Publicité
Quand l?exclusion menace de s?intensifier contre les enfants de rue
Par
Partager cet article
Quand l?exclusion menace de s?intensifier contre les enfants de rue
Dylan, 10 ans, a fui dans la rue où il erre. Entre ses petits doigts, il serre un sac en plastique transparent renfermant de la colle qu?il sniffe de temps en temps. Il vit de chapardage. Joanna, 14 ans, jeune prostituée, arpente les rues en attendant sa fidèle clientèle? Nous ne sommes pas dans les rues de Bamako ou de La Paz, mais bel et bien dans celles de Port-Louis, Grand-Baie, Mahébourg?
Ces enfants vulnérables font partie d?un groupe très hétérogène. Qu?ils soient catalogués ?enfants des rues? ou qu?ils vivent toujours au sein d?une famille, ils sont livrés à eux-mêmes. Leur condition de vie est un enfer. Et l?urgence d?une prise en charge adéquate s?impose.
D?autant que le cadre qui avait été mis en place ? avec la présence d?éducateurs sociaux ? risque d?être chose du passé. En effet, des contrats de travailleurs du Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups sont arrivés à expiration et n?ont pas été renouvelés. D?autres cas devraient suivre bientôt. En attendant, dans les rues, la situation ne s?améliore pas.
?Nous avons observé l?émergence de cette nouvelle réalité, mais à Maurice, nous avons tendance à attendre que le problème s?aggrave avant de réagir?, s?insurge Rita Venkatasawmy, consultante, ayant une maîtrise en International Child Welfare et directrice du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (Cedem).
?La famille constitue la cellule d?encadrement la plus sûre pour un enfant mais quand il y a rupture familiale et sociale, l?Etat doit prendre le relais.? Ce qu?il fait d?ailleurs lorsque l?enfant est victime d?abus émotionnel, physique ou sexuel. Lorsqu?un ?emergency protection order? est émis, l?enfant est placé dans une des institutions existantes, Terre de Paix, SOS Village, Shelter for Women and Children in Distress, Cedem?
Cependant, il faudrait, en amont, cibler ces enfants qui évoluent dans une cellule familiale où règnent l?alcoolisme, la drogue ou la prostitution. ?Il est primordial d?avoir des actions de prévention d?où la nécessité d?avoir des éducateurs, des travailleurs sociaux, pas de ceux qui restent assis derrière leurs bureaux. Il faut être conscient du manque cruel de structure de formation du personnel. Quand on a compris cela, on a tout compris. Beaucoup de nos acteurs sociaux ont appris le métier sur le tas et néanmoins, ils vont être remerciés très prochainement.?
A l?instar de Jacques Armon, travailleur social et homme de terrain avec 30 ans d?expérience à son actif et qui ?uvre pour l?instant dans le sud de l?île. ?La rue est mon université. C?est dans les faubourgs mal famés que j?ai appris à cerner les problèmes, à savoir être à l?écoute des populations défavorisées, à instaurer une confiance accrue, à canaliser et à remettre ces enfants dans l?axe malgré la perte de parents, une situation économique difficile ou à cause d?une famille nombreuse.?
<B>Soutien thérapeutique</B>
Mais que deviendront ces enfants à l?âge adulte ? Penser qu?ils n?ont pas d?ambitions ou de projets pour leur avenir est une illusion. Ils n?ont surtout pas les moyens de leurs ambitions. Sans éducation, encadrement et formation personnelle, ces adultes de demain constituent non seulement une charge mais aussi une menace pour le pays. C?est très souvent la source de la petite délinquance qui se mue parfois en délit grave.
La directrice du Cedem préconise, en premier lieu, le concept avant-gardiste du child mentor qui permettra de parer au plus pressé. L?enfant demeure dans son milieu familial avec l?apport d?une aide extérieure. ?Des familles aisées et stables s?occuperont des familles défavorisées et précaires?, explique Rita Venkatasawmy. Le ministère des Droits de la femme souhaite mettre en branle ce projet.
La deuxième option demeure le système des familles d?accueil qui sont en nombre insuffisant et avec un manque évident de formation de ces familles, malgré toutes les bonnes volontés. ?A ne pas confondre avec l?adoption?, précise Rita Venkatasawmy ?Les enfants ont toujours la possibilité de retourner dans leur famille biologique. Ce système de parrainage permet aux éducateurs des différentes institutions présentes de souffler l?espace d?un week-end.?
Mais il ne suffit pas de mettre l?enfant vulnérable à l?abri dans une institution en lui offrant le gîte et le couvert. Cet enfant a aussi besoin d?un soutien thérapeutique, psychologique et d?un bon système d?éducation. ?Le temps est révolu de demander aux adolescents d?apprendre la cuisine et la couture dans un shelter. Il faut leur offrir une éducation en fonction de leurs besoins. Et, en général, il est primordial de s?occuper de leurs loisirs pendant leurs vacances pour ne pas les voir traîner les rues faute d?activités intéressantes. Pourquoi ne pas prendre exemple sur la Voluntary Society du Queen Elizabeth College qui n?apporte pas d?argent, mais un temps précieux en offrant des leçons particulières ??
Le phénomène d?enfants en situation difficile va grandissant avec son cortège de malheurs. Il est essentiel d?attirer l?attention des autorités politiques et des associations caritatives pour que les efforts soient conjugués afin de juguler ce fléau. Et il importe de comprendre que tout un chacun peut participer à cet édifice noble. ?Les Mauriciens sont généreux mais il ne faut pas qu?ils concentrent leurs actions bienfaisantes à Noël?, résume Jacques Armon.
Publicité
Publicité
Les plus récents