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Quand un boulot ne suffit pas !

9 juillet 2006, 00:00

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Quel paradoxe ? Quand vous demandez aux gens s?ils sont heureux dans leur travail, ils se plaignent pour la plupart. « Le système devient plus exigeant. Il faut toujours aller plus vite, plus haut. Ca n?arrête pas. » Le crescendo est général : on n?a plus de temps libre, à peine on décompresse, on doit reprendre le boulot. Avec Internet, le téléphone portable, l?on est entré dans une ère du travail sans fin.

Pourtant, qui ne connaît pas quelqu?un qui cumule deux ou plusieurs boulots ? Qui n?a pas croisé sur sa route, un type comme Devanand, toujours « en veille », prêt à zapper de tâche si une occasion se présente à lui. « Que voulez-vous, il faut travailler. Tous les prix montent en flèche. On vous donne une augmentation salariale de Rs 135 et quand vous faites vos courses à la fin du mois, vous devez débourser Rs 600 de plus. Bizin tracé. »

Devanand est policier, le genre qui n?arrête pas. Quand il n?est pas « on duty », il troque son uniforme contre une combinaison de mécanicien. Au départ, il réparait sa voiture, ensuite il s?est mis à dépanner ses voisins et maintenant d?autres clients viennent à lui pour qu?il répare leur voiture. « Rs 400 de plus dans votre poche c?est toujours quelque chose. On peut s?acheter une semaine de légumes avec. »

Ce n?est pas tout. Devanand conduit aussi le « contract bus » d?un ami. Il transporte les gens qui travaillent à l?usine. « Mo batte batte la kot ena travail. Ene ti la poudre marse ler la. Mais je ne m?engage pas. Quand je n?ai rien je ne me casse pas la tête », raconte-t-il. L?important à ses yeux est de ne pas « toucher des enveloppes » dans la rue avec les citoyens.

Des gens comme lui, il y en a beaucoup. Ils cumulent deux boulots pour améliorer leurs fins de mois, payer leurs dettes, être plus à l?aise financièrement. Certains le font par obligation, d?autres pour un petit extra comme on le dit dans le jargon des « cumulards ». Ils ont accepté de témoigner. Anonymement. Les patrons acceptent mal que leurs employés jouent sur plusieurs tableaux. Ils craignent que ces derniers fassent leur petit boulot au détriment de leur premier boulot.

Et puis, il y a ce boulet omniprésent : « tension taxe pince nous. » Ils n?ont rien à dire de mal pourtant, ils ne font rien de mal. C?est juste qu?ils sont salariés d?un côté, indépendant de l?autre. Leur choix est souvent provisoire? « en attendant que les choses s?améliorent », disent-ils toujours. Mais avec le niveau de vie, les augmentations, le salaire souvent insatisfaisant, ils sont nombreux à chercher un deuxième job. Comment se dépêtrent-ils alors dans ce rythme dingue ?

Ce n?est pas toujours tout rose. C?est même la jungle au bureau pour Sanjay qui travaille dans un département de marketing. Déjeuner ? Vous n?y pensez pas. Il court de clients en clients et quand il n?est pas scotché au téléphone, il est rivé sur son ordinateur. « Je suis allé voir mon patron pour lui demander une augmentation, mais j?ai réalisé que c?était peine perdue. Je me suis mis à la recherche d?un deuxième boulot. »

Premier réflexe : chercher un p?tit travail à mi-temps où il peut gagner des sous, mais aussi s?épanouir. Il opte pour agent d?assurances. Depuis Sanjay jongle entre son travail de marketing et des horaires pas possibles, et son deuxième boulot.

« C?est infernal. J?ai reçu une formation pour être agent d?assurances, mais je ne donne pas le meilleur de moi. Je n?arrive pas toujours à être disponible pour les clients », regrette-t-il.

Pourtant, en ne se donnant pas à fond, il a réussi à gagner Rs 11 000 en un mois avec ce travail. « Les autres agents reçoivent des billets d?avions, des séjours à l?hôtel et moi je piétine. » Sanjay est en passe de prendre une décision, quitter son premier emploi pour se consacrer à son p?tit boulot. Ce qui était un p?tit à-côté au départ, va finir par prendre le dessus.

« Aussi longtemps que j?ai du courage, je le ferai. Quand on a un problème d?argent, on ne pense pas à la fatigue »

Les femmes ne sont pas en reste. Entre le travail, les corvées ménagères et les enfants certaines trouvent le temps de se connecter sur un deuxième job. Sheila, par exemple, travaille dans une garderie. Comme elle habite non loin d?une salle de réception, elle trouve aussi le temps de s?occuper de la plonge dans cette salle quand il y a des fêtes. « C?est fatiguant de se remettre à travailler après avoir été une journée avec des enfants mais je n?ai pas le choix. Je suis veuve, j?ai des enfants, j?ai des dettes. »

Sheila a par ailleurs trouvé un autre créneau. Elle loue des verres et des nappes, parfois elle fait aussi un peu du service traiteur pour les petites réceptions. Sheila est même disposée à travailler comme garde-malade le soir, tant pis s?il faut dormir dans un sofa, en face du lit d?un malade. « Aussi longtemps que j?ai du courage, je le ferai. Quand on a un problème d?argent, on ne pense pas à la fatigue. »

Au grand dam de Sheila, d?autres choisissent un deuxième métier pour le plaisir et parce qu?ils y trouvent un sentiment d?épanouissement. Jacques, assistant maître d?école, collabore dans un quotidien « C?est pour ma satisfaction personnelle. La passion de l?écriture m?habite depuis toujours. » N?allez pas croire qu?il a du temps à en revendre, c?est surtout que « quand on aime, on trouve le temps ».

Le pactole est-il un facteur motivant ? « Si je faisais ça pour de l?argent, il y a longtemps que j?aurais arrêté. » Shane est vendeur tout au long de la semaine et en fin de semaine, il fait office d?events manager pour une boîte de nuit. « C?est avant tout une passion pour moi. Le monde de la nuit est formidable. Il y a plein de choses à organiser : service au bar, lancement d?invitation, choix de musique? »

Pour ce jeune qui adore le nightlife, ce boulot à part est une occasion de s?amuser et de faire que les autres s?amusent.

On pourrait vous donner d?autres exemples comme ceux-là, de gens qui pratiquent plusieurs boulots. (Et dire qu?il y en a qui n?ont même pas le luxe d?en avoir un). On pourrait vous brosser le portrait du « workaholic », ce genre particulier, ce shooté du boulot. Il aime ça, travailler tout le temps et partout. Mais bon, ce n?est pas tout, on va s?arrêter là? on a du boulot !

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