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Afrique et Europe tentent de sortir de l’impasse
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Afrique et Europe tentent de sortir de l’impasse
Les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de plus de 50 pays d’Afrique et d’Europe se sont réunis récemment à Rabat pour tenter de répondre à une question: comment endiguer le flot d’immigrants clandestins vers le Vieux continent ?
Ils ont tenté d’élaborer une stratégie commune pour limiter l’immigration africaine vers l’Europe. Mais, entre l’Afrique qui demande plus d’aide et de commerce et l’Europe qui veut absolument repousser les clandestins, beaucoup de spécialistes sont sceptiques.
Les images de jeunes Africains assoiffés et exténués tentant depuis le début de l’année de gagner par milliers l’archipel espagnol des Canaries à bord de bateaux de fortune ont accentué l’urgence de renforcer la collaboration entre Afrique et Europe.
“Ces images illustrent le désespoir de la jeunesse africaine et soulignent en même temps leur rejet de la situation”, a souligné Alpha Oumar Konaré, le président de la Commission de l’Union africaine (UA).
La rencontre à Rabat a abouti à la signature d’un avant-projet de répression accrue de l’immigration illégale en échange d’un vaste plan d’aide européen à la création d’emplois pour ces jeunes qui tentent tout, en espérant un avenir meilleur dans les pays occidentaux.
Au moins trois d’entre eux sont morts la semaine dernière quand 70 Africains ont tenté de franchir la clôture de barbelés de six mètres de haut qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole de Melilla.
L’an dernier, onze africains sont morts dans des conditions similaires près des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, incitant Madrid et Rabat à organiser cette rencontre.
L’Afrique désunie face à une Europe déterminée</B>
“La conférence de Rabat est né de l’urgence de régler les problèmes de migrations après les incidents de Ceuta et Mellila”, a expliqué Youssef Lemrani, le diplomate marocain chargé de la réunion.
“C’est une initiative exceptionnelle qui permet de lier cette priorité qu’est la lutte contre l’immigration clandestine avec le développement économique”, a-t-il ajouté.
Comme d’autres responsables africains et européens, il a insisté sur le fait que c’est la première fois que des pays d’où partent et par où passent les flux de clandestins travaillent ensemble à l’élaboration de la politique de lutte contre l’immigration.
Mais des groupes de défense des immigrés et des spécialistes pensent que l’UE se sont focalisés surtout sur la répression et en est resté, en matière de coopération économique, au stade des bonnes intentions.
Selon eux, les propositions de l’avant-projet détaillent les mesures de sécurité, notamment des patrouilles de contrôle communes ou une meilleure coopération policière, mais restent très vagues sur l’aide européenne.
Ces experts de l’immigration reprochent par ailleurs à l’Afrique de se présenter désunie face à des pays européens tous déterminés à combattre l’immigration clandestine, sujet électoralement sensible.
L’Algérie, qui entretient des relations difficiles avec son voisin marocain, et vingt autres pays ont choisi de ne pas participer à la conférence.
A Paris, le président de l’Association des travailleurs maghrébins de France, Ali Elbaz, estime que la conférence a surtout été consacrée aux moyens d’empêcher les gens de migrer.
“Il y a un point important dont personne ne parle. Je pense que l’Europe souhaite une immigration blanche et catholique. La Grande-Bretagne a accordé des papiers à 385 000 personnes venant des nouveaux pays de l’UE dans les 18 derniers mois. La France a autorisé les Européens de l’Est à travailler dans 61 nouveaux domaines.”
Claire Spencer, spécialiste de l’Afrique du Nord à l’Institut international d’études stratégiques à Londres, partage la même opinion.
“On parle beaucoup du vieillissement de la population et du besoin de travailleurs jeunes, mais il faut clairement reconnaître qu’il y a des attitudes discriminatoires à peine voilées indiquant que nous ne voulons pas voir trop d’Africains sub-sahariens et de musulmans en Europe.”
<B>©Le Monde 2006
Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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