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Ashock Katar, l?As du tourisme
Piscine au reflet bleu azur, de grands cocotiers jetant de l?om-bre sur les chaises longues, un jardin luxuriant et le tout entouré de chambres aux toits de chaume. L?hôtel Émeraude, situé sur le littoral Est de l?île, possède un charme particulier. C?est dans ce décor avenant que nous accueille son directeur, Ashock Katar.
Sans tergiversations et sans retenue, il s?avance, un sourire franc aux lèvres, et entame la conversation sans préambule. Il ne cache rien, se livre sans fausse pudeur racontant son parcours, ses émotions, ses expériences, bref sa vie.
En fait, c?est une vie qui laisse pantois, qui étonne et qui ravit. Sa belle maison, son poste de directeur et actionnaire de l?hôtel, il semble ne pas y croire lui-même. Tout cela lui apparaît intangible. Son passé est l?exemple même, que l?on peut atteindre de grandes choses en partant de rien.
Issu d?une famille modeste de six enfants, ses parents n?avaient pas les moyens d?envoyer les enfants à l?école. « À l?époque, c?était très difficile. S?acheter le matériel scolaire, payer le transport n?était pas toujours évident. » Résultat, Ashock Katar n?a pu compléter sa scolarité.
« J?arrive à peine à lire et à écrire. Quand j?ai à noter mes informations, je le fais comme je le peux. Je suis le seul à comprendre. » Ces mots sont accompagnés d?une vive émotion. Ses yeux embués de larmes traduisent un profond regret mais pas de défaitisme. « Je ne compte pas baisser les bras. Je sais qu?un jour j?arriverai à lire et à écrire l?anglais. »
Un vrai « traceur »
Il y a dix ans, c?est sur la plage de Belle-Mare qu?il se retrouve à vendre ses services à des touristes. Pour gagner sa vie, il travaillait comme chauffeur de taxi. Il emmenait les touristes sillonner les quatre coins de l?île en se basant sur un parcours qu?il avait lui-même dessiné. Il séduit ses clients grâce à sa spontanéité et sa joie de vivre. Ce sont principalement les Italiens qu?il cible, grâce à sa maîtrise de la langue qu?il a acquise durant cinq années passées en Italie. Il s?y était rendu à l?âge de dix-neuf ans avec sa femme Atee, qui n?en avait que quinze à l?époque. Tous deux ne s?attelaient alors qu?à des travaux plutôt modestes avant de décider de retourner dans leur île natale.
Ashock Katar est ce qu?on pourrait appeler un vrai « traceur ». Alors qu?il sillonne l?île en compagnie des touristes, des relations fortes se forment. De bouche-à-oreille, sa clientèle s?agrandit. Les Italiens le prennent en amitié. Ce ne sont plus que de simples clients. Sur leurs conseils, il va exploiter d?autres créneaux. Abandonnant les routes, il se tourne vers la mer. Il se met à louer des bateaux pour amener les touristes à la rencontre des alentours de l?île.
Dans le même volet, il se met également à louer une maison de dix chambres à Belle-Mare afin d?accueillir les touristes et les loger. « Très vite, le nombre de clients a dépassé celui que j?étais capable d?accepter.
J?ai proposé à l?hôtel Émeraude de les loger, mais ils venaient dîner à la Villa. Je suis également cuisinier. C?est ainsi que ma collaboration avec l?hôtel a débuté. »
Quel est donc son secret ? Il semble posséder des qualités innées qui font de lui une personne exceptionnelle. Son savoir-vivre, son sens inné de l?accueil, son sens aigu de l?observation sont des atouts de valeur. Les cours en gestion semblent futiles, en comparaison à la connaissance qu?il possède du domaine du tourisme.
« Presque tous mes clients lorsqu?ils doivent repartir, se mettent à pleurer tellement ils se sentent bien ici. J?ai des clients qui reviennent ici quatre fois par mois. Ils ne viennent pas pour Maurice mais pour Asso. » Asso est le surnom que lui ont donné les Italiens, ce qui signifie « As » en italien.
« Je veux partager ma chance »
Cette force et ses aptitudes ont été repérées par Alain Arka du groupe hôtelier Appavoo qui a voulu lui donner sa chance. « Sans débourser une seule roupie, j?ai été nommé directeur de l?hôtel et je suis même devenu actionnaire », répète-t-il. Ce concours de circonstances, il l?attribue à Dieu en qui il a une profonde croyance.
Ashock Katar étonne également par sa générosité envers les enfants de son quartier pour lesquels il a formé un club : l?Asso Villa Club. « Je suis prêt à donner beaucoup d?argent pour eux. J?ai eu de la chance et je veux la partager. À quoi ça sert de tout garder pour soi ? » Les Italiens ont su discerner l?As qui se cache en lui. Ils ne se sont pas trompés.
Sandrine Ah-Choon
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