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SSR : Nous devons produire 900 000 tonnes de sucre

30 juin 2006, 00:00

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Il n?y a pas comme les réminiscences pour rire un bon coup, en se remémorant de pieuses intentions d?alors, affectant depuis l?atmosphère paradisiaque de notre île Maurice, justement parce qu?elles sont demeurées de pieuses intentions pendant le quart de siècle écoulé. Elles ne pavent certes pas une île Maurice devenue infernale. Disons que nous la souhaiterions davantage paradisiaque.

Fin juin 1981, Sir Seewoosagur Ramgoolam s?en va, fidèle à une tradition créée, entre autres par cet expert en communications et en relations publiques qu?est alors Freddy Appasamy, présider la fête de la Moisson, qu?accueille alors l?établissement sucrier de Riche en Eau. Sir Harold Walter, notre inoubliable ministre des Affaires étrangères, disait à qui voulait l?entendre, lors de l?hiver 1982, que le nouveau gouvernement MMM-MSM n?irait pas loin. A ceux qui voulaient connaître la raison de cette sombre prédiction, il expliquait : ?Comment voulez-vous que ce gouvernement dure bien longtemps, il n?y a même pas un chasseur au sein du nouveau conseil des ministres.? Opinion partagée, bien sûr, par Raymond Rault, Michael Leal et autres Nemrod. Plagions Walter et demandons-nous combien de temps durera encore cette industrie sucrière, la nôtre, ne possédant plus ni Freddy Appasamy ni Prosi et ne respectant plus la tradition annuelle de la fête de la Moisson, célébration collective pourtant tant attendue par les employés de l?industrie sucrière et plus particulièrement par ceux de la sucrerie choisie, car source pour eux de tant de fierté et de tant de reconnaissance nationale. Que vaut une vache à lait qui n?est plus fière de ses pis ? Elle ne peut aller que de mal en pis. Mais laissons plutôt jacasser les pies et revenons à la volonté ramgoolamienne, exprimée en cette fête de la Moisson, de juin 1981, riche en? propos bienveillants mais machiavéliquement démentis par les faits. Et ce n?est pas l?absence chronique de Ringadoo aux fêtes de la Moisson qui nous persuadera du contraire.

Elle dit bien le manque d?ambition de notre industrie sucrière, s?accommodant si aisément d?une production record de 718 464 tonnes, datant de 1973, et qui ne sera menacée qu?en 1986 avec 706 839 tonnes. Nous nous contentons depuis d?une production sucrière tournant autour de 650 000 tonnes. Nous nous satisfaisons ensuite de franchir le cap des 600 000 tonnes. Nous nous accommodons à présent d?un sucre importé alors que nous vivons au milieu d?un océan de cannes. Demeure notre fierté de pouvoir honorer notre quota d?un demi-million de tonnes auprès d?une CEE, devenue Union européenne pour mieux piétiner un Protocole sucre censé être indestructible, sinon perpétuel. Plus question par conséquent d?ambitionner le record sucrier des 718 464 tonnes de sucre en 1973, ni encore moins de produire les 900 000 tonnes sucrées réclamées cyniquement par SSR en 1981.

Ne comparons pas l?incomparable, diront nos barons sucriers de 2006. Faut tenir compte de la superficie plantée en cannes en 1973. Celle de 2006 est moindre. Certes, mais à qui la faute, sinon aux responsables des secteurs, tant public que privé de vision et de saine planification, qui permettent si allègrement que nos champs de canne se transforment en peau de chagrin. Il suffit de se rendre à Ebène pour s?apercevoir que pour la construction de deux cybertours et de quelques villas résidentielles, dont personne n?en veut ou presque, on a, le plus stupidement possible, sacrifié les centaines d?arpents d?une annexe d?Highlands, connue pour posséder les meilleures terres agricoles de Maurice. Et ça se dit cyber-intelligent ! Et ça se vante d?un mari deal ! Odile que de crimes ne commet-on pas en ton nom ? Nous sommes tous collectivement coupables d?avoir, lustre après lustre, envoyé, à l?Hôtel du gouvernement, des politiciens, les uns plus incapables que les autres d?une saine planification, pouvant en tout cas mieux résister à l?invasion chronique du béton et du bitume et mieux sauvegarder nos meilleures terres agricoles quand il ne s?agit pas de réserves naturelles. Mais que faire quand la volonté politique vient à manquer ? Nos barons sucriers deviennent des barons fonciers. Nos meilleurs planteurs de cannes se plantent et se transforment en tristes lotisseurs, acceptant sans scrupule de démembrer des terres ancestrales, achetées toise par toise, roupie par roupie, chacune valant son pesant de larmes, de sueur, de sang, de souffrance, de rêve. Mais qui s?en soucie ?

Nous tendons volontiers un doigt terriblement accusateur en direction de Bruxelles, pour lui signifier notre colère ( ?) face à la réduction de 36% des prix préférentiels, garantis ( ?), de longue date, à nos sucres exportés vers l?Europe. Nous avons seulement la chance que cette Europe, que nous accusons si facilement d?ingratitude, soit surtout amnésique à moins que, comme tant d?entre nous, elle ne soit pas assez intelligente pour savoir faire appel aux leçons du passé et de l?histoire. Il est, en effet, tellement facile pour ceux, que nous accusons de nous priver de 36% du prix préférentiel du Protocole sucre, de nous rappeler que cette même industrie sucrière, qu?angoissent ces 36% de devises étrangères en moins, a longtemps pâti d?une taxe de sortie, alourdie de multiples surcharges, imposée de la façon la plus ironique qui soit car en furent exemptés, pendant des décennies, ceux pour qui justement elle avait été créée sous prétexte qu?ils ne s?acquittaient d?aucun impôt sur les revenus. Dans ces plus lourdes années, cette taxe de sortie, surchargée d?année en année, a siphonné jusqu?à 25% des revenus bruts de l?industrie sucrière. La ponction d?une roupie sur quatre est certes préférable à une d?une roupie sur trois. L?Europe aurait-elle appris de la taxe de sortie cum surcharge, longtemps imposée à notre sucre par le tandem Ramgoolam-Ringadoo ? Il avait quand même du culot ce Seewoosagur Ramgoolam d?oser, après avoir trait de nouveau la vache laitière et de lui imposer une compensation électoraliste préférentielle, lui ordonner de produire bon an, mal an, 900 000 tonnes de sucre. Faisons lui une fleur. Disons qu?au moins lui voulait encore améliorer la production record de 718 464 tonnes de 1973. D?au moins cela, sachons lui gré.

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