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Dissipations

16 avril 2006, 00:00

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En février, la Banque mondiale rassurait Maurice sur ses chances de bénéficier d?une aide pour sa restructuration. Nous étions présentés comme un « test case », parce qu?étant l?un des pays les plus affligés par la libéralisation du commerce. Cette fois, les discours sont plus directs. Sur un ton narquois, le délégué souligne l?anachronisme de toute demande de traitement préférentiel dans un monde compétitif.

Ici, des piques, là des soutiens de plus en plus prudents? Glenys Kinnock, amie de Maurice, s?égosille à montrer qu?elle est fortement convaincue que le Parlement européen devrait aider le pays mais au-delà, l?eut-elle voulu, elle ne peut rien garantir. Navin Ramgoolam s?en était allé quérir à Paris une aide de Rs 500 millions ; il est revenu avec une médaille, mais sans l?argent. Même loquacité de la part de Rama Sithanen au départ de Bruxelles, même profil bas au retour?

Sans doute faut-il lire entre les lignes, ne pas prendre certaines expressions de solidarité pour de l?aide effective, se faire une raison sur « les amis de Maurice ». Cette « aid for trade » sur laquelle nous estimons avoir des droits, sera dirigée vers des projets d?aménagement de routes, de combat contre la corruption, de réformes douanières, de modernisation de ports. Autant de réformes bien engagées chez nous. L?Éthiopie, par exemple, dont le café, son revenu premier, est étouffé désormais par celui du Brésil et les peaux de reptiles par le synthétique chinois, n?a même pas ces bases-là. Au royaume des aveugles, le borgne que nous sommes ne sera pas roi.

Pour avoir, non des faveurs mais un soutien, il faut agir autrement. Au lieu d?embobiner les délégués en chantant notre « sincère désir » d?émuler les pays qui ont restructuré leur économie dans l?espoir qu?ils débloquent cette aide, montrons-leur ce dont nous sommes capables. Ayons la lucidité d?entendre ce message qu?entre deux reproches Michael Klein lâche : la Banque mondiale attend de voir ce que Maurice aura accompli d?elle-même.

Cette action, on la connaît. Quand Rama Sithanen cite la Nouvelle-Zélande, le chemin qu?il indique est clair. Elle avait en 1984 exactement notre profil : une dépendance sur l?agriculture, un gouvernement soumis aux lobbies, un État providence généreux au-delà de ses moyens, des industries engorgées par des relations industrielles inefficaces. Elle s?est inspirée du Japon : le gouvernement s?est retiré pour laisser la compétition régir les relations commerciales, l?« industrial relations system » a été décentralisé et remplacé par un « Employment Contracts Act », laissant le marché réguler les salaires, et la perception qu?un large État providence est la condition à une société cohésive a été détruite. Et leurs courageux leaders politiques se sont assuré que la population en comprenait la nécessité.

Voilà la recette. C?est peut-être dans ce sens que le ministre des Finances travaille, mais c?est maintenant que le cadre du dialogue doit être posé pour que ce programme soit accueilli par le consensus. Au lieu de créer cette relation par des actions synchronisées, le cabinet s?éparpille. Pendant que le ministre du Commerce s?ingère dans le marché du lait, sous prétexte de casser les monopoles, un Ramgoolam désinvolte tient des discours sympathiques sans la tonalité dramatique que l?on est en droit d?attendre. Il devrait, à ce stade, trois mois avant le budget-socle de la restructuration souhaitée, commencer une série de rencontres pour préparer psychologiquement à l?ouverture de l?économie.

À coup sûr, les experts de la Banque mondiale auront noté que ce qui constitue nos priorités du moment n?a rien à voir avec la transition qui devrait nous occuper l?esprit. Il est engourdi dans des affaires de corruption impliquant chefs de police, ministre, directeur d?entreprise, un meurtre irrésolu deux ans après, une opposition qui se divertit?

Peut-être, par chance, seront-ils tombés sur cet entrefilet, rare signe de notre appréhension des problèmes du moment. Celui où le receveur des douanes explique que le travail de Benydin doit refléter son salaire, ose bouleverser conforts et indisciplines sans s?embarrasser de ce que les règlements dépassés autorisent ou pas. C?est une leçon de savoir gouverner sous le nouvel ordre de la compétition.

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