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Shanghai, la solitude des hémophiles séropositifs, privés de recours
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Shanghai, la solitude des hémophiles séropositifs, privés de recours
Ils sont trente-huit à avoir fait le voyage, venus de treize provinces chinoises. Il y a les victimes, des hémophiles contaminés par le virus de l?immunodéficience humaine (VIH), et leurs proches. Tous ont découvert en 2003 qu?ils étaient contaminés par le virus : ?On a vu sur Internet que 57 hémophiles à Shanghai étaient séropositifs. Alors on a fait le test?, dit un homme. Bien que patients depuis des années du Shanghai Institute of Biological Products (SIBP) qui les approvisionne en produits sanguins, ils n?ont jamais été informés de la nécessité des dépistages.
La contamination remonterait à avant 1995, date à laquelle, en Chine, les produits sanguins ont eu l?obligation d?être chauffés. Dans au moins un cas, l?épouse d?un hémophile a été contaminée par son mari, qui ne se savait pas atteint. Depuis 2003, ils ont mené trois actions en justice à Shanghai. Ils ont été déboutés : ?On nous dit de nous adresser à l?administration de notre province d?origine, qui, elle, nous dit d?attaquer la société?, explique une femme du Heilong-jiang (Nord-Est). Ils reçoivent pour le VIH un traitement gratuit. Mais aucune aide pour l?hémophilie ni les complications dues à l?infection par le VIH, ni pour le coût des examens.
Surveillance policière
Deux des hémophiles contaminés ne peuvent plus prendre d?antirétroviraux, à cause de saignements accrus, mais sont démunis. Selon les plaignants, les dépenses de santé des malades s?élèvent de 300 à 500 euros par mois, un très lourd fardeau pour ces petites gens. Mais dans un scandale du sang contaminé à la chinoise, il n?y a pas de couverture médiatique, et la police est là, menaçante : un vendredi après-midi, les agents de la Sécurité d?Etat ont débarqué dans la chambre d?hôtel où le groupe avait rassemblé quelques journalistes.
Certains seront détenus quelques heures. Le soir, le groupe se retrouve discrètement dans un petit hôtel voisin. Ils ont des piles de documents qui prouvent les envois de sang, les directives non appliquées, les manquements : les stocks non chauffés ont été écoulés jusqu?en 1996. Des tests auraient dû être faits dès 1987 sur les lots de sang (en France, l?affaire du sang contaminé a éclaté en 1991 pour des faits datant de... 1985). Ce qu?ils revendiquent : un soutien à vie pour les malades et l?accès gratuit à des soins appropriés.
Les hémophiles de Shanghai transfusés par les mêmes produits contaminés sont, eux, aidés par un fonds spécial. Mais la société SIBP ne reconnaît aucune responsabilité pour les patients extérieurs à Shanghai. Quand il rend visite à l?établissement, le groupe est reçu par une équipe de médiation, qui temporise. Il ne rencontre jamais aucun responsable. Tout se fait en présence de la police, dont des membres en civil brutalisent quiconque s?approche trop près.
Récemment, dans l?enceinte du SIBP, les parias avaient organisé un sit-in, conscients que la moindre incartade se retournera contre eux (en 2005, ils avaient écrit des banderoles et un malade a été placé en détention dix jours). Interrogé au téléphone, le représentant de l?équipe de médiation répond sèchement que ?notre principe est de ne pas parler à la presse?. Le SIBP appartient à China National Biotec Corporation, géant public des biotechnologies. Son site Internet, en anglais, vante sa coopération élargie avec l?étranger. On y lit : ?SIBP sera éternellement sincère et apportera santé et soin à tous les êtres humains.?
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