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L?incroyable série d?agressions sexuelles de Marie-Linley

1 juillet 2006, 20:00

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La police ne sait plus trop quoi penser de l?incroyable agression dont Marie-Linley Savriacooty, 37 ans, dit avoir été victime mardi après-midi. Elle se retrouve dans une posture délicate car, au fur et à mesure que l?enquête progresse, des éléments de plus en plus contradictoires sont mis au jour.

Deux témoins, dont un qui connaît la présumée victime très bien, ont affirmé mercredi l?avoir vue en train de marcher en bordure du champ de cannes de Fuel, à l?heure où elle affirme avoir été abusée par trois agresseurs avant d?être abandonnée nue et inconsciente (voir plus loin).

« Seki mo kapav konfirme, seki li ti pe mars dan kann vers 17 heures et 17 h 30. Mo finn fini dir tou CID », nous révèle Anil Gorreeba, le camionneur de Bel-Air-Rivière-Sèche qui l?a croisée alors qu?il faisait route vers la station-service de Camp-de-Masque.

« Mo bourzoi fine trouv li pe mars marse, linn dire mwa li appel Linley sa madam la. Li konn madam la parski so bann fami ress dans landroi kot li. Madam la, li ti abiye bataz. Li ti ena enn linz kouler bleu ek enn jacket kouler nwar. Après li ti ena so linett, so figir ti paret boude, li paret amerde. Nou finn monte ek kan nou finn redesann la rout la nou finn retrouv li. Pas ti ena oken dimounn autour li, ni dimounn ki ti pe suive li », déclare Kennedy Drapcand, l?enflé d?Anil Gooreeba.

Solange Adélaïde, la mère de Marie-Linley, concède elle-aussi qu?Anil Gorreeba a bel et bien vu sa fille en bonne santé à l?heure dite. La version de ce témoin est prise très au sérieux, d?autant que c?est nul autre que l?avocat de Marie-Linley, Me Jean-Claude Bibi, qui a donné ses coordonnées aux enquêteurs.

La police n?est pas au bout de ses peines. Elle a eu une autre surprise, tôt vendredi après-midi, lorsque les résultats des analyses sanguines de Marie-Linley sont tombés. Négatif, dit le rapport du Forensic Science Laboratory (FSL). Aucune trace de substance chimique n?a en effet été retrouvée dans l?échantillon prélevé sur elle, alors qu?elle soutient avoir été chloroformée et avoir été forcée de boire plus d?une douzaine de pilules qui l?ont plongée dans un « semi-coma ».

Beaucoup de zones d?ombre

Au fur et à mesure que les enquêteurs des CID de Moka, Flacq, Mahébourg et Rose-Belle planchent sur cette affaire, ils se rendent compte que Marie-Linley a déjà rapporté dans le passé une agression qui ressemble étrangement au calvaire qu?elle dit avoir vécu mardi après-midi.

La constitution d?une équipe de limiers chevronnés a été rendue nécessaire pour tirer cette affaire au clair. Alors qu?ils avaient été transférés au retour de l?officier Hurrydeo Raddhoa à la police après les élections de juillet 2005, le surintendant Clifford Parsad, ancien patron de la Major Crimes Investigation Team (MCIT) et son ancien bras droit, l?inspecteur Clency Meeterjoye, sont détachés vendredi de l?Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) et de la Special Supporting Unit (SSU) pour reprendre l?enquête en main.

Des instructions sont données à la police pour qu?elle traite ce dossier avec une attention toute particulière, d?autant qu?il existe beaucoup de zones d?ombre autour de cette agression qui continue de susciter une vive émotion à travers le pays.

À y voir de près, la vie de Marie-Linley ressemble à un polar. Le sort semble en effet s?acharner contre elle. Outre son arrestation pour une affaire de m?urs il y a quelques années, elle a rapporté une série d?agressions sexuelles dont elle affirme avoir été victime.

Le 1er mars 2000, quelques jours après que son troisième époux, Michel Bignoux, a porté plainte contre elle pour coups et blessures, Marie-Linley contre-attaque et l?accuse de l?avoir sodomisée deux jours plus tôt et durant l?année précédente.

Elle allègue, entre autres, qu?il l?a sodomisée en présence d?un couple qu?elle ne connaît pas en décembre 1999, alors qu?il était sous l?influence de l?alcool à leur domicile à Forest-Side. Marie-Linley affirme également qu?à plusieurs reprises, Michel Bignoux aurait abusé d?elle de la même façon et que le 28 février 2000, Michel Bignoux lui aurait conseillé de ne rien dire, sinon elle aurait affaire à son cousin.

Suite à cette déposition, Marie-Linley est examinée par le Dr Abdool Khalick Mohungoo, médecin légiste, qui relève des traces de meurtrissure dans ses parties intimes. Paradoxalement, le laboratoire scientifique ne découvre rien après les analyses d?usage.

Quelques jours après, le 29 mai 2000, Marie-Linley consigne une nouvelle déposition. Cette fois, elle dit avoir été victime de kidnapping et d?agression sexuelle. Habitant cette fois à Rivière-des-Anguilles, elle soutient qu?elle se trouvait à Curepipe vers 19 heures lorsque trois hommes masqués l?ont embarquée à bord d?une voiture et maintenue au plancher pour qu?elle ne voie pas où ils l?emmenaient.

Bâillonnée et les mains liées, elle est abandonnée dans une forêt en pleine nuit après avoir été violée. Même s?ils étaient masqués, confie-t-elle, elle aurait reconnu la voix et la silhouette de son époux, Michel Bignoux et de ses deux cousins, Jean-Mario et Jean-Jacques Rosa.

C?est à peu près ce qu?elle raconte pour son agression de mardi, soutenant avoir entendu un de ses agresseurs dire « Dev » ? Seewoosagar Manna est aussi appelé Dev, d?où son arrestation jeudi ? en s?adressant à un de ses deux complices (voir plus loin).

La police est circonspecte

Pour ce qui est de l?agression d?il y a six ans, elle avait été examinée par le médecin légiste Satish Boolell et ses effets personnels, tels ses sous-vêtements, ont été analysés par le laboratoire scientifique. Mais les résultats n?ont été, encore une fois, d?aucune aide pour l?avancement de l?enquête.

Arrêtés, son ancien mari et les cousins de ce-lui-ci ont nié les faits et fourni un alibi qui a été confirmé par des proches et amis.

Traduits en cour intermédiaire malgré l?absence de preuves, les suspects plaident non coupables et seront libérés car l?affaire est rayée le 16 février de cette année? à la demande de la poursuite publique, car Marie-Linley n?a jamais pu être retracée et ne s?est jamais présentée à la barre des témoins, selon les documents de la cour.

Face à ces détails qui viennent de remonter à la surface, la police prend avec circonspection les faits mis en avant par Marie-Linley, jeudi, sur son lit d?hôpital. D?autant que le jour de son agression, elle devait se rendre à la CID de Rose-Belle où l?attendait son avocat, Me Jean-Claude Bibi, pour répondre d?une possible accusation d?avoir donné des instructions pour saccager la maison des Manna.

En effet, ce jour-là, ses deux fils ? nés de son premier mariage ? avaient été interpellés et ont déclaré que leur mère leur avait demandé de venir avec des amis pour tenir en respect les Manna. Warren, 19 ans, et Mirchia Vallet, 17 ans, ont été entendus et ont expliqué, comme leurs quinze amis, avoir préparé des manches de pioche et des cocktails Molotov pour s?en prendre aux Manna si jamais ces derniers venaient chercher noise à Marie-Linley.

Trois jours avant, les quinze « amis » des Savriacooty ? à savoir Louis-Ronnie Donovan Simonet, Jacques Thierry Wencelas Comolle, James Kevin Bissessur, Jean-Miguel Donovan Pierre, Jean-Romain Ludovic Pierre, Sanil Auckle, Mohamed Firdoss Ruhomatally, Jean-Jacques Kinsley Anna, Shakeel Teeluck, Jean Lionnel Liroy Rajeanne, Vijay Boobwan, Vashish Raye Dassoo, Shyam Seethul et Jacques Nicolas Pascal Brutus ? avaient été arrêtés par la CID de Rose-Belle et tous font presque le même récit que les frères Vallet.

Du côté des Manna, accusés d?avoir participé aux violents incidents de janvier, (voir plus loin) seuls trois hommes ont été identifiés par les Savriacooty comme étant ceux qui avaient agressé Marie-Linley le 29 janvier en lui insérant une torche électrique dans ses parties intimes. Elle était alors enceinte de trois mois. Ils sont Seewoosagar Manna, son beau-frère Kabeeduth Ramlogun, et Sailesh Kumar Kurrevanden.

Du pain sur la planche

Pour ce qui est de l?agression sexuelle de mardi, Seewoosagar Manna nie être impliqué et a fourni un alibi en béton. Des employés de l?usine Tropic Knits où il est employé, ont confirmé l?avoir vu à l?heure où l?agression de Marie Linley aurait été commise. Son avocat, Me Ritesh Sumputh, compte réclamer la libération sous caution de son client demain.

En attendant, la police essaie de retrouver les assaillants que Marie Linley dit avoir reconnus grâce à leur voix et leur apparence physique. Les limiers ont du pain sur la planche, car tout ce que raconte Marie-Linley fait penser à un pattern, confie un enquêteur. Outre la façon dont elle aurait été agressée, la série de blessures qu?elle aurait subie depuis 1999 sont « étonnamment similaires ». Certains enquêteurs se demandent aussi comment elle a pu être enlevée en plein centre de Rose-Hill à une heure de grande affluence, sans que quiconque ne s?en soit aperçu.

De sources proches des Casernes centrales, il nous revient également que les blessures de la victime auraient été jugées comme étant « peu graves » par le chef du service médico-légal de la police, le Dr Satish Boolell, et que la possibilité qu?elle se serait « automutilée » n?est pas à écarter. Surtout que, contrairement à ce qu?elle relate dans sa déposition, ce n?est pas une tige de canne à sucre qui a été insérée dans son vagin, mais plutôt un morceau de « latet canne » qui s?avère être « de brin lapaye »? La police trouve également que son agression de mardi semble être « un mélange » de son kidnapping de 2000 et de l?agression de janvier 2006.

Aux dernières nouvelles, le surintendant Clifford Parsad et l?inspecteur Clency Meeterjoye se sont rendus au chevet de Marie-Linley en compagnie du Dr Satish Boolell, dans la journée d?hier. Le tout en présence de son avocat. Outre le fait d?avoir été examinée de nouveau, les deux enquêteurs lui ont signifié que des « éclaircissements » sont attendus de sa part par rapport aux « zones d?ombre » dans sa déposition.

Le « calvaire » d?une femme

Convalescente, Marie-Linley Savriacooty tente de se remémorer les événements dont elle dit avoir été victime mardi. Les images de ces instants terribles lui viennent par bribes. La policière assise à son chevet, jeudi matin, inscrit consciencieusement ce qu?elle dit, lui laisse le temps de retrouver ses esprits et ne l?interrompt pas.

Le voile qui s?était abattu sur ses souvenirs s?estompe peu à peu et le récit qu?elle délivre est accablant. « To la gueul toi, zordi to pou kone », lui auraient lancé ses agresseurs cagoulés dans le champ de cannes dans lequel ils l?ont traînée de force. L?un d?eux, muni d?un couteau, lui aurait tailladé la poitrine avant de lui arracher ses vêtements. Et les coups et les jurons pleuvent avant que l?on ne lui insère un morceau de canne dans le vagin, raconte-t-elle.

Toujours selon sa version des faits, ses agresseurs lui mettent un couteau sous la gorge et lui demandent de choisir la façon dont elle veut mourir. Deux choix s?offriraient à elle : soit elle accepte de se « suicider » en avalant des comprimés ou ils l?égorgent. Marie-Linley se résout, sous la menace de l?arme tranchante, à ingurgiter les pilules que lui tendent ses tortionnaires.

Dans un état second, dit-elle, elle a pu avoir la force nécessaire de se traîner jusqu?au bord de la route. C?est une patrouille de l?Adsu de Flacq qui la découvre vers 18 heures, presque agonisante. Croyant avoir affaire à une touriste, les policiers la transportent à l?hôpital de Flacq. C?est par la suite qu?elle réussit à marmonner son nom. Elle sera examinée par le chef du service médico-légal de la police, le docteur Satish Boolell qui découvre qu?un objet étranger a été inséré dans ses parties intimes. Il ordonnera qu?un gynécologue soit mandé pour une intervention chirurgicale.

Comment s?est-elle retrouvée dans le champ de cannes ? Vers 16 heures, dit-elle, elle a été kidnappée en plein centre de Rose-Hill alors qu?elle se rendait à une tabagie pour acheter une carte prépayée pour son téléphone portable. Un individu, qu?elle dit ne pas pouvoir identifier, l?aurait agrippée par-derrière, aurait placé un mouchoir imbibé de chloroforme sur son visage avant de l?obliger à prendre place dans un véhicule. La suite, elle l?aurait vécue en se retrouvant nue face à trois hommes masqués.

Récit d?une escalade

La « guerre » entre les Manna et les Savriacooty a débuté le 29 janvier 2006 par une dispute de voisinage. Et dire qu?ils habitent à plus de 500 mètres de distance. Tout commence par une altercation entre Stéphano Savriacooty, l?époux de Marie-Linley, et Seewoosagar Manna. Stéphano Savriacooty faisait un footing avec sa femme lorsque Seewoosagar Manna, qui donnait des leçons de conduite à son épouse dans le morcellement Mauripark, à New-Grove, a failli les renverser.

La prise de bec aurait basculé quand les membres de la famille Manna ont tenté de les agresser et ont lancé des pierres contre leur domicile. Depuis, ça a été l?escalade. Chacun a accusé l?autre d?avoir endommagé sa maison et le 31 janvier, Marie-Linley affirme avoir été agressée sexuellement en plein centre de Rose-Belle par des proches des Manna, et a déclaré qu?on lui a introduit une torche électrique dans ses parties génitales. Seewoosagar Manna sera alors interpellé pour attentat à la pudeur.

Le 15 mars, c?est au tour du couple Savriacooty d?être interpellé. La police de Rose-Belle découvre un cocktail Molotov à leur domicile « C?est clair qu?ils l?ont placé là avant », soutient Stéphano, car il explique qu?il avait abandonné sa maison depuis les incidents du 31 janvier. Sa maison, dit-il, a été mise à sac et ses meubles volés. Ayant été interpellé pour possession de cocktail Molotov, il est alors suspendu par son employeur, Air Mauritius, où il est steward.

Marie-Linley fera alors une fausse couche et perd le bébé qu?elle portait depuis trois mois. Par la suite, le DPP raye cette charge contre Stéphano Savriacooty et sa femme. Puis, c?est de nouveau l?enfer samedi dernier lorsque la police de Rose-Belle commence à arrêter des proches de la famille Savriacooty. Ses deux fils l?ayant citée dans leurs dépositions mardi, Marie-Linley devait se rendre à Rose-Belle pour donner sa version des faits. Mais elle se rend à Rose-Hill avec son époux et tandis qu?il fait le tour du quartier, il perd sa trace.

Réactions

Me Jean-Claude Bibi, l?avocat de la victime

« La police est en présence de témoignages qui ne cadrent pas avec la version de ma cliente. Elle avait aussi dit qu?elle ne pouvait pas reconnaître ses agresseurs présumés, j?ai donc été surpris par la rapide arrestation de Seewoosagar Manna. Il me semble que celle-ci est prématurée car il y a encore des zones d?ombres à éclaircir. Étant donné que je suis attaché à la liberté de l?individu, son arrestation doit être basée sur des raisons fondées. La police devrait reconsidérer sa décision sur cette garde à vue. Il importe que les droits de tous soient respectés. »

Stéphano, l?époux de Marie-Linley

« Marie-Linley est choquée par tout ce qui se dit. On est en train de déterrer de vieilles affaires qu?elle pensait oubliées. Il y a des gens qui sont très méchants. Ce n?est pas normal. Finalement, elle est doublement victime? même des médias », nous a confié Stéphano Savriacooty hier après-midi.

Les ONG

Émus par cette agression sexuelle, des membres du public ont mis en place un collectif masculin afin d?apporter son soutien à la victime. Le collectif a fait parvenir une lettre au Premier ministre, réclamant l?institution d?une enquête « efficace » sur cette affaire. Plusieurs autres ONG, engagées dans la lutte contre le sida et la toxicomanie, ont lancé un appel au public pour que des drapeaux blancs soient accrochés aux fenêtres des maisons en signe de solidarité.

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