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Une offensive inopportune

14 juillet 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le pouvoir veut déclarer la guerre à la presse. Il multiplie, semaine après semaine, les menaces d?envoyer en prison les journalistes en les accusant de torts divers. De plus, un projet de loi est en préparation pour mettre sur pied une ?Media Commission? nommée par le pouvoir pour "discipliner" les journalistes. Le droit à l?information des Mauriciens est en jeu.

Dans leurs attaques contre la presse, les dirigeants travaillistes allèguent souvent que les journalistes ont des motivations partisanes. Ces hommes politiques vont parfois plus loin et insinuent que les journaux sont indulgents ou agressifs selon le parti qui exerce le pouvoir. Le Premier ministre s?est même demandé récemment : ?Où était la presse ces dernières années ??

Les lecteurs savent combien infondée est cette accusation de partialité faite contre la presse nationale. En tout cas, celle-ci n?était certainement pas moins agressive sous l?ancien gouvernement. Durant cette période, elle a mis au jour des scandales dans certains cas, et dans d?autres, elle a contribué à prévenir l?étouffement d?affaires embarrassantes pour les gouvernants d?alors.

Il faut être amnésique pour avoir oublié le rôle joué par la presse indépendante lors des événements qui avaient mené à l?arrestation d?un ministre MSM en janvier 2005. L?article qui avait paru à la une de notre édition du mardi 21 janvier 2003 avait pour titre ?Scandale des terres : La démission inévitable?. Trois jours après, le ministre démissionnait de son poste.

Sans une pression continue de la presse, ce n?est pas certain que l?affaire aurait abouti à l?interpellation puis à l?arrestation, pour la première fois dans l?histoire, d?un ministre en exercice. Quelques jours avant son interpellation, nous écrivions en éditorial : ?Dans l'affaire que l'on peut appeler le Palmargate, du nom de la plage convoitée, il y a un certain nombre de questions qui restent sans réponse. Parmi ces énigmes figure l'inexplicable embarras des enquêteurs à demander des éclaircissements au ministre Mookhesswur Choonee?. Il n?a pas fallu plus de 72 heures pour que les policiers de l?Icac l?embarquent. Bien sûr, il a finalement bénéficié d?un non-lieu, mais là n?est pas la question. Cette affaire, parmi tant d?autres dont celle de la caisse noire d?Air Mauritius, démontre surtout la constance avec laquelle ?l?express? accomplit son devoir d?informer et de dénoncer le cas échéant.

Il est dangereux d?imposer le bâillon à la presse pour la contraindre à ne publier que des communiqués officiels. Car, dès qu?ils sentent qu?ils sont privés d?un accès libre à l?information, les citoyens n?auront plus confiance dans le système. Pour l?heure, ils font confiance aux journaux nationaux qui, dans l?ensemble, respectent les lois et les règles d?équité quand ils évoquent les affaires de fraude ou de malversation alléguée.

Ce n?est pas sain de vouloir empêcher la presse de rendre compte des enquêtes policières dès lors que le nom d?un personnage public est cité. Si cela devait arriver, il en résulterait un climat de suspicion permanent. Les rumeurs les plus folles se propagent facilement dans ces circonstances.

L'intérêt général ne sera pas mieux servi par un durcissement des lois existantes. A bien des égards, l?arsenal juridique qui protège les citoyens de la diffamation est déjà plus répressif que celui qui existe dans des pays qui sont nos références en matière de démocratie. Les juges appliquent avec rigueur les sanctions prévues à l?encontre des journalistes qui ont enfreint ces lois. Ce n?est pas nécessaire d?en faire plus.

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