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Décodeur inclus
Après l?image, le son. Bruit des conversations. Des carrefours ou comme Alain Romaine préfère les appeler, des «îlots». Groupes de cinq, «comme les cinq doigts de la main», soudés par la même idée. Celle de décortiquer le Da Vinci Code, film de Ron Howard, adapté du roman éponyme signé Dan Brown.
On a tout oublié du froid et la pluie fine et persistante qui poudroie le gravier, la pelouse et les alentours du centre de catéchèse à Rose-Hill. C?est là que se sont réunis près de 70 enseignants, jeudi, pour trouver des «clés pour entrer en dialogue avec les jeunes». Des étudiants du secondaire forcément intrigués par la polémique, le battage médiatique. De jeunes intelligences qui veulent savoir. Qui veulent comprendre. Tant mieux. Les outils pédagogiques étaient eux fournis, entre autres, par Danielle Palmyre Florigny, théologienne.
D?emblée, certains professeurs l?avouent. Ils ne savent pas toujours quoi répondre. Et ils le disent franchement à leurs élèves. «En classe de Divinity, les filles me demandent si je connais l?évangile de Judas et ce que j?en pense», raconte Claudine Bizlall-Flore du collège de Lorette de Quatre-Bornes (LCQB). «Je dis, désolée les filles, je n?ai pas de réponse à vous donner.»
Pour entrer dans le vif du sujet, il fallait évidemment le cerner. La journée commence donc par le visionnage du film. Deux heures trente de cinéma, au bout desquelles les réactions fusent spontanément. «J?ai eu sommeil, c?est lugubre, je n?ai pas compris. J?ai trouvé le film trop long.» On ne manque pas de relever que «Dans le film, on utilise beaucoup de mots compliqués, des mots que je ne connais pas.»
Du coup, on veut savoir qui est Dan Brown, connaître ses motivations ? C?est Pierre Dinan, qui a laissé au vestiaire sa casquette d?économiste pour celle de lecteur averti qui se chargera de répondre à certaines questions en première partie de journée. Des pistes de lecture appuyées sur le Da Vinci Hoax, littéralement une sorte de décodeur du best-seller de Dan Brown, écrit par Carl Olson et Sandra Miesel.
Fait surprenant vu le contexte, nous avons affaire là à des «braves» catéchèses, ceux chargés d?enseigner les fondements de la religion à leurs ouailles dans les collèges catholiques. Sur presque 70, c?est à peine si cinq mains se lèvent quand Alain Romaine, le modérateur de la journée demande : qui a lu le livre ? Non, ce n?est pas à nous de faire un sermon sur ce déficit de préparation de ces enseignants, qui ont tout de même eu plus d?un an pour lire cet ouvrage, depuis sa sortie en librairie chez nous.
Mais laissons leur la parole, maintenant qu?ils ont vu le film. Une voix lance : «Vous avez remarqué que le film se passe surtout la nuit, qu?il y fait souvent très sombre.» à l?opposé, une jeune enseignante raconte : «J?étais morte de rire quand on a annoncé à l?héroïne (rôle joué par Audry Tautou) qu?elle est la descendante de Jésus Christ. Quoi, comme cela, en vrac ? »
<B>Tout un barrage de questions</B>
On touche dès lors à ce qui distingue ce polar des autres : sa construction romanesque autour du personnage de Jésus. Sonia Rivet, également du LCQB résume bien l?esprit de nombreuses enseignantes. «Je croyais que j?allais voir des images choquantes.» Dans un éclat de rire, elle extrapole, « Je ne sais pas moi, Jésus et Marie Madeleine dans un lit. Je m?attendais à quelque chose de très visuel.» Les avis s?entre-mêlent. «On dit que les disciples étaient mariés, pourquoi pas Jésus. Je pense qu?il a mangé et qu?il a pleuré comme moi.»
Plus loin, on enchaîne : «C?est vrai, je m?attendais à quelque chose qui aurait bouleversé ma foi.» C?est le moment où ce débat saisi en plein vol se passionne. Une collègue répond :
«Toi, tu es bien ancré dans ta foi, cela ne te touche pas, mais si ta foi est basée sur de petits détails, alors cela pourrait la remettre en question.»
La discussion se poursuit. Se calme, se réveille. Souvent le terme «esprits faibles» revient. Toujours ces «autres» qui se laisseront avoir. Jamais soi qui serait gagné par une éventuelle conspiration.
Le feu des interrogations ne tarit pas. On veut en savoir plus. Des informations à chercher du côté de l?histoire, notamment celle de l?église. «On parle des sépultures des saints, mais a-t-on retrouvé celle de Marie Madeleine ?» «A-t-elle vraiment écrit un évangile ?» «Est-ce qu?il y a eu censure de la bible ?» Face à ce barrage de questions, le modérateur prend la mesure de la situation. «Kan ena papotaz lerla ki dimoun anvi kone ki legliz pense. Dès qu?il s?agit de sexualité, cela attire les mouches.» n
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