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Les éducateurs de rue se retrouvent? à la rue
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Les éducateurs de rue se retrouvent? à la rue
Ils avaient trouvé leur vocation : venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Ils en gardent aujourd?hui une certaine amertume. Les quelque 20 travailleurs sociaux ? membres des Éducateurs de rue et du Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups ? se retrouvent sur le pavé, à la place même de ceux à qui ils venaient en aide. Désemparés, ils estiment avoir été « trahis » et confient ne pas comprendre comment leur service a « soudainement été jugé inutile. »
Tout au long de ces trois dernières années, Daniel, Mathilde, François et les autres ont côtoyé chaque jour des adolescents en rupture scolaire, des jeunes mères laissées à elles-mêmes et des toxicomanes. Partager leur quotidien fait d?embûches leur a permis de développer une technique d?approche qu?aucun « professionnel diplômé » n?aura jamais.
Lancé en 2002 sur une base pilote par le ministère de la Sécurité sociale, le projet Éducateurs de rue visait à aider les jeunes en difficulté et à recréer un lien social. L?initiative a d?ailleurs été saluée par les nombreuses ONG engagées dans la protection des enfants.
Et l?ampleur de la tâche sur le terrain était telle que l?équipe a été renforcée, jusqu?à atteindre un effectif de 15 personnes. « De gros investissements ont été consentis pour la formation des membres du groupe. Le travail de longue haleine que nous faisions sur le terrain commençait à porter ses fruits », explique Daniel Anacooa, l?un des tout-premiers éducateurs de rue recrutés dans le cadre de ce projet. Le démantèlement de ce groupe de travailleurs sociaux, laisse-t-on entendre du côté du ministère de la Sécurité sociale, est dû au manque de fonds destinés pour financer les coûts d?opération.
Conscients de l?importance de leur rôle, les éducateurs de rue envisagent de se regrouper au sein d?une ONG pour poursuivre leur action auprès des jeunes en rupture sociale.
« J?ai tenté de résister autant possible au démantèlement de ce projet, mais nous n?avons pas pu faire autrement, faute d?avoir pu trouver une autre source de financement », affirme, quant à elle, la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo.
Et de préciser que son ministère, en collaboration avec celui des Finances, s?attellera à trouver des sponsors afin d?« épauler » financièrement l?ONG. Toutefois, les principaux concernés se disent inquiets de cette nouvelle structure. « Nous passerons plus de temps à tenter de recueillir des fonds plutôt qu?à venir en aide à ceux qui en ont réellement besoin », laissent-ils entendre.
<B>Une vaguede licenciements</B>
Une situation « inacceptable » estime Sam Lauthan, l?ancien ministre de la Sécurité sociale et l?initiateur de ce projet. « Toute cette formation qu?ils mettent à la poubelle me révolte. Ils se trompent lourdement s?ils pensent que des fonctionnaires pourront suppléer aux éducateurs de rue », s?emporte-t-il.
Christiane Anthoo et cinq de ses compagnons du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups n?ont pas été épargnés par cette vague de licenciements. Mariée et mère de quatre filles, Christiane en était à sa quatrième année au Trust Fund lorsqu?on lui a signifié que son contrat ne serait pas renouvelé.
Une décision d?autant plus « inattendue », explique l?intéressée, qu?elle a été formée sur le terrain et a, au cours de sa carrière, noué des relations de confiance avec des jeunes en difficulté. « Nous avons, nous aussi, contracté des emprunts et nous avons des familles à nourrir. Nous nous retrouvons aujourd?hui sans emploi », déplore Christiane.
Alors qu?ils tendaient la main aux gens dans le besoin, ces travailleurs sociaux se retrouvent aujourd?hui dans une situation précaire, avec un avenir incertain. Dans l?incapacité de subvenir aux besoins de leurs propres familles, ils doivent se résigner à mettre de côté le travail social pour sortir de ce mauvais pas.
<B>Victim Support sous perfusion</B>
Dans trois mois, Victim Support pourrait mettre la clé sous la porte. Cette ONG est en effet sur le point de rendre le dernier soupir car les dons en espèces se font de plus en plus rares. L?association, créée en 2002, survit grâce à un grant gouvernemental annuel de Rs 50 000 et à des dons privés. Ce qui est nettement insuffisant, puisque le budget de fonctionnement annuel tourne autour de Rs 150 000. « La situation a empiré depuis un an. À ce rythme on, ne sait pas jusqu?à quand on pourra tenir. Je lance un appel aux organisations, aux entreprises et au public pour nous venir en aide », confie le président de l?association Raj Moothoosamy. Ce dernier ne veut pas se montrer alarmiste mais craint un ralentissement dans le fonctionnement de l?association, allant même jusqu?à sa fermeture si la situation financière ne s?améliore pas. « Plusieurs projets, dont la création d?une antenne à Rodrigues ainsi qu?une série d?activités à réaliser sur cinq ans, sont mis en veilleuse. Si cela continue, on risque de se retrouver avec seulement un bureau et un téléphone. Mais on ne veut pas d?un service fiasco? » Victim Support vient en aide aux victimes de crimes en leur procurant des conseils, une aide légale et psychologique. Elle contribue aussi à la prévention des crimes grâce aux causeries organisées aux quatre coins de l?île avec la collaboration de la police. Ces activités risquent d?être gelées si leur SOS n?est pas entendu.
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