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Maurice clique sur l?Afrique

18 mai 2006, 00:00

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Le doigt est posé sur la souris comme sur une gachette. Le continent africain défile à l?écran. Maurice attend le bon moment pour cliquer sur cette nouvelle fenêtre d?opportunités. Ce qui devrait arriver lors du Salon Mauritius for Africa qu?organise Enterprise Mauritius au centre de conférences de Pailles dans exactement trois semaines (8-11 juin). Le but de l?opération est de réunir sous un seul toit les sociétés susceptibles d?exporter leurs produits et services sur l?Afrique.

Les entreprises engagées dans les technologies de l?information et de la communication seront au premier rang. Lasses de se bagarrer dans le petit marché mauricien, elles veulent voir beaucoup plus grand. L?Afrique, la porte d?à côté, est en plein expansion : les états, les sociétés et la population de ce continent ont soif de nouvelles technologies. Le continent africain connaît un véritable boom technologique.

Entre 1999 et 2003, par exemple, l?utilisation du téléphone portable en Afrique a été multipliée par 50. Pourtant, seulement 9% des Africains ont actuellement un combiné mobile. L?évolution de la téléphonie mobile n?est que le sommet de l?iceberg. Les technologies sans-fil, par exemple, connaissent un véritable boom puisqu?elles sont plus faciles et moins cher à installer. L?Afrique a donc besoin de produits et de services. Maurice a le savoir-faire et le génie commercial. Mais l?équation n?est pas si simple.

?Le potentiel est énorme mais il faudra s?organiser pour l?exploiter. Il ne faut pas croire que les Mauriciens sont les seuls à avoir remarqué les opportunités en Afrique?, explique Dev Sunnasy, directeur général d?Enterprise Data Services.

L?explosion du marché africain fait saliver les entrepreneurs mauriciens. Ils ont effectivement des atouts de taille. La présence de Maurice dans les zones de libre-échange de la Common Market for Eastern and Southern africa (COMESA) et de la Southern African Development Community (SADC) en est un. Ces accords commerciaux permettent aux sociétés mauriciennes d?exporter plus facilement leurs produits vers l?Afrique. Ici, on pense particulièrement aux pièces pour ordinateurs, les consommables et les périphériques tels les imprimantes, écrans et graveurs.

?La plupart des grandes marques sont déjà représentées en Afrique. La chance sourira aux compagnies mauriciennes qui ont obtenu la représentation régionale de produits qui peuvent être vendus à bas prix sur le continent. Car ce marché est très sensible aux prix vu son pouvoir d?achat moyen?, souligne Patrick Chen, patron de Compuspeed.

Une forte concurrence présente sur ce marché

Pour plusieurs observateurs, il faudra bien cibler les marchés où les sociétés mauriciennes pourront briller. à ce niveau, les box movers (vendeurs de matériel) ont une marge de maneouvre limitée. Ils pourront certes s?appuyer sur le port franc mais ils se heuteront à une très forte concurrence venant directement de l?Asie, de Dubayy et d?Europe aussi bien que de l?Afrique du Sud.

?Ce n?est pas évident d?exporter du matériel car les marchés africains ciblés ont besoin de volumes très importants et seules les sociétés étrangères peuvent répondre à cette demande tout en proposant des prix bas. Sans compter que les exportateurs mauriciens doivent rajouter le fret à leurs coûts ?, précise Neemalen Gopal, directeur général de Leal Communications & Informatics.

Miser sur les services à valeurs ajoutées semble alors être la meilleure option. Maurice dispose d?un réservoir de savoir-faire mais les entreprises mauriciennes ? même les plus grosses - se casseront le nez en essayant de décrocher seules pour obtenir les importants contrats sur ce marché.

?La dimension des sociétés est en fonction des besoins relativement limités de Maurice. L?Afrique a besoin de bien plus de compétences. Par exemple, une migration de Microsoft nécessitera une dizaine de Microsoft Certified Engineers. à Maurice, une entreprise n?en compte que deux ou trois personnes de ce calibre. Il est donc crucial de se solidariser? ajoute Neemalen Gopal.

En rangeant l?égoïsme au placard, les sociétés mauriciennes pourront participer en consortium aux importants appels d?offres. Une fois obtenu, le travail pourra alors être partagé selon les compétences des divers membres. Cette solidarité se développe graduellement mais le temps presse. L?Afrique évolue, les concurrents sont déjà sur le terrain et les contrats s?envolent.

?Si on rate le train cette fois-ci, on ne le rattrapera plus. Nous pouvons réussir en Afrique mais tout est une question de solidarité et de stratégie?, avance Pierre-Yves Harel, directeur de FRCI et président de la Mauritius IT Industry Association.

Dev Sunnasy pousse la solidarité plus loin. Il suggère la création d?un organisme qui aura l?Etat et le secteur privé comme actionnaires. Cette entité aura l?envergure et la compétence nécessaires pour décrocher de très gros à l?étranger, au nez et à la barbe des géants comme Dimension Data ou Business Solutions. Les sociétés membres, qui auront droit au label a Government of Mauritius enterprise, seront alors les sous-traitants dès que l?organisme obtient des travaux.

?Avec l?état mauricien comme paravent, nous aurons beaucoup plus de force et de crédibilité pour obtenir ces contrats qui, avouons-le, sont trop gros pour une seule entreprise. Qui, par exemple, pourra informatiser la Sécu d?un pays tout seul ?? lance Dev Sunnasy.

Le déclic n?est pas loin mais il faudra se solidariser. Mauritius for Africa sera un véritable test. Si les sociétés présentes se livrent au dumping, la réputation naissante de Maurice dans l?univers des TIC prendra un sale coup. On pourra alors débrancher l?ordinateur et les rêves africains.

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