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Le destin de l?Icac

23 avril 2006, 00:00

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Plus de 600 dossiers en suspens à l?Icac. Plusieurs dizaines de nouvelles enquêtes, dont celle sur l?affaire Dulull, ne peuvant être initiées. De nombreuses plaintes du public laissées comme lettres mortes. Tel est notre sombre tableau de chasse contre la corruption. Pourtant c?est un combat que Maurice aspire à mener depuis 2002, quand le « Prevention of Corruption Act » a été promulgué et l?Icac lancée en grande pompe.

Bientôt quatre ans après sa création, l?Icac demeure une commission virtuelle. « Les pouvoirs d?une institution ne sont pas affectés par une vacance. L?Icac existe bel et bien selon les dispositions de la loi et la façon dont la loi est interprétée par l?«Interpretation and General Clauses Act? », faisait ressortir un jugement de la cour intermédiaire en décembre 2005. Certes l?Icac existe toujours sur papier, mais dans la pratique, elle ne fonctionne pas (si ce n?est de manière erratique), faute d?un directeur général et d?un conseil d?administration.

Au cours de sa jeune et tumultueuse histoire, la commission a toujours été sujette à polémique. L?ancienne commission, menée par Navin Beekarry, n?a jamais pu décoller. Au départ, on parlait de problème de dentition : l?Icac n?était qu?à ses balbutiements, les commissaires, grassement payés, étaient en rodage, nous disait-on.

Mais à l?arrivée, on s?est vite rendu compte que l?Icac, censée prendre le relais du défunt Economic Crime Office, souffrait d?un grave dysfonctionnement interne. Plusieurs enquêtes ont ainsi foiré à cause des vices de procédures. Et plusieurs interpellations, faites à la va-vite, dans de malheureuses tentatives de coup d?éclat médiatique, ont été sévèrement condamnées par nos cours de justice.

Malgré les fréquents réquisitoires de la Cour suprême, l?ancien gouvernement s?est révélé incapable de remettre l?Icac sur les rails. Entre un Premier ministre (Paul Bérenger) qui laissait éclater sa colère contre les couacs de l?Icac ? « enough is enough » ! ? et un président de la République (sir Anerood Jugnauth) qui refusait de convoquer l?« Appointment?s Committee » pour sanctionner les commissaires, l?Icac était devenue une institution en sursis, mal-aimée de l?hôtel du gouvernement, critiquée par l?opposition, mais tolérée par la présidence de la République.

A l?arrivée du nouveau gouvernement, l?opinion devait saluer la promptitude avec laquelle la direction de l?Icac ? qui n?a fait que des preuves de maladministration ? a été évincée, après un simple amendement législatif.

Mais Beekarry et consorts écartés, après des dédommagements de plusieurs millions de roupies que nous, contribuables, avons financés, la difficulté a été de dénicher l?oiseau rare pour placer à la tête de l?Icac.

Après des recherches, ici et ailleurs, le gouvernement a pu convaincre l?ancien magistrat Anil Kumar Ujoodha pour prendre en main la destinée de l?Icac. Celui-ci, qui jouit d?une excellente réputation à la magistrature, possède un avantage : il connaît bien la loi régissant la commission. Il a lui-même rappelé, à plus d?une reprise en tant que magistrat, la commission à l?ordre.

Avec un nouveau directeur général et un gouvernement qui est revenu, à juste raison, sur sa décision de conférer l?immunité à l?Icac et à ses officiers ? une immunité qui n?aurait pas été une bonne chose, eu égard au lourd passé de l?Icac ? la commission semble être promise à un énième nouveau départ. Souhaitons que ce soit le bon, sinon c?est la corruption qui sortira gagnante. Et le public écoutera, sans plus y croire, les joutes verbales de nos politiciens, qui ont à nouveau fait de l?Icac l?une des attractions de leur kermesse du 1er Mai?

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