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Débat constructif

26 juin 2006, 00:00

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Le débat politique en direct est réhabilité. Au fil des ans, il avait disparu du service public audiovisuel. Quant aux radios libres, elles ont essayé en quelques occasions d’inviter des politiciens à croiser le fer sur les ondes mais cela avait tourné en foire d’empoigne. Samedi dernier, Paul Bérenger et Rama Sithanen ont démontré que des adversaires politiques peuvent participer ensemble à une émission de radio sans que le plateau ne se transforme en arène.

L’initiative du débat les opposant revient à une station privée, Radio Plus. Certes, la politique est très présente à la MBC également, mais elle s’y déploie autrement : ses bulletins d’information contiennent une overdose de ministres et quand il s’agit de réaliser une émission politique, la télévision d’Etat ne relaie que la pensée dominante.

L’émission de samedi n’était ni polémique, ni consensuelle. Le ton des deux intervenants était incisif mais aucun des deux n’a considéré l’autre comme un punching-ball. Rama Sithanen avait un handicap parce qu’il avait à défendre des réformes fondées sur un raisonnement d’économiste et pas forcément populaires. Il l’a surmonté en affichant une grande sincérité et à travers un discours cohérent. Paul Bérenger aurait pu profiter de son habileté oratoire ou recourir à la démagogie pour marquer des points faciles. Il ne l’a pas fait. Ses propos ont surtout éclairé les auditeurs sur les différences de priorités entre lui et le ministre des Finances.

Le débat audiovisuel constitue la pierre angulaire de la démocratie moderne puisque la télévision et la radio sont des médias puissants. L’impact est direct et immense. Ces médias ont une diffusion que la presse écrite ne peut égaler même si celle-ci dispose d’une grande influence sur l’opinion. Dans beaucoup de foyers, la télévision et la radio sont le seul contact avec le monde politique. Or, quand la MBC met en scène ses débats à sens unique ou sert la communication politicienne, cela n’aide pas le citoyen à faire un choix politique dûment informé. L’attitude des dirigeants actuels de la MBC n’augure rien de bon, non plus, pour l’avenir. Son président, Fareed Jangeerkhan, a été pris en photo récemment escaladant un mirador pour donner des instructions à des cameramen qui filmaient un meeting du PTr. En guise de réponse à une question sur les critiques contre la diffusion simultanée sur les trois chaînes télé d’une conférence de presse du Premier ministre, le directeur général de la corporation, Bijaye Madhou, déclare, samedi dernier, dans une interview à “l’express” : “S’ils ne sont pas contents, ils peuvent éteindre la télévision.” La responsabilité d’organiser des débats libres incombe, plus que jamais, aux stations privées.

Désormais, les radios libres devront avoir moins de réticence à inclure des débats contradictoires dans leur grille. Elles n’ont plus à craindre les dérapages systématiques. Maintenant que Paul Bérenger et Rama Sithanen ont donné l’exemple, il y a fort à parier que même les plus énervés des autres politiciens pourront débattre posément des problèmes nationaux. Un échange d’idées entre Rajesh Bhagwan et James Burty David sur la gestion de nos villes et villages pourrait très bien se passer sans que les insultes fusent. Dharam Gokhool devrait pouvoir affronter Steven Obeegadoo pour justifier la contre- réforme du CPE sans que l’émotion l’emporte sur l’analyse.

Toutefois, pour que le blocage des débats politiques soit complètement levé, il faudra attendre que la télé de service public soit aussi d’utilité publique.

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