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Marie-Linley Savriacooty devait choisir entre se tuer ou se faire tuer
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Marie-Linley Savriacooty devait choisir entre se tuer ou se faire tuer
?Soizir, to boir sa bann konprime la ou nou koup to likou.? Face aux trois hommes encagoulés qui la menacent avec des couteaux et des cutters dans un champ de cannes à Médine-Camp-de-Masque, Marie-Linley Savriacooty ne peut que s?exécuter. Malgré les tortures qu?ils lui infligent, mardi, elle s?accroche à la vie.
Après une intervention chirurgicale et un court séjour à l?hôpital, la victime regagne son domicile, hier, sous forte escorte policière. Malgré son épuisement, elle trouve toutefois la force de raconter dans les moindres détails aux enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) de Flacq, le supplice qu?elle a enduré entre les mains de ses trois ravisseurs. Un exercice qui a duré environ quatre heures.
La police, elle, s?active depuis hier matin. Les hommes du surintendant de police Anand Ramchandar de la CID de Moka- Flacq et ceux de Grand-Port-Savanne, menés par l?ASP Jean-Claude Gunga, collaborent pour résoudre cette affaire. La CID était dans différentes régions de l?île pour vérifier des informations. Et dans la soirée d?hier, une opération a été montée dans un village du Sud.
Un suspect a été arrêté par la CID de Rose-Belle, de Moka-Flacq et la MCIT. Le suspect : un habitant de la localité âgé de 27 ans. Il serait aussi impliqué dans la première agression sexuelle dont a été victime Marie-Linley Savriacooty, à New-Grove le 29 janvier dernier. Le suspect nie cependant toute implication dans cette histoire.
Hier, la victime est revenue sur son kidnapping mardi aux arcades Sunnassee, à Rose-Hill. En présence de Me Jean-Claude Bibi, elle explique qu?elle avait été droguée avant d?être enlevée. ?Mo finn nek santi enn lamin lor mo labous avek enn sifon ek mo nene finn brulé.?
Lorsqu?elle reprend connaissance, elle se retrouve face à trois hommes qui ont des bas de laine noirs sur la tête. Elle se trouve dans un champ de cannes, mais elle ne sait pas où. Ses ravisseurs la traitent de tous les noms. Elle tente de lutter. Ses vêtements sont arrachés. On lui inflige des coups de cutter sur le corps avant de lui enfoncer un morceau de canne à sucre dans le vagin.
Même si Marie-Linley Savriacooty se tord de douleur, ses agresseurs ne s?arrêtent pas. Ils s?acharnent et la mettent face à un choix terrible : qu?elle avale une trentaine de comprimés ou alors ils l?égorgent. Souffrant atrocement, elle opte pour les comprimés et sombre dans une sorte de somnolence.
Lorsqu?elle revient à elle, Marie-Linley Savriacooty est toute seule dans le champ de cannes. Nue et complètement affaiblie, elle rampe jusqu?en bordure de la route Royale. Elle doit son salut aux hommes du chef inspecteur de police Doorgeshwar Ramgoolam, responsable de l?Anti-Drug & Smuggling Unit de Moka-Flacq, qui la découvrent sur la route et la conduisent d?urgence à l?hôpital de Flacq.
Elle y subit une intervention chirurgicale dans la soirée et c?est sous anesthésie générale qu?un corps étranger a été enlevé de son vagin par le Dr Satish Boolell, Chief Police Medical Officer, en présence du Dr Deolall Mogun, gynécologue. Traumatisée, elle n?a pu consigner de déposition le même jour.
Les traits tirés, Marie-Linley Savriacooty quitte sa chambre d?isolement de la salle 2.2 peu avant 16 heures. Elle arrive difficilement à marcher et c?est son époux, Stéphano, qui la soutient. C?est sous forte escorte de la Divisional Support Unit et de l?Emergency Response Service que la voiture conduite par Stéphano Savriacooty avec à son bord son épouse a quitté l?enceinte de l?hôpital hier. Peu avant, le couple a déclaré à l?express: ?Nous vivons un vrai calvaire. Maurice est censée être un pays de droit, mais l?on s?interroge car nos droits ne sont plus respectés. On est traqué où on va.?
En janvier, la maison des Savriacooty avait été saccagée à New-Grove. La victime était alors enceinte de quatre mois et a perdu son enfant après son agression.
Dans le cadre de cette affaire d?agression sexuelle, Dev Manna, un analyste de 27 ans, avait été arrêté le 7 février. Son beau-frère, Kabeeduth Ramlogun, alias Sudesh, un chauffeur de 42 ans, avait, lui, été appréhendé le dimanche 28 mai pour le même délit. Les deux hommes, qui ont été libérés sous caution, nient les faits. Dev Manna avait accusé les Savriacooty d?avoir fait venir des gens de Mahébourg pour saccager sa maison.
ECLAIRCISSEMENTS
Viol, ce qu?il faut savoir
■ Quelle est la définition du viol?
Il y a délit de viol dans le sens général du terme quand une personne a des relations sexuelles (quand il y a pénétration) avec une autre, sans son consentement. Un attouchement sexuel connu comme un attentat à la pudeur ne constitue pas un viol.
■ Donc Marie-Linley Savriacooty n?a techniquement pas été violée?
Non, puisqu?il n?y a pas eu pénétration du sexe de ses agresseurs. L?insertion d?un objet dans le vagin n?est pas prise en considération dans nos lois et tombe dans la catégorie d?acte indécent ou d?attentat à la pudeur comme défini par le Code pénal, avec bien sûr une pénalité moins grave pour l?auteur du délit. Les choses vont cependant changer avec la nouvelle législation. (Voir texte principal.)
■ Les violeurs sont-ils suffisamment punis par la loi?
Pas assez selon beaucoup de personnes. Nous l?avons vu dans l?affaire Sandra O?reilly qui était un cas de viol collectif. Les violeurs avaient écopé de peines relativement légères ? huit ans pour viol et cinq pour sodomie ? des peines purgées de façon concurrente, ce qui fait qu?avec la rémission, ces personnes passeront six ans en prison ? autre changement qu?apportera la nouvelle législation. Mais à l?heure qu?il est, la peine maximale pour le viol est de 20 ans. Elle est bien moins sévère pour les ?attentats à la pudeur.?
■ Les sentences ne devraient-elles pas être les mêmes puisque l?effet est le même sur la victime ?
L?un est considéré plus grave que l?autre et donc les sentences suivent la même logique. Mais les attentats à la pudeur sont pris plus au sérieux maintenant. Dans les cas où un objet est inséré dans la sexe de la victime, cela constituera une ?circonstance aggravante?, ce qui augmentera la gravité du délit et donc de la sentence.
■ La loi reconnaît-elle un viol commis par un homme sur son épouse?
Oui, si la femme ne donne pas son consentement. Aucune personne ne peut forcer une autre à avoir des relations sexuelles ou à faire des attouchements sur une autre personne sans son consentement. Pendant longtemps cependant la loi n?a pas reconnu le viol dans le mariage. Les choses ont heureusement changé.
■ La sodomie est-elle aussi un délit?
Oui, même si les deux parties sont consentantes, ce qui arrive de plus en plus souvent de nos jours. La proposition de légaliser la sodomie est mal accueillie par le public malgré le fait que beaucoup de gens la pratiquent dans l?intimité de leur maison. Légalement, on ne peut consentir à être sodomisé même si cette loi ne peut pas être appliquée si les gens ne rapportent pas l?acte à la police. Les cas rapportés sont nornalement des actes forcés de sodomie. La délit est passible d?une peine d?emprisonnement de cinq ans.
AMENDEMENTS AU CODE PÉNAL
Pas d?excuses pour les agresseurs sexuels
■ Chose promise, chose due. Les peines pour le délit de viol vont prochainement être durcies et le cadre légal pour les délits sexuels sera élargi. Les amendements au Code pénal sont fin prêts et seront selon toute probabilité présentés au Conseil des ministres aujourd?hui pour l?approbation des membres avant d?etre présentés à l?Assemblée nationale.
L?amendement au Code pénal vise, entre autres, à se montrer plus sévère envers les violeurs et à élargir le cadre des actes illégaux de nature sexuelle. Selon nos informations, la sentence maximale que peut imposer une cour intermédiaire pour le délit de viol pourrait passer de 20 à 30 ans, voire plus. En effet, la sentence maximale pour le viol reste de vingt ans mais si la poursuite peut prouver qu?il y a eu des circonstances aggravantes, la peine maximale passe à 30 ans.
Ces circonstances aggravantes sont définies comme un viol résultant en une mutilation du corps de la victime ou un handicap. Il en va de même si la victime a moins de 16 ans, si elle a un lien de parenté quelconque avec le violeur (une personne entre dans cette catégorie si elle est l?enfant du conjoint, si elle n?a pas atteint la majorité et se trouve sous la tutelle de l?auteur du délit ou elle a moins de 18 ans et habite sous le même toit que le violeur). L?on parle aussi de circonstances aggravantes s?il y a eu un complice, s?il y a eu usage d?une arme, si le violeur a fait un abus de son autorité, si l?acte a résulté en la mort de la victime, s?il y a eu torture ou autre forme de souffrance, si la victime était enceinte (mais l?auteur doit le savoir) ou était vulnérable (la vieillesse, par exemple, est une forme de vulnérabilité).
Dans le même souffle, le délit d??attentat à la pudeur? sera rayé de notre législation et remplacé par le terme d??agression sexuelle?. L?objectif de ces amendements semble être de ne laisser aucune chance aux coupables de s?en sortir en raison de lacunes dans les lois. Ainsi toute personne qui commet un délit sexuel (pas de pénétration, donc pas de viol) en utilisant la violence, des menaces ou la surprise sera trouvée coupable d?agression sexuelle est sera passible d?une sentence maximale de 10 ans. Mais si ce crime a résulté en une blessure à la victime, si celle-ci est âgée de moins de 16 ans, si la victime est apparentée à l?auteur du délit et si ce dernier a fait preuve d?abus d?autorité en passant à l?acte, entre autres, alors l?auteur du délit sera passible d?une peine d?emprisonnement maximale de 15 ans.
Avoir des relations sexuelles avec un enfant de moins de 16 ans, avec un ?handicapé mental? et avec un parent est strictement interdit par la nouvelle loi. Le terme handicapé mental n?étant pas défini dans cette loi, ce que l?on peut déduire de cette clause est qu?un handicapé mental ne peut légalement avoir des relations sexuelles. Car des relations avec ces trois catégories de personnes sont illégales même avec le consentement de ces personnes. La peine maximale pour ce délit est de 20 ans. Quand il n?y a pas eu de pénétration dans ces cas là, la peine est réduite à 10 ans.
La cour intermédiaire qui est jusqu?ici limitée dans son pouvoir de sentence ? sauf pour les délits de drogue ? aura dorénavant le pouvoir d?imposer des peines consécutives (plusieurs charges à être purgées consécutivement au lieu de concurremment) allant jusqu?à un maximum de 30 ans. Le DPP qui a la discrétion de référer les cas de viols collectifs (plus d?une personne) à un juge peut dorénavant le faire même quand il y a un seul violeur quand il y a des circonstances aggravantes. Le résultat sera une peine plus grave puisqu?un juge n?a pas les mêmes limitations en termes de sentence qu?un magistrat de la cour intermédiaire.
Enfin le service communautaire ne sera plus une option pour ceux trouvés coupables de délits sexuels. Ces amendements proposés démontrent la volonté du gouvernement d?être plus sévère envers les violeurs et les agresseurs sexuels. Mais l?ébauche du projet de loi prend aussi en considération l?esprit de réhabilitation et démontre que le gouvernement n?a pas cédé à la pression d?être populiste. Les peines que nous évoquons sont dures et prohibitives mais sans être exagérées. La menace de ne plus accorder de rémission aux violeurs et aux aggresseurs sexuels n?a? heureusement? pas été mise à exécution, laissant une petite fenêtre ouverte à ceux qui veulent se réformer. Une législation qui vient à point nommé?
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