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Patrimoine, cette partie de nous
Derrière ce mot, un vaste univers, matériel et immatériel, naturel et culturel. ?Patrimoine?, c?est ainsi que l?on nomme l?ensemble des sites historiques, architecturaux, archéologiques, sous-marins, les sites naturels, mais également les pratiques culturelles qui définissent un peuple, une patrie. C?est, pour ainsi dire, l?héritage que nous avons en commun, une mémoire collective sur laquelle repose notre histoire, notre identité et notre développement futur.
L?espace patrimonial de Maurice est extrêmement riche pour un pays si jeune. Les maisons ?créoles? ou les statues des gouverneurs, l?Ile de la Passe ou la tour Martello, la poste de Rose-Hill ou celle de Port-Louis, la tombe de l?Abbé Buonavita ou le ?cimetière des esclaves?? certains sites sont si souvent cotôyés qu?on en oublie leur valeur. Témoins de traditions et d?événements du passé, tragiques ou heureux, ils ont marqué un tournant dans la constitution d?une société mauricienne et rappellent à notre mémoire, l?histoire.
Un sens identitaire et une continuité
Outre les structures et sites matériels, le patrimoine a une dimension ?intangible?. Selon l?Unesco, cet héritage culturel comprend ?les pratiques, représentations, expressions, connaissances, outils ? ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels associés à ce pays ? que les communautés, groupes et, dans certains cas, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur héritage culturel.?
Autrement dit, le patrimoine immatériel se manifeste dans des domaines tels que les traditions et expressions orales, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques liées à la nature et l?univers, l?artisanat traditionnel? Cela va des sirandanes et contes traditionnels aux croyances et pratiques religieuses, du séga à la langue. Transmis de génération en génération, ce patrimoine intangible procure à chacun un sens identitaire et une continuité.
Si la protection et la conservation du patrimoine sont devenues des enjeux de taille, si l?on parle aujourd?hui de ?gérer? le patrimoine, c?est parce qu?il est plus fragile qu?on ne le croit. C?est le cas des sites, menacés par la modernisation accélérée, mais également des coutumes culturels, fragilisés par l?interpénétration des cultures que favorise la globalisation. Le patrimoine est constamment réélaboré par les communautés en réponse à leur environnement, leur interaction avec la nature et leur histoire.
?Gérer? le patrimoine consiste à le faire connaître, à sensibiliser le public à son existence et l?importance de sa conservation. Cela comprend la préservation, la protection, la conservation et la restauration. Tout en gardant leur authenticité, les monuments et sites doivent être conservés, entretenus de façon permanente et restaurés.
Zone tampon
La restauration vise à reconstruire, réparer un monument à l?aide des matériaux et des techniques anciennes, telles qu?elles ont été utilisées à l?époque de la construction de l?édifice et selon le plan d?origine. Ainsi, la restauration est précédée impérativement d?une étude archéologique et historique du monument. Les éléments destinés à remplacer les parties manquantes doivent s?intégrer harmonieusement à l?ensemble, tout en se distinguant des parties originales, afin que la restauration ne falsifie pas le monument. La remise en état de l?Aapravasi Ghat est un exemple de restauration authentique du patrimoine.
La préservation d?un site ou monument nécessite aussi un plan de protection de ce qu?on appelle la zone tampon, l?environnement proche de l?édifice, afin que les constructions futures répondent à certaines normes pour ne pas gâcher la beauté et l?authenticité du site.
Concernant le patrimoine immatériel, des mesures doivent également être prises afin de le sauvegarder. Surtout quand ce patrimoine, étant transmis oralement, peut disparaître de la mémoire collective très rapidement. Ces mesures visent à perpétuer ce patrimoine afin qu?il ne tombe pas dans l?oubli. Cela passe par l?identification, la documentation par des recherches, la préservation, la protection et la promotion.
Le patrimoine ne vit que par sa transmission. Ce ne peut être l?affaire des historiens, anthropologues ou archéologues, mais celle de tous. Nous avons chacun un droit et une responsabilité envers cet héritage qui nous a été transmis jusqu?à ce jour. Marquer, par une journée internationale, l?importance du patrimoine contribue à développer une conscience plus accrue de la richesse de notre héritage historique, culturel et naturel, ainsi que la richesse de la diversité culturelle dans laquelle nous évoluons.
Cependant, il faudrait conserver davantage que les monuments nationaux. N?est-il pas temps de dresser un cadre où les traditions faisant partie intégrante de notre vie quotidienne et notre identité seraient gardées vivantes ? N?est-il pas temps de se pencher sur des sites qui rappellent à la mémoire les ?gens simples?, les martyrs de notre histoire et non les seuls dominants et dirigeants de la nation ?
En chiffres
175 sites sont classés monuments nationaux sur tout le territoire. Cette liste s?allonge d?année en année. Le dernier site classé en date est celui du sommet de la montagne du Morne. Beaucoup d?autres sites encore méritent ce statut.
LÉGISLATION
Gestion du patrimoine mauricien
■ La préoccupation de protection et de préservation du patrimoine est récente. A Maurice, la première loi visant à préserver et protéger les anciens monuments ? ?Ancient Monuments Preservation Ordinance ou Ordinance No.30 of 1938? ? fut adoptée le 30 juin 1938, après des années de négligence de la part des autorités coloniales.
Depuis, cette préoccupation va grandissant, bien que la conscience de l?importance de la sauvegarde du patrimoine matériel ne soit encore que trop peu acquise, quasiment inexistante pour ce qui est du patrimoine immatériel.
Depuis 1998, le ?National Heritage Trust Fund? joue un rôle important dans la promotion et la protection du patrimoine national. Introduit en 2003, le ?National Heritage Trust Fund Bill? a intégré le ?National Heritage Trust Fund Act? de 1997 et le ?National Monuments Act? de 1985. Il s?agit de deux organismes distincts chargés de la promotion et de la protection du patrimoine national.
En résumé, trois objectifs majeurs sont définis dans cet acte :
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Enregistrer, protéger, préserver, restaurer et gérer les monuments, sites archéologiques et structures architecturales, ainsi que le patrimoine immatériel et naturel, faisant partie intégrante de notre héritage culturel et de notre identité, étant d?importance historique et d?intérêt public.
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Sauvegarder ces ressources comme pouvant être des sources matérielles pour les recherches scientifiques et culturelles et le développement des loisirs et du tourisme des générations présentes et futures.
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Eduquer le public par des activités culturelles, instaurer un sens d?appartenance et de fierté et sensibiliser le public aux valeurs du patrimoine national.
Questions à?Philippe La Hausse de la Louvière du National Heritage Trust Fund
● En cette Journée internationale du patrimoine, pensez-vous que les Mauriciens sont suffisamment conscients des enjeux liés à ce sujet ?
C?est une question qu?on ne devrait pas poser tant la réponse est évidente. On sait que les Mauriciens aussi bien que le gouvernement ne sont pas éveillés aux enjeux patrimoniaux. On dit tous qu?il faut préserver le patrimoine mais en même temps, on ne fait rien concrètement en ce sens. Pour changer les choses, il faudrait l?intégrer dans la dynamique économique.
● Comment cela peut-il se traduire ?
A travers des initiatives qui s?appuient sur cinq postulats. D?abord, il faudrait intéresser les jeunes au patrimoine en l?intégrant dans le programme d?études. Les enfants et les jeunes sont curieux de nature. Ils ont soif de connaissance autant qu?ils aiment sortir et découvrir ce qu?il y a autour d?eux. En les amenant à visiter des sites patrimoniaux, on les enracine en tant que Mauriciens dans leur environnement. Le patrimoine sert aussi à cela. Combien sommes-nous à savoir où est situé le bassin qui se trouve à Beau-Bassin ou encore les ruines de Belle-Mare? Les monuments et les sites, les toponymes, les bâtiments avec une valeur patrimoniale ont une signification. Ce ne sont pas que des reliques qu?on préserve. L?éducation, c?est le meilleur moyen pour éveiller nos enfants à une conscience patrimoniale.
● Quels sont les autres postulats ?
Les sciences. Quand on s?intéresse au patrimoine, il ne s?agit pas seulement de savoir pourquoi un site est décrété patrimoine mais aussi de comprendre comment il a été conçu, qu?est-ce qui a été utilisé pour le construire et par qui il a été érigé ? On développe ainsi, à travers le patrimoine, une culture de la recherche et une approche pluridisciplinaire par rapport à ce qui l?entoure. Ensuite, il y a le tourisme qui rapporte des bénéfices à un pays. Le public, le gouvernement et les opérateurs sont d?accord sur l?importance du patrimoine, naturel, culturel et intangible, mais jamais on ne voit la mise en pratique des intentions énoncées. Or le tourisme permet effectivement une revalorisation culturelle du patrimoine. Ce n?est pas une utilisation commerciale du patrimoine mais une mise en valeur avec des objectifs de pérennisation. Il faut miser à ce chapitre sur un partenariat privé-public. Les loisirs sont un autre moyen dans ce processus de mise en valeur du patrimoine. Celui-ci a beaucoup à offrir aux Mauriciens. C?est lorsqu?on visite des endroits qu?on leur trouve des significations insoupçonnables et qu?on découvre par extension une richesse personnelle et collective. La culture est enfin le dernier élément dans ce travail patrimonial. On mesure l?avancement d?une civilisation à travers sa capacité à gérer les valeurs, les modes de vie et le patrimoine bâti de son passé. Nous ne manquons pas de références en termes de civilisation à Maurice mais nous ne les mettons pas en valeur. Le patrimoine est une partie intégrante de notre être.
● Le patrimoine est-il un élément d?identification commune ?
C?est à la fois ce qui nous est commun et ce qui nous différencie. C?est l?expression de notre diversité culturelle. Le patrimoine n?est ni fixiste, ni figé. Il est dans notre vie quotidienne et il nous appartient. C?est un dialogue avec le passé, avec soi et avec l?autre.
Propos recueillis par Nazim ESOOF
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