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Retour au calme mais inquiétude à N?Djamena

17 avril 2006, 00:00

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Deux jours après la mise en échec des rebelles, le président tchadien Idriss Déby a fustigé le rôle du Soudan devant ses partisans réunis samedi à N?Djamena pour un ?rassemblement de la victoire?, mais de nombreux habitants de la capitale redoutent une nouvelle attaque des rebelles venus de l?Est.

Les insurgés, qui veulent renverser le régime en place depuis près de 16 ans, ont lancé jeudi leur raid le plus audacieux en s?infiltrant à l?aube dans les faubourgs jusque dans le centre-ville de la capitale avant d?être repoussés par l?Armée nationale tchadienne (ANT).

Le gouvernement tchadien, qui a publié un bilan de plus de 300 morts, accuse le Soudan voisin de recruter et d?armer les rebelles du Front uni pour le changement (Fuc). Il a rompu vendredi les relations diplomatiques avec Khartoum, bouclé la frontière et menacé d?expulser les Soudanais du Darfour réfugiés dans des camps situés au Tchad.

Déby a dénoncé samedi l?attitude de la communauté internationale qui, a-t-il dit, n?a pas agi suffisamment au Darfour en dépit de ses mises en garde. La crise, a-t-il poursuivi, s?étend désormais et le Soudan est devenu une menace pour l?Afrique centrale tout entière.

Le président tchadien a ajouté qu?il n?avait cessé de mettre en garde contre le danger mais que la communauté internationale avait été ?sourde? au rôle essentiel du Tchad pour la ?stabilité de l?Afrique sub-saharienne?.

<B>Bloquer la production pétrolière</B>

Les autorités tchadiennes ont également menacé de bloquer la production pétrolière sur le gisement de Doba (sud) s?ils n?obtiennent pas d?ici mardi au moins 100 millions de dollars du consortium qui exploite les ressources pétrolières du pays. Les avoirs pétroliers du Tchad ont été gelés par la Banque mondiale.

Le Tchad, a expliqué le président Déby, a besoin de ces sommes pour renforcer la sécurité nationale.

Les partisans de Déby avaient été acheminés par milliers par mini-bus dans le centre-ville pavoisé aux couleurs nationales, manifestant bruyamment leur victoire contre les rebelles. Mais beaucoup de N?Djaménois étaient, quant à eux, plus circonspects.

?Nous n?avons jamais pensé que les rebelles s?empareraient (jeudi) de la capitale mais nous sommes toujours effrayés. Nous ne savons pas si la situation va empirer?, dit Moussa Mohamat Djaddaye, dont le frère de 18 ans a été pris dans les affrontements et a perdu sa jambe gauche dans l?explosion d?une grenade.

Vendredi, les autorités avaient exhibé 160 prisonniers rebelles et une quinzaine de véhicules saisis lors d?un rassemblement à N?Djamena. Ce qui n?empêche pas de nombreux habitants d?être sur les nerfs, compte tenu de l?afflux de civils blessés dans les hôpitaux et des impacts de balles visibles sur les façades des bâtiments dans le centre-ville.

?On a beaucoup amputé. Les blessures proviennent principalement de balles?, témoigne Duccio Staderini, délégué de l?ONG Médecins sans Frontières-Belgique (MSF) dans la capitale tchadienne, dont l?antenne soigne 110 blessés civils.

Les blessés aux bandages sanguinolents sont étendus dans des tentes de campagne dressées devant l?hôpital central. Des militaires en treillis de camouflage et au ?chèche? noué autour du cou effectuent des patrouilles en pick-up dans les rues avoisinantes.

<B>Militaires brûlés vifs</B>

La carcasse calcinée d?une jeep de l?ANT gît non loin des grilles tordues du bâtiment de l?Assemblée nationale, qui a essuyé le plus fort de l?attaque rebelle. D?après des N?Djaménois, trois militaires gouvernementaux ont été brûlés vifs dans ce véhicule. Le sol est jonché d?impacts de balle.

La confusion sur l?endroit où se sont repliés les assaillants et leurs projets ne contribue pas à calmer les esprits.

Le gouvernement a immédiatement clamé victoire tandis que le Fuc a parlé de simple repli tactique.

?La population vaque à ses activités normales mais elle reste inquiète. C?est la guerre des mots, et les rebelles se font toujours entendre?, observe Begoto Oulatar, directeur de la revue N?Djamena Hebdo.

?L?expérience nous apprend que les insurgés reviendront (...) mais il existe plusieurs groupes de rebelles. Et nous ne savons même pas s?ils ont une stratégie.?

D?après la presse tchadienne, les rebelles ont demandé la direction du palais présidentiel aux N?Djaménois lors de leur arrivée en ville.

<B>Daniel Flynn</B>

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