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Moorthy Nagalingum : 50 ans de quête artistique
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Moorthy Nagalingum : 50 ans de quête artistique
Après avoir déambulé le long d?une demi-douzaine de salles d?exposition et s?être arrêtés pour contempler chacune des 200 ?uvres accrochées aux cimaises du département des Beaux-Arts de l?institut Mahatma Gandhi, nous comprenons mieux pourquoi avons-nous toujours tenu Moorthy Nagalingum pour l?un des peintres mauriciens les plus talentueux du dernier tiers du xxe siècle et de l?aube de celui-ci.
La rétrospective, que lui consacre pieusement Mala Chummun-Ram-yead, qui assure sa redoutable succession à la tête de cette institution infiniment sacrée, nous permet, avant tout, de découvrir un cheminement artistique hors pair.
Elle humanise avantageusement une démarche artistique qui s?épanouit désormais dans un geste graphique, une calligraphie inspirée, remarquait Georges André Decotter, que révèlent ce qu?il faut des effets colorés, ou plus exactement nacrés, pour lui donner à la fois du tranchant, de la substance et les formes complétant harmonieusement l?esquisse fondamentale.
Parvenu, dans la force de l?âge, à cette perfection dans la maîtrise à la fois du trait de soutènement, de l?harmonie des couleurs et de l?apprivoisement des matériaux de peinture, Moorthy Nagalingum peut s?offrir le luxe de visualiser sur la toile vierge n?importe lequel de ses rêves, de ses fantasmes intérieurs, de ses messages les plus intimes, de ses pulsions les plus vivaces, de ses visions les plus débridées. Le résultat ne peut être qu?un chef-d??uvre de composition inspirée, une sage retenue de l?expression graphique, empêchant le moindre détail de détourner l?attention du contemplateur du sommet artistique auquel le convie un artiste ne pouvant qu?être inspiré.
<B>Plénitude où l?art rejoint les sommets</B>
Mais que de recherches et de tâtonnements avant d?aboutir à cette plénitude où l?art rejoint les sommets des méditations philosophiques et la sérénité des sages ayant découvert et exploré les voies mystiques, menant à la transfiguration de la pensée, de l?intelligence humaine.
Ne sous-estimons pas pour autant les différents essais graphiques de Nagalingum. Ils aboutissent, certes, à une peinture, ayant la consistance d?une fresque sculptée dans la nacre la plus pure. Il aurait pu tout aussi bien devenir un dessinateur de la veine d?un Pablo Picasso ou d?un Salvadore Dali pour la pureté du trait réussi. Une carrière d?illustrateur s?ouvrait définitivement devant lui. Il opte pourtant pour le trait alourdi d?un Jean Cocteau, avant de se laisser charmer par le dessin misérabiliste de Bernard Buffet, si expressif et si dense.
Déjà apparaît cependant cette volonté de doter ses personnages d?une stature hiératique, les transformant en autant de célébrants d?une liturgie humaine. Il sait les draper dans une solennité qui les transcende. On peut regretter, toutefois, une insistance exagérée sur des muscles et des doigts trop noueux. L?animalier est aussi moins heureux et l?on comprend sans peine qu?il n?ait pas voulu insister dans ce sens.
On regrette davantage la mise à l?écart d?une peinture à l?indienne et dont Princess of the dark Chamber révèle, dès 1957, une réussite prometteuse qu?on peut difficilement attendre d?un jeune de 22 ans.
Puis vient la période impressionniste, grandement influencée par la décomposition cubiste du paysage, dans laquelle excelle un certain Paul Cézanne, celui, bien sûr, de la Montagne Sainte-Victoire, et que reprennent si brillamment André Derain, Raoul Dufy, Georges Braque. La couleur ne sert plus à colorier des espaces. Elle participe intrinsèquement à la composition de la toile.
Dans cette veine, on peut ranger des réussites comme Village in Santinikatani de 1960, le Rajasthan de 1961, le Red Roof of Darjeeling de 1960, mais surtout Church in Madras de 1961 ou encore Bombay de 1959. Moorthy Nagalingum en serait resté là qu?il nous aurait transportés au comble du ravissement.
<B>À la recherche de perfection artistique</B>
Ne quittons pas le paysagiste Nagalingum sans parler d?une série portlouisienne de 1990 où la composition cubiste cède heureusement la place à l?esquisse essentielle, renforcée par ce qu?il faut de surface colorée et déjà nacrée que lui apprend Georges Braque. Ces paysages portlousiens sont déjà annoncés par une série d?aquarelles, datant de 1980, et illustrant d?humbles cases de Santiniketan. Déjà l?esquisse d?un mélange harmonieux de sérénité et de plénitude.
À cheminer avec Moorthy Nagalin-gum, le long d?un demi-siècle de recher-che de perfection graphique et artistique, on ne peut que déplorer la brièveté de toute vie humaine. Un artiste de ce calibre devrait avoir droit à plusieurs vies terrestres afin de donner chance égale à chacune de ses multiples potentialités de s?exprimer et de parvenir au même degré de perfectionnement.
On peut aussi déplorer une stupide organisation de notre société humaine, si débile par moments, pour obliger un génie artistique comme Nagalingum à devoir perdre un temps aussi précieux à des tâches administratives et même pédagogiques, au lieu de lui permettre simplement de peindre et de produire chef-d??uvre sur chef-d??uvre. C?est en tout cas ce qu?aurait fait un des princes ou papes mécènes de la Renaissance italienne.
On ne peut que regretter la dispersion d?une si belle rétrospective,à la clôture de l?exposition Yesteryears, le dimanche 23 juillet 2006. Il nous reste donc qu?une semaine pour nous laisser envahir par toute la beauté picturale de toute l??uvre artistique de Moorthy Nagalingum, s?étalant sur un demi-siècle de grâce et de beauté.
Restera heureusement le bel album rétrospectif, réalisé par le Dr Parul Dave Mukherji, professeur d?esthétisme comparé à l?université Jawaharlall-Nehru de la Nouvelle Delhi. Espérons seulement qu?à défaut de galerie d?art, encore à l?état de promesse, la banque de données de Thivy Naiken réalise le souhait de musée imaginaire voulu par Georges André Decotter à la suite de son maître et gourou, André Malraux.
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