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Rima Ramsaran, criminologue
Pour expliquer la violence, il faut d?abord comprendre le comportement. Celui-ci est défini par trois domaines ? la psychologie, la sociologie et la social psychology. Dans le troisième cas, il s?agit de la situation, des circonstances derrière un type de comportement. La violence est souvent générée par la frustration. Par exemple, dans la société, une personne peut se voir acculée dans divers domaines ? la famille, le travail, sa relation amoureuse. D?ailleurs, dans ses travaux, Sigmund Freud a expliqué qu?il y avait deux éléments qui faisaient partie du comportement de tout être humain ? le drive to live (Eros) et le drive to kill (Thanatos). Celui-ci est récurrent quand la personne est à bout, elle explose et fait acte de violence.
Dans la société mauricienne qui évolue rapidement, il y a aussi des gens qui se sentent oubliés et qui ne peuvent suivre ce développement. Ils ont du mal à le gérer, étouffent et explosent. Le fait qu?il y ait une perte des valeurs et des traditions vient aggraver la situation. Parents et enfants sont aux prises avec un conflit intergénérationnel, ce qui provoque encore des frustrations. Freud évoque aussi la théorie de la catharsis ? le besoin d?évacuer cette frustration à travers le sport ou les loisirs. Mais à Maurice, avec l?évolution, nous n?en avons guère le temps. Une autre raison derrière la violence est l?objectif. Par exemple, si on se fixe un but, on se donne tous les moyens pour l?atteindre. Du coup, si quelqu?un vient entraver nos efforts, cela engendre une frustration supplémentaire et donc de la violence.
Les crimes semblent devenir de plus en plus odieux. Pourquoi cet acharnement ?Quand on arrive à une situation violente, c?est une indication que la goutte d?eau a fait déborder le vase. Dans ce cas, on est animé par un désir de vengeance, le besoin de se soulager. L?acharnement sur sa victime dépend du degré de frustration de l?individu. Plus on est frustré, plus on risque une perte de contrôle. Nous sommes alors confrontés à des crimes barbares.
Pouvez-vous faire le profil du délinquant aujourd?hui ? Est-ce qu?il a changé ?La sociologie indique que le délinquant vient souvent d?une famille enclavée dans la pauvreté, de parents alcooliques. On les a souvent qualifié de drop outs de la société ou des gens qui n?ont pas de modèle. Mais je ne pense pas que cela suffise ; il faut aller au-delà de ce profil. Souvent, le jeune délinquant a une transition difficile entre l?enfance et l?âge adulte. Il cherche son identité et a besoin d?être accepté. Et pour y parvenir, il adopte certaines habitudes et croit que certaines choses l?y aideront, par exemple, des vêtements de marque ou un portable dernier cri. Mais c?est superficiel. Et s?il n?a pas les moyens de se l?offrir, il sera frustré et va chercher des solutions. C?est ainsi que plusieurs filles se prostituent pour l?argent facile ou que des jeunes commettent des agressions au cutter.
La violence n?est pas générée par une maladie mentale ou des phénomènes de pauvreté. Elle peut provenir d?une personne à tendance normale, comme vous ou moi, qui est dépassée par les événements et n?arrive plus à se contrôler. Ce n?est pas forcément une personne qui a des antécédents.
Dans la majorité des cas, une parole ou un mot de travers déclenche de l?agressivité. Pourquoi ?Avant, la société était plus rigoureuse et ne permettait pas de dérapage. Et même si la violence survenait, on ne la rapportait guère. Un terme ? le dark figure ? définit cela. On cachait la violence par peur, pour préserver la famille, le niveau social, mais avec l?émancipation, la liberté des jeunes, la diminution de l?autorité parentale, on a du mal à exercer un contrôle. Ceux-ci ne pensent pas aux conséquences
Est-ce que lorsqu?on est agressé, on finit par devenir agresseur ?Quand on est victime de violence, on subit plusieurs blessures, physiques et aussi psychologiques. On se demande pourquoi cela nous est arrivé ou ce qu?on a fait pour mériter cela. Dans la société, on n?accorde pas assez d?importance aux victimes mais plutôt aux criminels. Et si la victime n?arrive pas à retrouver son équilibre, elle peut devenir violente à son tour, essayer de se faire justice elle-même . Il est important que la société prenne en charge la victime pour qu?elle ne s?embarque pas dans une spirale.
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