Publicité
Quand la police devance l?Icac
Tout le monde se souvient de ce février 2003 où une équipe d?enquêteurs de la Commission anti-corruption (Icac) a investi le siège de la MCB. On nageait alors en plein scandale du détournement des Rs 600 millions du fonds de pension et la toute nouvelle Icac montrait qu?elle avait le pouvoir d?intervenir sans avoir été sonnée?
Mais pourquoi n?a-t-elle pas réagi de la même façon pour les allégations de corruption contre le ministre des Terres Asraf Dulull ? « Dans le cas MCB, il n?y avait pas de dépositions à la police et des détails troublants ont été révélés dans la presse, c?est ce qui nous a poussés à agir car aucune institution n?enquêtait », explique-t-on au siège de l?Icac.
Dans l?affaire Dulull, le Central CID a commencé à enquêter qu?après que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, eut convoqué le commissaire de police par intérim. L?attention de l?Icac avait bien été attirée par l?entrefilet paru sous la rubrique « confidentiel » de l?express-samedi quelques jours plus tôt. Mais en l?absence d?informations sur le ministre cité, elle ne pouvait passer à l?action.
Pas vraiment opérationnelle
Les limiers du Central CID ayant été saisis du dossier, l?Icac ne pouvait donc pas se ruer dans les brancards . Mais pourquoi le commissaire de police p. i. a-t-il préféré confier le dossier brûlant à ses services plutôt qu?à l?Icac ? C?est tout à sa discrétion selon le Prevention of Corruption Act (PoCA), confie un limier qui travaille pour la commission.
C?est à la lumière des conclusions de l?enquête que le dossier sera refilé à l?Icac. « Mai si lapolis ti kapav fer sa kalite lenket la, pa ti pu ena l?Icac », s?indigne un de ses collègues.
Le fait que le Central CID est sur cette enquête prête aussi à controverse. Le courtier allégué de Dulull, Raffiq Peermamode, aurait dû être inculpé sous une accusation d?escroquerie et non pas de trafic d?influence sous le PoCA, souligne une source à l?Icac.
Il y a le risque que le chef d?inculpation ne tienne pas la route, prévient-elle. Elle rappelle un cas précédent où les charges ont été rayées contre une personnalité et c?est l?Icac, ayant pris le relais, qui a porté le chapeau pour ce fiasco alors que c?est la police qui s?y est mal prise avec son enquête. Mais d?autres expliquent que l?Icac ne pouvait prendre ce dossier en main car elle n?a pas encore un commissaire à la tête et ne serait, de ce fait, pas vraiment opérationnelle.
En attendant que l?Icac soit saisie du dossier, le Central CID a entendu cette semaine le P.-d.g. de Bel Air Sugar Estate (BASE), Paddy Rountree, qui a confirmé les dires de son homme de confiance, le Public Relations Officer Anil Nemchand.
L?homme d?affaires s?aligne sur les dépositions de ce dernier, affirmant que la somme d?un million d?euros, soit Rs 35 millions, a été sollicitée la première fois, pour accélérer l?approbation de la demande de bail des Pas géométriques pour le projet IRS de BASE. Mais il n?a pas personnellement été approché car ce serait Raffiq Peer-mamode qui traitait avec Anil Nemchand.
Dans un deuxième temps, la somme a été gonflée, étant passée de Rs 35 à Rs 50 millions. Anil Nemchand a été invité à consigner de nouvelles dépositions et il a donné le nom d?une personne qui a entendu la conversation téléphonique qu?il a eue avec son patron après une rencontre avec Raffiq Peermamode.
Droit au silence
Dans le cadre de l?enquête, le député Shakeel Mohamed a aussi été entendu à propos d?un dîner réunissant le ministre Dulull et le VPM Rashid Beebeejaun chez le frère de Raffiq Peermamode, Noorani, à Péreybère en décembre. C?est lors d?une conversation, au cours de ce dîner, que Raffiq a été mis au courant de ce projet.
La prochaine étape de la police sera donc de se pencher sur les appels téléphoniques entre Raffiq Peermamode et Anil Nemchand pour confirmer que les deux étaient en contact durant la période où le pot-de-vin a été réclamé.
Demain, vers les 8 heures, le ministre Dulull se rendra au Central CID, au lieu de mardi, pour donner sa version des faits. La décision a été prise hier matin à son bureau, à la Moorgate House, après consultation avec ses hommes de loi, Mes Raouf Gulbul, Pazhany Rengasamy et Showkat Oozeer.
De son côté, Raffiq Peermamode a dit son intention de faire valoir son droit au silence.
Publicité
Publicité
Les plus récents