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Témoignages

29 juin 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Teeranlall Ramgopal : ?Tout n?est pas qu?une question d?argent?

Le Dr Teeranlall Ramgopal est l?un de ces Mauriciens qui vivent et travaillent à l?étranger. Pro-vice-chancellier à Staffordshire University, Stafford, Grande-Bretagne, notre interlocuteur aussi connu comme Ram, n?écarte pas la possibilité d?un retour au pays. Mais, évidemment, des conditions objectives sont rattachées à cette éventualité. D?abord, une position qui présente un challenge comparable à celle qu?il occupe déjà. Le bien-être personnel et celui de sa famille sont l?autre condition fondamentale. ?En tant qu?individu, je voudrais contribuer à mon pays d?origine. Mais en fin de compte, toute initiative dépendra des besoins et attentes des gens?, explique Teeranlall Ramgopal.

Un retour à Maurice implique pour lui un engagement professionnel où il serait capable d?influer sur les politiques stratégiques pouvant amener plus de justice sociale. ?Il s?agit d?équilibrer la justice sociale avec la création de richesses et cela ne peut se faire qu?à travers la créativité et l?innovation?, prévient-il. S?il y a des éléments qui le retiendrait de rentrer pays, c?est le népotisme et la corruption.

Teeranlall Ramgopal appréhende également la chasse aux sorcières qui suit chaque élection générale. Autres soucis : la lenteur bureaucratique et une certaine perception que le bonne gouvernance n?occupe pas les priorités. ?Le défi de l?Etat est de savoir comment il procède pour exploiter les compétences et aussi comment il préserve l?enthousiasme et l?énergie de ceux qui ont réussi. Ce n?est pas qu?une question financière. Clarté, conviction, vision et valeurs peuvent être d?une grande importance?.

Bheemdev Meetarbhan : ?Prendre le passeport canadien?

Parti faire des études à ses propres frais en Angleterre en 1978, le Dr Bheemdev Meetarbhan s?est finalement retrouvé au Canada depuis 22 ans. Professionnel confirmé dans son pays d?adoption, il ne voit désormais plus aucune raison de rentrer au pays sauf ?si l?on veut que ses enfants vivent les mêmes expériences d?enfant que les siens. Des expériences qui les amènent à préserver les mêmes valeurs culturelles, sociales et ancestrales qu?on a connues et qui sont si souvent prises à la légère?.

?Je me sens toujours Mauricien dans mon c?ur. A ce jour, je n?ai pas de passeport étranger même si je suis éligible à un passeport canadien ou anglais?, enchaîne notre interlocuteur. Bheemdev Meetarbhan prévoyait pourtant de rentrer à Maurice jusqu?à ce qu?il prenne connaissance du budget 2006-2007. Tout a changé à partir de nouveaux règlements sur les droits de propriété. ?Lorsque vous ne pouvez pas faire confiance à votre gouvernement, vous n?avez pas d?autre choix que de demeurer à l?étranger?, confie-t-il.

Son sentiment de méfiance est conforté par la décision de l?un de ses oncles qui vit en Angleterre et qui, après avoir transférer plus de Rs 300 millions à Maurice ces dix dernières années, a décidé de cesser d?investir dans l?île. Il cite l?exemple d?autres parents qui ont pris la même décision après lecture du discours du budget 2006-2007. Bheemdev Meetarbhan peut comprendre qu?une majorité de Mauriciens trouve que c?est un bon budget puisque c?est un budget contraignant tel que le commandent ces temps durs. Toutefois, il se dit sceptique car le gouvernement ne prend pas en compte la fuite des capitaux.

?Je suis déçu d?entendre Navin Ramgoolam dire des mensonges à ses concitoyens relatifs à son chemin de croix en Angleterre et ses aventures de plongeur?! Quelque chose ne tourne pas rond et je dois me faire à l?idée qu?il y a des pratiques qui ne changeront jamais. Peut-être je devrais me trouver une terre d?asile et prendre le passeport canadien?, conclut-il.

Frank Adriaans : ?C?est l?Etat qui doit être le partenaire des investisseurs étrangers?

Il aimait Maurice, cet Hollandais. Au début, voici un peu plus d?une dizaine d?années, Frank Adriaans y venait pour faire du tourisme et aussi pour quelques affaires dans le secteur textile-habillement. Jusqu?à ce qu?on lui propose un poste dans ce secteur.

Après quelque temps, il se rend compte que l?idéal serait de mettre en place sa propre affaire. Son idée est simple : puisqu?il y a un marché de touristes, il se décide à investir dans l?achat d?un catamaran et d?autres bateaux. Dès lors, Frank Adriaans entre de plain-pied dans la tourmente de l?administration mauricienne.

?Vous vous rendez à un bureau, on vous demande d?aller voir quelqu?un d?autre dans un autre bureau et cela ne finit jamais?, confie-t-il. Rapidement, il réalise que les intentions d?encourager les investisseurs étrangers ne sont que des v?ux pieux.

Si ce n?est la rencontre avec celle qui allait devenir sa femme, il aurait définitivement renoncé à Maurice. ?La réalité est que vous devez vous adapter à l?administration locale et non inversement. Il faut aussi savoir qu?à chaque changement de gouvernement, les règles changent et que les décisions ne sont pas prises pendant une longue période. Aujourd?hui, je me demande aussi s?il faut systématiquement avoir un partenaire local pour démarrer une affaire. Le nombre élevé d?étrangers qui ont été floués plaident pour le contraire. A la limite, c?est l?Etat qui devrait être le partenaire des investisseurs étrangers.?

Maintenant qu?il est féru de la méthode mauricienne de faire des affaires, Frank Adriaans compte développer ses deux compagnies. Nautix commercialise les services d?un catamaran et Top Shot est engagée dans des activités de pêche. ?Je suis heureux d?être à Maurice. Mais si les services destinés aux étrangers ne sont pas centralisés, les choses risquent de prendre plus de temps avant d?avancer dans le bon sens.?

Samy : ?Une mentalité d?amateurisme et d?approximation?

Alors qu?il y a un appel pour un retour des expatriés au pays, d?autres font le choix de quitter l?île. C?est le cas de Samy. Notre interlocuteur, qui tient à garder l?anonymat est âgé de 31 ans. Il a décidé, à la fin de l?année dernière, de traverser les côtes mauriciennes. Une décision difficile à prendre puisqu?il a femme et enfant. Pourtant?

?J?ai tout tenté à Maurice. J?ai été employé dans différentes entreprises. J?ai lancé ma propre affaire et j?ai été directeur de quatre compagnies. Rien n?y a fait. Une certaine mentalité d?amateurisme et d?approximation vous rattrapent toujours?, affirme avec une certaine amertume Samy. Il est en fait de ceux qui, depuis quelque temps, ne voient plus de perspectives nouvelles.

?Il n?y a rien qui est fait en termes de formation ou de recyclage pour les professionnels. Les salaires, en outre, stagnent. Enfin, il ne manque jamais d?esprits tordus pour vous mettre les bâtons dans les roues.? Les choses s?annoncent-elles si sombres ? Samy répond avec force qu?il ne voit pas Maurice comme un pays permettant à ses concitoyens de se réinventer. ?C?est le règne du statu quo. Quoi qu?on en dise, je ne veux pas que mon enfant grandisse dans les mêmes conditions que j?ai connues. J?ai décidé de partir parce qu?ici pour avoir une voiture, il faut se sacrifier pendant plus de dix ans. Pour avoir une maison, il faut plus de vingt ans d?endettement. Pour l?éducation de ses enfants, il faut sacrifier ses loisirs voire sa vie??

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