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« Da Vinci Code » : un film à dormir debout

9 juillet 2006, 00:00

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On ne se méfiera jamais assez des best-sellers, surtout quand ils sont produits par une chaîne de rédacteurs et autres scénaristes comme d?autres produisent des Ford T, chacun ajoutant une pincée, se voulant de sel attique, comme d?autres sont condamnés, huit heures par jour, à serrer le même boulon sur un nombre interminable de carrosseries ou de moteurs. Il n?y a pas de sots métiers, dit-on. Tant de niaiseries vendues à des millions d?exemplaires devraient nous interpeller davantage.

Dans le cas du Da Vinci Code, tout repose d?ailleurs sur un titre choc, mélangeant habilement l?italien, le français, l?anglais, permettant à qui le prononce de se croire un initié ou encore un inspiré. Il suffit d?ailleurs de le traduire correctement en français pour qu?il perde son magnétisme et la magie que seuls peuvent lui conférer des gogos, plus sensibles à la musicalité des mots Da Vinci Code qu?à leur signification : le Code de Vinci.

La vente en librairie du best-seller de Dan Brown, avec un étalage qui n?est pas sans rappeler la promotion faite, dans les grandes surfaces, pour les produits en solde parce que frelatés, suffisait pour éveiller les réserves des bibliophiles et autres intellectuels, férus d?histoire universelle et de connaissances générales. Que peuvent peser, en effet, les millions d?exemplaires du Code de Vinci, comparés aux 214 volumes in quarto des Patrologies latine et grecque de l?abbé Migne ou encore les 350 volumes de traductions en français des textes majeurs des Pères de l?Église, publiés par les Éditions du Cerf, dans leur collection Sources chrétiennes ?

Que valent-ils comparés à la Somme théologique de Saint-Thomas d?Aquin ? Que valent les inventions, puériles quand elles ne sont pas diaboliques, de Dan Brown, face aux 26 volumes de l?Histoire de l?Église, fondée par Augustin Fliche et Victor Martin et dirigée par J.B. Duroselle et Eugène Jarry ? Comment des esprits, se prétendant éclairés, peuvent-ils prêter la moindre attention à cette littérature de bas étage, à cet opus satanici, puisant ses références dans la corbeille à papier des auteurs et directeurs de collection précités.

Mais que faire quand certains dédaignent les festins intellectuels, auxquels ils sont généreusement conviés, pour aller chercher, dans d?immondes poubelles, une pitance plus à leur goût et à leur soif du sensationnalisme le plus abject ? Comment empêcher un crapaud de saliver devant la blancheur du lys ? Comment empêcher certains de préférer un réchaud aux braises ardentes au fauteuil le plus confortable ? Il faut de tout pour faire notre pauvre monde.

Multiplicité des effets spéciaux

Un documentaire sur la fabrication d?un film ayant fait l?ouverture du dernier Festival de Cannes (Pauvre France ! nous te souhaitons meilleure chance pour ce soir), a pu inciter certains d?entre nous d?accepter l?amicale invitation de La Sentinelle Ltée et des Cinémas Star, et assister à la projection pour la presse locale du Code de Vinci de Ron Howard.

Ayant appris que l?action se tourne, mais hélas dans une infime partie, au Musée du Louvre et dans de magnifiques églises médiévales anglaises, nous nous sommes dit : le décor grandiose nous fera peut-être oublier les mensonges éhontés et blasphématoires d?un scénario, ne pouvant qu?être étatsuniens, et affublé de ce complexe de supériorité, indécrottablement attaché à un peuple se prétendant le gendarme du monde.

Nous nous sommes laissés avoir par les fausses promesses du recrutement d?acteurs aussi attachants que Jean-Pierre Marielle, Audrey Tautou et Jean Reno. Ils sont à plaindre même si leur gloire outre-Atlantique gagne ainsi quelques grammes de plus. Il est triste que d?aussi bons acteurs européens soient réduits à accepter des rôles aussi alimentaires. Même Audrey Tautou finit par faire oublier Amélie Poulain. C?est tout dire. Elle promise à un destin aussi fabuleux !

Les inconditionnels du Code de Vinci vantent la multiplicité des effets spéciaux. Ceux-ci sont, pour le déroulement de l?action, ce que les inventions, diaboliques quand elles ne sont pas anachroniques, sont au respect dû à la vérité historique.

Ils sont même pernicieux quand, dépourvus de tout humour, ils exploitent des fléaux tels que la vitesse, la violence, les perversions sexuelles, ou, pire encore, encouragent les infractions aux lois et même au code de la route. Déjà la science-fiction est indigeste, encore que nul ne soit en mesure d?affirmer que l?avenir de l?humanité pourrait être aussi triste que ne le laisse paraître l?imagination indigente de scénaristes dénués de tout humour.

Un labyrinthe initiatique

Que dire alors de ceux qui se livrent à l?histoire fiction, alors que la vérité historique est tellement riche et tellement passionnante et instructive à découvrir pour peu qu?on veuille se donner un peu de peine. Que dire du scénario particulièrement affligeant du Code de Vinci ? Il s?empare de quelques données historiques, connues de tous et enseignées dans tous les grands séminaires depuis 75 ans et s?efforce de les transformer en révélations se voulant assez révolutionnaires pour détruire vingt siècles de pensée et de génie chrétien, comprenant des Saul de Tarse, des Origène, des Saint-Thomas d?Aquin, des Saint- Augustin, des Ignace de Loyola, des Thérèse d?Avila, des Saint-Jean Chrysos-tome, des Blaise Pascal, des Charles Péguy, des Georges Bernanos, des Paul Claudel, des Teilhard de Chardin. Le Code de Vinci se veut un labyrinthe initiatique. Chaque tour de manivelle est censé apporter une nouvelle pièce au puzzle. Nous avons eu droit, en guise de dédale, à un manège de fête foraine. L?astuce est de nous livrer, à chaque tour, une bribe de révélation, en une fraction de seconde, pour nous faire croire que nous sommes trop bêtes pour découvrir par nous-mêmes la Vérité selon le tandem Dan Brown-Ron Howard. Au 50e tour, on n?a qu?une seule envie : celle de hurler : Assez ! Vivement la fin ! Il reste, hélas, encore une bonne heure de projection.

Le clou de Code de Vinci, c?est quand Ron Howard annonce à Audrey Tautou qu?elle descend du Christ. La pire chute qu?on puisse imaginer. Elle ne peut que susciter qu?un immense éclat de rire. On la plaint sincèrement d?être la malheureuse victime d?une plaisanterie aussi sinistre. N?est pas l?ange Gabriel qui veut. Si vous voulez vous amuser aux dépens de cette institution aussi humaine qu?est l?Église catholique romaine, allez plutôt lire ou relire Les clés de Saint-Pierre du pamphlétaire Roger Peyrefitte. Au moins vous en aurez pour votre argent.

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