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Une veuve, un théâtre et des femmes nues
Au lieu d’ériger une statue à la mémoire de Margaret Thatcher, apôtre de la rapacité, les Anglais auraient été mieux inspirés d’en ériger une à la mémoire de Madame Laura Henderson, apôtre du bonheur de vivre. Dans l’Angleterre des années 1930, cette flamboyante veuve septuagénaire eut l’heureuse idée de s’acheter un théâtre, le fameux Windmill Theatre (dans le quartier de Soho), à Londres et d’y monter un spectacle avec pour la toute première fois, des femmes nues sur scène. Madame Henderson présente, le dernier Stephen Frears, raconte un peu de son histoire et beaucoup de l’histoire de ce spectacle.
On ne trouvera pas à redire de la classification ‘PG’. Ce film ne contient aucune scène de violence, en dehors d’une mort tragique et il y est très peu question de sexe en tant qu’activité (une seule fois en tant qu’organe, lorsque Judy Dench dit à Bob Hoskins : “Je savais bien que vous étiez juif !”).
Madame Henderson présente est avant tout une belle célébration des formes féminines à travers la fidèle reproduction de ces tableaux vivants – avec les demoiselles entièrement nues et immobiles (magnifique Kelly Reilly) – qui firent les heures de gloire du Windmill Theatre. Bien évidemment ces poses n’ont rien de naturel, parce qu’il fallait que ce soit “artistique” (par opposition dans l’esprit de l’époque, à ce qui était naturel). Mais ces scènes n’ont rien de salace : accompagnées par des airs populaires, les danses et les costumes de ces années-là, elles sont pleines d’une chaleureuse nostalgie et elles ont certainement du charme.
Ces numéros de spectacle constituent une bonne part de la durée du film et on ne s’en plaint pas, tant ils sont réussis. Mais, un autre tableau loin de la scène et plus intimiste celui-là, a au moins tout autant de charme. C’est celui où l’on voit Judi Dench (Madame Henderson) seule devant un miroir, la blouse juste assez dégrafée pour dénuder ses épaules, en train de s’essayer à la danse de l’éventail et se prenant à rêver. Dame Judi Dench, c’est, entre autres, M, dans la série des James Bond ; la reine Victoria dans Mrs Brown (1997) et Lady Bracknell dans (encore) une adaptation de The Importance of Being Earnest qui sortira prochainement.
Ces quelques secondes sont en net contraste avec son personnage d’aristocrate altière aux répliques cinglantes, consciente du fait que son rang social lui autorise tout, même d’être vulgaire à l’occasion. Durant ce court instant, son regard devient celui d’une jeune fille rêvant des lumières de la scène. Ce qui est d’autant plus émouvant qu’on commence alors à deviner la raison de son acharnement contre les bonnes mœurs de son époque.
Le film tourne autant autour du spectacle que des relations passionnelles à la fois de complicité et de conflit permanents (telles qu’elles étaient dans la réalité) entre Mme Henderson, propriétaire du Windmill et de son directeur, Vivian Van Damm (Bob Hoskins). Ce dernier étant d’origine juive (dans l’Angleterre des années 1930), désireux de “s’intégrer” et donc circonspect et soucieux des conventions, mais pas pour autant disposé à se laisser marcher dessus, bien au contraire. Bob Hoskins revêt le rôle comme une seconde peau et on pourra savourer la vivacité des échanges entre lui et Judi Dench tout autant que ces moments où ils se découvrent une humanité.
Madame Henderson… présente certainement de belles qualités, même si on pourra un peu lui reprocher son désordre et une certaine impersonnalité. Quoi qu’il en soit, sa bonne humeur est communicative. Vive la nudité féminine, surtout dans les endroits publics !
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