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Jayshree Bachoree, au nom des femmes
Le travail social est devenu son créneau, aider les autres son moteur. Écouter et conseiller son activité première. Elle, c?est Jayshree Bachoree, la présidente du Mouvement social féminine de Triolet. De taille moyenne, une épaisse chevelure noire lui tombe jusqu?aux épaules entourant un visage où se lit la fatigue. Au premier contact, elle semble plutôt timide, assise sur une chaise dans un coin de la pièce, alors qu?elle est entourée de quelques membres de son équipe.
Mais la timidité qu?elle affiche est trompeuse car Jayshree Bachoree n?est pas femme à se laisser faire facilement. Elle est décrite par ses pairs comme une battante qui n?hésite pas à aller de l?avant pour venir en aide à ceux qui ont besoin d?elle. Dans ses activités, elle affiche un courage impressionnant et ne s?accorde un peu de répit que lorsque le travail est achevé et son but atteint.
Sa motivation reste celle de pouvoir améliorer la vie des autres et surtout celle des femmes de Triolet. « Les femmes rencontrent beaucoup de difficultés ici. C?est un village très traditionnel où la femme reste au second plan », explique-t-elle. Beaucoup d?entre elles se déplacent pour venir chercher une oreille attentive auprès de Jayshree.
« Il y en a beaucoup qui m?appellent même tard chez moi pour me raconter leurs problèmes ou pour me demander des conseils. » C?est montrer l?ampleur de la tâche qu?il y a à accomplir pour les habitantes de la localité. « Ici, elles rencontrent toutes sortes de difficultés : violence conjugale, problèmes financiers, alcool et la liste est longue. »
« Je n?ai pas baissé les bras »
Jayshree Bachoree est arrivée comme une réponse pour ces femmes. Avant d?assumer le rôle de présidente dans le groupe qui existe depuis plus d?un an, elle était une anonyme dans son quartier. Sa vie prend une tout autre tournure le jour où elle accompagne pour la première fois son fils, maintenant âgé de huit ans, pour son premier jour de classe dans une école de la localité. L?insalubrité de l?établissement scolaire la laisse pantoise. « Comment voulez-vous que des enfants puissent travailler dans une école où le toit est prêt à s?écrouler, où il y a des fientes de pigeons partout et les toilettes, n?en parlons pas... »
Les parents et les instituteurs ne voulaient pas que les classes aient lieu dans des conditions pareilles. Ils ont alors demandé que quelque chose soit fait le plus vite possible. « La direction nous a dit que rien ne pouvait être fait et qu?il fallait s?en accommoder. » Se plier à ce genre de requête ne fait pas partie du caractère de Jayshree. « Je suis moi-même partie voir la direction personnellement et j?ai également téléphoné aux autorités concernées. Je n?ai pas baissé les bras. » Grâce à son courage et à sa persévérance, les choses changent finalement et les travaux de réaménagement débutent.
Un immense succès
À partir de ce moment, beaucoup de femmes sont venues vers elle pour lui demander de les aider dans leurs démarches qui n?aboutissaient pas, ou tout simplement pour discuter des problèmes qu?elles rencontraient. Voilà d?où est venue l?idée de créer un groupe pour les femmes de tout âge qui résident à Triolet.
Avec l?aide précieuse de son mari Raj et de son amie Jyotee Jusrut, devenue secrétaire du groupe, elle se lance dans la création du mouvement qui a tout de suite connu un immense succès. Elles sont maintenant une cinquantaine. Ensemble, elles organisent des activités, des causeries et des sorties. « On voulait donner la chance à ces femmes de connaître autre chose que leurs tâches ménagères, parce qu?ici elles sont presque toutes femmes au foyer et n?ont pas beaucoup d?occasions de faire autre chose. »
Mettre sur pied le Mouvement social féminine n?est pourtant pas sans embûches. « Beaucoup de personnes étaient contre la création de ce mouvement. En créant un groupe uniquement pour les femmes, nous sommes en train de toucher à beaucoup de tabous. Les femmes sortent et rentrent tard chez elles. Et ici, parmi certaines personnes, c?est plutôt mal vu parce que nous sommes dans une région qui a des valeurs très traditionnelles. »
Ce qui ne les empêche pourtant pas de continuer de plus belle avec leurs nombreuses activités. Le Mouvement a même célébré la Journée du travail, en collaboration avec le Baramsthan Group où nombre de personnalités étaient présentes, dont le Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Malgré les nombreux obstacles qu?elle rencontre, Jayshree Bachonee compte plus que jamais aller de l?avant. « Quand on voit qu?on a pu faire quelque chose pour aider une personne qui souffre, c?est notre plus grande récompense », soutient-elle. Mère de quatre enfants, elle trouve toujours du temps pour les autres et se donne sans compter dans ses activités bénévoles. « Je veux surtout faire avancer le quartier pour apporter des changements dans la vie de ses habitantes. » Un beau défi en perspective.
S. A.
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