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Anne Jennia Arékion partie pour toujours

9 juin 2006, 00:00

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Un petit cercueil blanc posé sur deux parpaings attend de recueillir le corps d?Anne Jennia Arékion. Ultime demeure de cette fillette de quatre ans, abusée sexuellement et morte mercredi matin. D?après le rapport d?autopsie, le décès est dû à des convulsions provoquées par un choc. Le Dr Satish Boolell, médecin légiste, a noté des traces d?agression sexuelle au niveau de l?anus.

?Je ne sais pas exactement ce qui s?est passé avec ma fille. L?école m?a appelée pour me dire que mon enfant a eu une crise. Ce n?est que le lendemain que le médecin m?a dit qu?il y avait quelque chose d?anormal la-dedans?, murmure Arvina Arékion dans un souffle. La mère d?Anne Jennia et d?Annellia, un bébé d?un an, est prostrée et en état d?hébétude. Une infinie tristesse se lit dans son regard. ?Boukou la penn, boukou soufrans, mo zanfan finn kit moi. Monn soign li mo pa ti panse li pou ale osi zen. Mo anvi ki se ki fin fer sa peye. Zistis bizin fer.?

?Ki lazistis pe fer dan sa pey la??

Des pleurs et des hurlements de douleur ont accompagné le flot de Mauriciens venus rendre un dernier hommage à la petite fille et apporter un soutien moral à la famille. Ils étaient des centaines à poser un dernier regard sur la dépouille d?Anne Jennia, au visage angélique dans sa robe de dentelle blanche. Jacqueline Pootaren, une habitante de Curepipe, crie son indignation, ?Je suis moi-même grand-mère de huit petits-enfants. Je suis outrée, choquée. Imaginez un peu la souffrance qu?a dû subir cette petite fille. Je me demande si la personne qui s?est adonnée à ces actes barbares a vraiment un c?ur.?

Aucun superlatif n?était assez puissant parmi la foule pour exprimer, hier, la monstruosité de l?abus sexuel des mineurs. ?Je suis scandalisée. Je viens avant tout pour montrer ma sympathie. Ki lazistis pe fer dan sa pey la? Ki la loi 60 an? Dir ek fer li de zafer. Gouvernman pe soutir sa. Nou lepep ki pe soufer?, s?offusque Aissa Bibi Dhanna, une habitante de Rose-Hill.

Rita Venkatasawmy, présidente du CEDEM, a le visage livide, ?la vision de cette petite fille restera à jamais gravée dans ma mémoire. Je suis bouleversée et éc?urée. Je n?aurais jamais pensé que des choses pareilles deviendraient si courantes dans notre île qu?on dit paradisiaque. Il faut prévenir ces choses-là. Quand le mal est fait, aucune loi ne pourra rendre l?enfant à sa mère.? Même cri de révolte de la part de Georges Ah Yan, venu exprimer sa solidarité à la famille.

Moment d?extrême détresse. Cris et grondement de foule. La levée du corps est insupportable pour la famille. La mère, le père, Radhesen Arékion, et la grand-mère, Manone Thondoo, hurlent leur douleur. On évacue ceux qui tombent sans connaissance pendant que le cercueil est engouffré dans la voiture, entouré de gerbes de fleurs blanches.

?Tous les matins à 9 heures quand je prenais mon petit-déjeuner, je la voyais qui attendait le van de l?école. Elle était si vive et si coquette avec ses petites bottines à la mode. Elle était toujours souriante. Aujourd?hui, elle est dans un cercueil. Sa aras mo leker?, confie Nubee Ajam, oncle et voisin de la victime.

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