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Un parcours inclassable

15 juillet 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Cette Française établie à Maurice depuis 28 ans, a longtemps adopté un profil bas. Elle l?attribue au fait qu?avant de lancer sa marque, elle a traité et traite toujours avec les plus importants fabricants d?articles de cuir d?Europe qui ont toujours réclamé la confidentialité.

En réalité, elle est loin d?être enfermée dans une tour d?ivoire. Car une fois le contact établi, elle se livre naturellement et chaleureusement, n?omettant aucun des épisodes marquants de sa vie, même les plus douloureux, qui ont, sans doute, contribué à forger sa résistance et sur lesquels nous ferons l?impasse. Depuis son adolescence, une idée la taraude : elle veut un jour monter une entreprise de luxe qu?elle transmettrait à la postérité.

Diplômée de sciences politiques, d?une licence d?anglais et de deux diplômes d?enseignement universitaire général en droit et en économie, elle crée une première entreprise de services financiers.

Puis avec son premier associé, elle ouvre plusieurs boutiques d?accessoires et de vêtements au concept identique dans les grandes capitales. Pour cela, elle voyage beaucoup et les bagages qu?elle utilise lors de ses nombreux déplacements ne sont pas à son goût car ils manquent aussi bien d?esthétisme que d?ingéniosité. «Je dois pouvoir trouver toutes sortes de poches dans un sac pour ranger les objets les plus variés.»

Férue de dessins, elle se met à les repenser et conçoit alors des bagages d?affaires qu?elle fait breveter et fabriquer en France, en Allemagne et en Italie. Bagages qui avaient déjà un avant-goût des créations «Hémisphère Sud», se démarquant par un mélange d?inventivité, d?utilité et de raffinement.

Ses fabricants européens, dépassés, trouvent ses demandes trop compliquées. «Je cherchais seulement à me différencier en lançant des produits originaux.» Un de leurs sous-traitants est une compagnie mauricienne basée à Terre Rouge, la Société d?articles de maroquinerie (SAM). C?est avec elle qu?Anne-Christine entend poursuivre la production, d?autant plus que de grosses commandes se profilent.

C?est ainsi qu?elle débarque à Maurice et tombe sous le charme de l?île qui n?est pas sans lui rappeler sa Tunisie natale. Elle rachète la SAM et l?usine rebaptisée Romisco International, est transférée à Plaine Lauzun.

Pour la relancer, Anne-Christine range ses désirs de créations personnelles dans les tiroirs et va frapper aux portes des grands fabricants d?articles de cuir et de maroquinerie d?Europe. Bien que très jeune ? elle n?a pas même 25 ans ? ces industriels la prennent au sérieux.

Son premier gros client est le groupe Atelier de fabrication d?agendas qui lui est resté fidèle pendant ces 28 dernières années. Anne-Christine est tellement rigoureuse et perfectionniste sur la finition des articles qu?elle propose, qu?elle a vite fait de convaincre d?autres grands noms de la mode de sous-traiter avec Romisco International. Ses affaires se développent rapidement.

Reprise par son désir de créer sa propre marque, elle conçoit des sacs à main en cuir qu?elle veut vendre sur le marché mauricien et régional. La deuxième étape est de fonder «Hémisphère Sud» en 1997. Sa boutique d?usine qui porte le même nom, attire un monde fou. Ses clients, en majorité des touristes, réclament d?autres accessoires. Anne-Christine dessine alors des chaussures et d?autres articles qui viennent enrichir sa gamme «d?inventeur maroquinier» comme elle aime à se décrire.

Depuis, «Hémisphère Sud» a pris une ampleur extraordinaire : ce sont quatre boutiques ? une à Plaine Lauzun, deux à Grand-Baie et une au Caudan Waterfront ? un corner à l?aéroport, un espace dans pratiquement tous les hôtels de l?île. à l?étranger, c?est déjà une présence dans plusieurs villes françaises dont Cannes et Deauville, de même que des emplacements dans des palaces de la Barbade et de Norvège pour ne citer que ceux-là.

Si elle considère Maurice comme son pays, l?île et quelques-uns de ses habitants n?ont pas toujours été tendres envers elle. Anne-Christine a en effet vécu des moments difficiles, auxquels elle a toujours fait front, en ne perdant jamais ses objectifs de vue et entourée d?un cercle restreint «de vrais amis fidèles».

<I>«Les autorités ont réalisé que les entreprises telles que Hémisphère Sud peuvent devenir les fers de lance de Maurice comme île créatrice sur la scène internationale.»

Elle est aujourd?hui mariée au Britannique Guy Fletcher qui était numéro deux de la Barclays Bank à Maurice lors de leur rencontre. Celui-ci l?a rejointe en tant que gestionnaire et partenaire d?affaires. Il s?occupe également de l?agencement des magasins et «rationalise mes débordements créatifs», affirme-t-elle en riant. Elle est également mère d?un fils, Alexander, 14 ans, qui, elle l?espère, prendra un jour les rênes de leurs affaires.

Mais on n?en est pas encore là. Anne-Christine qui a le vent en poupe, lorgne du côté de Paris et veut y ouvrir une boutique «Hémisphère Sud» et travailler avec d?autres magasins d?articles de luxe selon un système de licence. Elle veut aussi re-décorer toutes ses boutiques de la même manière, soit «hyper chics mais avec une pointe d?exotisme». Les créations futures d?«Hémisphère Sud» seront désormais en séries limitées et numérotées.

Lucide dans tout ce qu?elle entreprend, Anne-Christine est soulagée de voir que les autorités mauriciennes se tournent finalement vers les opérateurs non-textile et les écoutent. «C?est une première. Les autorités ont réalisé que les entreprises telles que Hémisphère Sud peuvent devenir les fers de lance de Maurice comme île créatrice sur la scène internationale. Enterprise Mauritius nous sollicite désormais. Je suis soulagée de voir qu?on nous donne enfin la parole.»

Cet encadrement des autorités est une nécessité, poursuit-elle. «Cela fait des années que nous nous battons pour enregistrer notre nom, nos logos, nos modèles. Aujourd?hui, le gouvernement paraît disposé à nous assister sur la promotion et la négociation des dépôts de marques. Ce qui nous permettra de devenir encore plus créatifs, de mieux nous défendre pour confirmer la réputation de pays créateur que nous sommes entrain d?acquérir.»

Durant ses rares moments de liberté, cette vice-présidente de la Chambre de commerce Maurice-France, se plonge dans la lecture, surtout de livres historiques. Quand elle n?est pas devant ses fourneaux à réaliser avec enthousiasme des nouvelles inventions culinaires destinées à être testées sur ses amis! On vous avait prévenu : difficile de trouver plus atypique que cette femme-là?

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