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La chloroquine contre le chikungunya à l’essai

18 mai 2006, 00:00

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Il y a quelques mois, des essais ont montré une activité antivirale de la chloroquine sur le chikungunya Et le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, de donner son “feu vert” aux chercheurs pour tester chez les malades du CHIK cette molécule qui s’est montrée efficace en laboratoire.

Dans le cadre d’un protocole de recherche élaboré par le CHU de la Timone à Marseille, on découvre aujourd’hui que la chloroquine s’est révélée être “de loin la plus efficace pour inhiber le virus du chikungunya”, apprend Bernard-Alex Gaüzère, médecin au CHD de Bellepierre et membre de la Société de pathologie exotique. Sachant qu’un criblage de 180 autres molécules potentiellement actives contre le virus a été effectué. “L’espoir, c’est la chloroquine”, assure le Dr Gaüzère.

Avant d’être en mesure de prescrire la chloroquine, des tests viennent de commencer en ce début de semaine dans notre île. Des essais cliniques afin d’évaluer si son efficacité et son innocuité se confirme chez les malades à partir d’un échantillon de plusieurs centaines de Réunionnais.

Le rôle d’enquêteur est confié à 200 médecins généralistes et infirmiers. Les sujets sont des patients atteints de chikungunya, âgés entre 18 et 25 ans. Et sont exclues de l’étude : les femmes enceintes, celles qui allaitent et les femmes en âge de procréer qui n’utilisent pas de contraceptif.

Des médicaments placebo seront également administrés à certains patients. Ni le médicament-testeur, ni l’équipe médicale ne savent quel traitement reçoit chacun des malades afin d’écarter tout préjugé ou jugement faussé sur son efficacité ou ses effets indésirables. Les doses prescrites ne seront pas communiquées afin de pas inciter la population à s’en procurer.

En effet, nous sommes encore à un stade expérimental de l’étude et il existe de réels dangers à s’auto-administrer cette molécule. Les résultats des tests conduits à la Réunion seront connus à la mi-juillet.

Concernant la recherche sur un éventuel vaccin, les premiers essais seront menés entre décembre 2005 et janvier 2006 dans notre île et à Mayotte. Les études menées jusqu’ici n’ont été réalisées que sur des sujets masculins et “dans 95% des cas, ils ont développé des anticorps”, révèle Bernard-Alex Gaüzère. Mais il faut savoir qu’aucun test n’a été effectué en zone d’épidémie. Si cette piste médicale s’avère être la bonne, ce ne seront que les générations futures qui pourront en bénéficier. Il faut en effet au minimum 4 à 5 ans avant qu’un vaccin puisse être mis sur le marché.

<B>Marie PAYRARD</B>

<B>Création d’un réseau citoyen “vigichik”</B>

Quatre associations viennent de créer un réseau de vigilance composé de citoyens volontaires répartis sur toute l’île. Décharges sauvages, recrudescence de malades ou de moustiques... ceux-ci seront chargés d’alerter la moindre anomalie dans leur quartier afin de lutter contre le retour de l’épidémie. Devant l’impuissance des services de l’Etat à lutter efficacement contre l’épidémie de chikungunya, plusieurs associations ont décidé d’apporter leur contribution. Ainsi, quatre associations citoyennes (l’association Île de la Réunion contre le chikungunya, Prévention suicide, les Citoyens contre le chik et le Réseau Périnatal de la Réunion) viennent d’unir leurs force à travers une action commune. Le projet s’appelle “vigichik”. Il s’agit de “créer un réseau citoyen de prévention et d’alerte sanitaires”, explique Jean-Alain Cadet, pilote de l’opération. Ces citoyens, répartis sur toute l’île, seront chargés de jouer un rôle d’observateur dans leur quartier. Dépôt d’ordures, carcasses de voitures, recrudescence de chikungunyés, de moustiques vecteurs, malades oubliés... ces Réunionnais devront signaler, par le biais du web, toute anomalie constatée sur leur zone, en plus d’un rôle préventif. Cette base de données recueillie sera ensuite gérée par les membres des associations qui auront en charge d’alerter les services compétents (Drass, service environnement...). Cette action se fonde sur la base de volontariat. Les Réunionnais désirant faire partie du réseau peuvent s’inscrire via le net (1). Et déjà une cinquantaine de personnes, dont deux Mauriciens et des habitants du Sud de la France, ont adhéré en seulement 48 heures.

L’objectif est de compter au moins 1 000 participants afin d’être le plus efficace possible. “On a envie d’user d’un droit d’ingérence citoyenne en menant une guerre moderne”, explique Yann Le Bihan, président de l’association Citoyens contre le chik. Si ce “vigichik” est créé au moment où l’épidémie commence à se tasser, les organisateurs du projet estiment qu’il n’est pas trop tard pour autant. Cette action a pour but d’éviter un retour en force de l’épidémie pour l’été austral, face au désengagement de l’Etat durant l’hiver. Et les associations de dénoncer le retrait des militaires du dispositif de lutte anti-vectorielle “au moment où il est le plus indispensable de lutter contre le moustique”. Josette Brosse, présidente de l’association Île de la Réunion contre le chikungunya, tient cependant à rendre “hommage” à ces hommes : “Ils sont les seuls à ne pas avoir reçu la visite de leur ministre et n’ont pas touché de prime de 300 euros, comme les autres.”

M.P.</B>

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