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Une lueur au bout du meurtre de Nadine Dantier

1 juin 2006, 20:00

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Il avait affirmé qu?il allait tout déballer sur le viol et le meurtre de Nadine Dantier. Et il l?a fait hier pendant plus de deux heures avec le surintendant Prem Raddhoa de la Major Crime Investigation Team (MCIT), dans sa cellule de la prison de Beau-Bassin. Lui, c?est le détenu Basdeo Jugmohunsingh, âgé de 53 ans, qui purge une longue peine d?emprisonnement pour divers délits de vols, drogues et autres.

Du coup, l?enquête sur le meurtre de l?étudiante semble avoir pris un tournant décisif. Le détenu Jugmohunsingh a donné une autre version des faits à la MCIT. Version qui diffère du contenu de sa lettre qu?il avait envoyée à la MCIT. Et dans laquelle il avait incriminé un autre détenu. Pourquoi ?

La raison qu?il avance aux enquêteurs est qu?il savait que sa lettre confidentielle allait être ouverte et lue à l?intérieur même de la prison avant de parvenir à la MCIT. Et il aurait brouillé les pistes pour que le véritable coupable ne soit au courant de rien.

<B>L?appui de Valayden recherché</B>

?On est arrivé enfin au bout du tunnel. L?affaire Nadine Dantier a été élucidée, à notre avis, car ce qu?a confié Jugmohunsingh hier va dans le même sens que notre enquête orientée sur le terrain depuis des mois. Il y a deux suspects dans cette affaire?, confiait un proche de la MCIT à l?express hier.

Les révélations de Jugmohunsingh ont été si exactes et précises que, sans perdre de temps, la MCIT a informé les milieux concernés à l?hôtel du gouvernement de cet ?important développement?. Prem Raddhoa et ses hommes ont même recherché l?appui de l?Attorney General, Rama Valayden. Si rien n?a transpiré de cette réunion qui a eu lieu hier après-midi, des sources révèlent qu?il aurait longuement été question de certaines clauses de la législation qui sera adoptée au Parlement bientôt sur les tests ADN (voir hors-texte).

La MCIT a souhaité que provisions soient faites dans la loi pour que ces tests puissent se faire avec effet rétroactif sur toute personne ayant été soupçonnée de crime, vol, viols et autres délits dans le passé, mais n?a jamais pu être interpellée parce que la loi n?autorisait pas de prélèvements d?ADN s?il n?y a pas de consentement du suspect.

Cette démarche de la MCIT est liée aux ?révélations? de Jugmohunsingh. Ce dernier a incriminé une personne qui est déjà fichée à la police. Mais le suspect, âgé d?une cinquantaine d?années, a refusé à plusieurs reprises de se soumettre à des tests ADN. Cela, alors que la police a obtenu des informations selon lesquelles il se serait trouvé dans les environs d?Albion le jour du drame. Fait qu?ont confirmé plusieurs témoins.

La MCIT estime ainsi qu?elle est en possession de preuves indirectes (circumstancial evidence). Attendra-t-on que la loi soit votée sur les tests ADN avant que ce suspect ne soit interrogé?

?On ne peut attendre encore des mois. Il sera mis devant le fait accompli et il aura à répondre aux éléments en notre présence?, confie une source à la MCIT. Les enquêteurs estiment ainsi que dans les jours et semaines à venir, des développements importants sont à prévoir.

Mais plusieurs autres pistes ne sont pas non plus à écarter. Une personne connue de Nadine Dantier devrait être longuement interrogée. Un tailleur de Petite-Rivière, un homme portant une prothèse à la jambe, Marcelin Azie et deux autres jeunes d?une vingtaine d?années qui auraient dormi dans un garage à La Butte après ce drame sont aussi dans le collimateur même si, pour l?instant, ils ne sont pas inquiétés.

Pour rappel, Nadine Dantier a été violée et assassinée le 25 juin 2003 non loin de sa demeure à Albion. Son cadavre avait été découvert le lendemain...

EXPERTISE MÉDICO-LÉGALE

L?ADN à la recousse des enquêteurs

■ Peut-on contraindre un suspect à se prêter à un test ADN ? La loi étant silencieuse à ce sujet, les autorités ne peuvent l?y forcer. Pour combler cette lacune, le gouvernement vient prochainement avec un projet de loi qui rendra obligatoire le test ADN pour tout suspect.

Mais même cette lacune comblée, notre laboratoire local, le Forensic Science Laboratory (FSL), n?a pas d?accréditation internationale. Des tests sont effectués au laboratoire, mais il faut systématiquement chercher confirmation auprès du laboratoire sud-africain. Il semble aussi que le personnel du laboratoire ait besoin d?être formé. Ama Charya Gujjalu, ancien médecin légiste, affirme avoir demandé à plusieurs reprises qu?un expert indien soit recruté pour former ces scientifiques et superviser les tests. ?Jamais de mes 24 ans de carrière, le laboratoire n?a apporté un élément qui ait aidé l?enquête?, avait-il affirmé à ?l?express? lors d?un récent entretien.

Ainsi, les enquêteurs misent surtout sur l?aveu d?un suspect pour résoudre un crime. Raison pour laquelle des enquêtes n?aboutissent pas ou tardent à être bouclées. Alors que dans tous les pays dits avancés, les tests d?ADN sont devenus un élément important dans la résolution d?une enquête.

Ce test ADN est plus que jamais d?actualité, notamment avec l?affaire Nadine Dantier. En juillet 2003, par exemple, la police arrête Marcelin Azie pour le meurtre et viol de l?étudiante. Ce suspect qui avait ?confessé? son crime, se reprend par la suite et clame son innocence. Après avoir passé 15 mois en détention policière Azie est par la suite libéré. Les tests ADN ont prouvé que les indices retrouvés sur le corps de Nadine Dantier n?étaient pas ceux d?Azie. Mais à qui appartiennent ces ?restes? ?

C?est ce que la police essaye de déterminer. Elle a sa petite idée à l?heure actuelle, mais semble ne pas pouvoir prouver cette thèse. Le seul recours : le test infaillible de l?ADN. Seul hic : le suspect refuse de s?y soumettre.

Souvent, après un délit, l?agresseur laisse des traces sur les lieux du crime. L?ADN peut être prélevé d?un brin de cheveux, d?un morceau de peau, d?un ongle, du sang ou encore du sperme de l?agresseur. Le ?matching? de l?ADN est une question de probabilité mais la marge d?erreur est infime. Quand il n?y a pas de ?match?, quand les résultats sont négatifs, il n?y a pas de doute possible: la police tient le mauvais suspect. Comme cela avait été le cas avec Marcelin Azie?

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