendre</B>

Le CA d?Air Mauritius a peut-être aidé à ce que la situation se décante. Mais il n?en demeure pas moins vrai que le poste de Veerasamy est très convoité, notamment par un haut responsable de l?entreprise qui verrait bien son champ d?action s?élargir au-delà de celui qui lui est fixé pour l?heure.

Une autre personnalité à la tête d?un organisme parapublic digérerait mal le fait de devoir répondre à un ministre alors qu?auparavant il était le seul décideur de son administration. Un autre ancien haut fonctionnaire, revenu dans les bonnes grâces du gouvernement actuel, se verrait bien accéder à de plus hautes fonctions que celle de conseiller de l?ombre qu?il exerce en ce moment auprès d?un ministre travailliste.

Alors, les questions au Parlement, la plainte à l?Icac et le ramdam autour du directeur général d?Air Mauritius ne seraient-ils qu?un exercice de déstabilisation en vue de placer un nouveau DG à la tête de l?entreprise ? La question est posée par beaucoup d?interlocuteurs de Nirvan Veerasamy, y compris beaucoup d?hôteliers qui louent son sens de l?écoute et l?ouverture d?Air Mauritius à l?industrie depuis l?arrivée du nouveau DG.

Suren Dayal, l?auteur de plusieurs questions au Parlement sur les entreprises qu?a dirigées Veerasamy, récuse toute accusation d?instrumentalisation de ses questions parlementaires. « Je ne fais que mon travail de député », affirme-t-il haut et fort, et ce, malgré le soutien que le Premier ministre a publiquement, mais aussi personnellement et en plusieurs occasions récemment donné à Nirvan Veerasamy.

Mais ce dernier bénéficierait également d?un autre soutien de taille en la personne de Rama Sithanen, le ministre des Finances, qui apprécierait beaucoup les compétences du patron d?Air Mauritius. Mais inutile de parler d?éventuels parrainages ou de protection dont il disposerait au sein du cabinet, car cela le met dans une colère noire. « En disant cela, on dénigre toute ma carrière et tout ce que j?ai fait dans le passé. Je ne l?accepte pas. Je suis un professionnel, j?avais avant un parcours dans cette industrie, j?en aurai un autre après », affirme Nirvan Veerasamy.

Dans ce panier de crabes qu?est Air Mauritius, tout soutien peut en effet être bon à prendre. Dans le top management actuel, certains ont vu cheminer Vijay Poonoosamy ou Vinod Chidambaram jusqu?au sommet de la hiérarchie de l?entreprise, et croient également pouvoir y arriver. D?aucuns « aideraient » à ce que des renseignements ou informations, pour certaines confidentielles et même partiellement erronées, soient distillées dans la presse mais aussi auprès de parlementaires.

<B>Une volonté de participer</B>

Qu?importe s?il y a cabale ou si une question parlementaire a fini par prendre une tournure qui dépasse son auteur, Air Mauritius veut tourner la page. Et pour cela la direction aligne déjà soigneusement les défis qu?elle doit relever. Tout en affichant quelques réussites que Veerasamy dit avoir enregistrées après une dizaine de mois à la tête de l?entreprise.

D?abord les fameuses Rs 200 millions en devises appartenant à Air Mauritius aux Seychelles et bloquées dans l?archipel depuis 1998. « Après moins de 7 mois, nous avons pu débloquer pratiquement la moitié de cette somme. L?accord de partenariat avec Air Seychelles nous aidera à débloquer l?autre partie. Si on le fait avant la fin de l?année, je considérerai que c?est un énorme succès pour mon équipe », explique Veerasamy.

Parallèlement, d?autres projets voient le jour ou sont en cours de concrétisation, comme celui d?effectuer la desserte quotidienne de Mumbai en Inde l?année prochaine. D?un point de vue opérationnel, l?arrivé d?un nouvel ATR 72 de la compagnie fera passer les dessertes régionales du Paille-en-queue dans le vert. En effet, sur certaines routes qui fonctionnaient jusqu?ici à perte, l?équilibre sera probablement atteint, alors que sur d?autres dessertes peu profitables, la marge pourrait grimper de quelques points.

Dans un souci de réduire le recours aux pilotes étrangers, Air Mauritius poursuit également une politique active de formation, avec une cinquantaine de jeunes pilotes envoyés à l?étranger chaque année. À terme, l?objectif est de faire que la majorité des 200 pilotes de la compagnie soit mauricienne.

Mais s?il y a un dossier qui demande toute l?attention du directeur général d?Air Mauritius, c?est bien celui de la restructuration de l?entreprise. Elle entre déjà dans une phase cruciale, et le stade du diagnostic est passé. Le processus entamé avec le cabinet international Mc Kinsey commencera à porter ses fruits en août. Certaines orientations futures seront prises dès le mois prochain, en consultation avec les partenaires de l?entreprise, avec des résultats que l?on espère dès fin 2007.

Nirvan Veerasamy et le CA de l?entreprise abordent même cette phase cruciale avec un certain sangfroid puisque le principal élément perturbateur d?Air Mauritius, son staff et ses syndicats, est en ce moment étonnamment calme et fait même preuve d?une certaine volonté de participer activement à la restructuration. Une bénédiction pour qu?Air Mauritius réussisse un nouveau décollage.

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