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Le corps en intense effusion

17 avril 2006, 00:00

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Le dialogue du corps. Corps d?homme qui se contracte et qui s?inspire de la musique. Comme un paon fier, le dos dressé, les doigts pointant vers les étoiles, Raghunath Manet éblouit. Il dansait devant une riche assemblée samedi soir à l?auditorium de l?Institut Mahatma Gandhi. Une représentation unique de Pondichéry. Place à un homme qui parle la langue pure du bharata natyam.

Il est vrai que la langue chantée nous est mystérieuse. Mais l?artiste est bien déterminé à nous la démontrer. Son geste est fin. Son torse, baigné de sueur. Ses bras puisent dans l?espace autour de lui pour bâtir un royaume. Le royaume du Dieu Shiva. Raghunath Manet s?empare très vite de la scène. Au son des notes émanant du dholuk, il roucoule un doux langage : celui du corps.

Vibrant d?émotions, le danseur cède ses mouvements aux notes suaves et enchanteresses de la chanteuse Premalatha Ramasamy. La scène, parsemée de fleurs, se laisse caresser les pointes qu?effectuent Raghunath Manet. Inépuisable danseur qui capture au creux de ses doigts, la finesse, la souplesse et une élégance sublime. Cette première partie de monologue chorégraphique s?achève avec l?entrée de la danseuse, Krithigabala Balassoupramanien.

<B>Le maître des émotions</B>

Serait un jeu d?amoureux ? Non. Plus que cela. Un jeu de corps. Femme et homme. Enchevêtrement de pas. La femme cisèle le sol de pointes effilées alors que l?homme la couvre de son ombre. Les regards entre eux deux brûlent. Passion. Puissance de l?expression faciale.

Et puis, c?est le maître des émotions qui refait son apparition. Seul. En fredonnant ?Tac et Tic et Tac et Tic?. En mode accéléré. Répétition de deux mots qui laissent croire au départ, que nous avons là affaire à une nouvelle langue. Les vibrations du danseur s?accroissent. Et le danseur se fait musicien.

Sonorités de l?Inde. Carnet de voyages. Quand Raghunath Manet se place derrière son veena, il nous transporte dans un chant bouleversant. Pour changer, il s?assied au centre de la scène. Fougue, étreinte, son visage se laisse rider par les sentiments qui l?animent. Ses doigts épousent l?instrument qui devient une partie intégrante de lui. Et le public dans tout cela, en ressort si épris de ce musicien.

Même quand il ne bouge pas, Raghunath Manet ensorcelle. Il captive son public, le retient par les sens. Et c?est reparti pour une danse des plus tumultueuses. Vif, il parvient à dialoguer à travers son corps. Le torse se bombe, alors que la jambe s?élève haute dans un rapide mouvement. Moment d?équilibre. La rythmique est inattendue. La danse aussi. Imprévisible. Alors que le dholuk cesse de tambouriner, c?est à ce moment que le danseur choisit de faire danser le silence.

À l?écoute de ses pas, qui se dispersent. Chaque geste est accompagné d?un son. Ou d?une voix. Pondichéry épure l?harmonie. Que ce soit celle des deux autres musiciens, Ali Ikbal Liaiyakath et Damodaran Gopivilasam, placés à l?arrière. Ou encore celle de la chanteuse. Nous nous étions préparés à du grand spectacle, mais nous en sommes sortis avec des pluies de souvenirs pleins la tête.

Le paon s?est paru de ses belles couleurs tantôt or et noir ou orange d?or. Il frappe de par son caractère vivace. Ses mots sont lourds. Certains ne pouvaient se retenir de taper des pieds. D?autres plus silencieux, ne décollaient pas l??il de ce corps en pleine effusion d?émotion. Le modeste Raghunath Manet est fort en rythmique. Possède une démarche aisée et une aisance qui émotionne.

Pondichéry a semé en nous un délectable désarroi. Il nous a menés là où l?homme se perd : dans le monde de la danse intense?

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