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Le Pr Jugessur promeut le mauricianisme

10 mai 2006, 00:00

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Le Pr Soodursun Jugessur attire vers lui les feux de l?actualité, avec la présentation officielle de son ?uvre la plus récente, Jaagran, the Awakening, dans lequel il aborde successivement des thèmes aussi profonds que la communauté hindoue,le système castéiste, nos maux sociopolitiques, l?intégration sociale de la communauté hindoue,les conflits politico-religieux, le pardon de nos défauts, la conquête du pouvoir au sein de nos différentes organisations socioculturelles, Dieu et notre héritage commun, la crise identitaire, l?éducation et le développement humain, les conversions religieuses, la délégation des pouvoirs, la gestion des organisations religieuses, leur financement, le service du prochain, les défis à relever surtout par les jeunes, la participation féminine, la prédication religieuse, les connexions politiques, le pragmatisme religieux et le développement moderne, l?éthique et les valeurs, la nécessité d?une fédération des organisations hindoues, etc.

A la mi-janvier 1981, il se signale déjà à l?intention de tous par sa contribution décisive, lors d?un forum sur le mauricianisme et sur toutes les implications concrètes de ce thème, demandant à être élargi et approfondi. L?objectif demeure le même : aider les Mauriciens à réfléchir sur les atouts et sur les lacunes de leurs comportements quotidiens.

Ses mises en garde ne sont pas de trop quand on sait combien est galvaudé ce terme, à force d?être mis à toutes les sauces, en toutes occasions par n?importe qui, y compris ceux qui pratiquent en fait le communalisme le plus hideux. Heureusement, dit-on, la conscience nationale veille aux tréfonds de quelques hommes de bonne volonté.

A l?occasion de ce forum, il distribue à l?assistance un mémorandum sur le mauricianisme qu?il aborde avec clairvoyance. Cela ne l?empêche guère de multiplier de salutaires mises au point. Pour commencer, il nous propose sa définition du mauricianisme, autrement dit cet esprit national nous permettant de penser d?abord aux intérêts collectifs plutôt qu?à nos intérêts individuels, pour ne pas dire individualistes, afin de cimenter notre vivre en commun afin qu?il débouche sur l?harmonie devant prévaloir au sein d?une même et unique famille humaine.

Tel n?est pas toujours le cas. Il arrive même des refus d?assimilation surtout quand certains ne jurent que par leur attachement exclusif à des patries ancestrales. Ce désir légitime de préserver des traditions diversifiées ne doit jamais favoriser un compartimentage ni la création de barrières artificielles pouvant susciter d?inutiles frictions. Ce triste malaise peut même s?étendre à des sous-groupes et susciter des divisions aussi regrettables que le système castéiste, incitant certains à se croire supérieurs aux autres.

Pour conjurer ces fléaux, il recommande une campagne de prévention, pouvant prendre la forme d?un programme scolaire d?initiation au mauricianisme, devant essentiellement promouvoir la sauvegarde d?un patrimoine commun. Avant de tendre vers cet objectif suprême, il nous invite à examiner au préalable les richesses particulières à chacun des groupes de la nation arc-en-ciel mauricienne, en commençant par nos différentes religions. Il observe, à ce propos, que la tolérance religieuse ne saurait signifier l?ignorance de la religion du voisin. Nous ignorons trop souvent et trop superbement la religion des autres, sinon la nôtre. Cette connaissance insuffisante peut déboucher sur des fausses conceptions et même à des condamnations infondées. D?où la nécessité de cours de religions comparées. Pour éviter tout reproche de syncrétisme, il insiste sur la nécessité pour chacun de connaître à fond sa propre religion afin de pouvoir apprécier celle des autres sans mettre en danger la sienne. Il ne peut y avoir de dialogue interreligieux si les participants font montre d?une connaissance approximative, sinon fantaisiste, de leur religion.

Il serait bon, estime le Pr Jugessur, qu?une équipe polyvalente et bien représentative de pédagogues unissent leurs efforts pour établir un programme scolaire et son mode d?emploi afin de pouvoir tendre à une certaine uniformité, évitant ainsi un regrettable ?babélisme?. Le mot d?ordre doit être : l?unité dans la diversité.

Des observateurs lui reprochent de ne pas aborder assez franchement l?histoire de Maurice qui constitue un pan fondamental de notre patrimoine commun. L?on connaît la méfiance de certains à l?égard de tout ce qui pourrait soulever la boue, réveiller de vieux démons ou fantasmes ou encore remuer le couteau dans la plaie. Il suffit pour cela, que chacun donne sa version en acceptant a priori les observations et les nuances que les autres voudraient ajouter à son texte afin qu?il devienne plus représentatif d?un groupe plus élargi.

Il insiste sur la nécessité pour les chefs religieux de promouvoir la ferveur des fidèles sans les détacher des objectifs nationaux de la famille humaine. Nous entrons alors de plain pied dans le domaine du patriotisme souvent bafoué et défiguré par de regrettables compétitions partisanes.

Seule une initiation scolaire au patriotisme et à la promotion d?un patrimoine commun, composant cet esprit national, que nous nommons ?mauricianisme?, peut permettre à notre île Maurice de devenir un pays où les hommes d?origines diverses peuvent cohabiter fraternellement, devenant ainsi les prototypes d?une nouvelle humanité, une humanité sans frontières géographiques, culturelles et religieuses.

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