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Leçon à retenir
Il reste beaucoup à conquérir pour améliorer notre démocratie. Ce n?est pas parce que nous sommes assurés d?aller aux urnes chaque cinq ans qu?il faut baisser la garde. Pour le bon fonctionnement de la démocratie entre les élections, il faut que le gouvernement soit sensible et attentif aux arguments de ceux qui contestent son action. Quand c?est nécessaire, il doit avoir le courage de reculer.
En France, pays qui est considéré comme une démocratie de référence, le Parlement devrait adopter aujourd?hui une loi destinée à remplacer le contrat première embauche (CPE), un dispositif qui est à l'origine de plus de deux mois de crise sociale. Face à l?offensive de l?opinion publique, le gouvernement a cédé.
La flexibilité du gouvernement français contraste avec l?entêtement dont a fait preuve le gouvernement de Navin Ramgoolam au sujet de notre CPE. Ici, le pouvoir a utilisé la méthode autoritaire et a fait fi de la contestation. Il a refusé la consultation et s?est appuyé obstinément sur quelques lignes extraites d?un rapport des examinateurs sur une épreuve d?anglais du CPE.
Si les forces citoyennes ont obtenu l?abrogation du CPE en France tandis qu?à Maurice le pouvoir est resté sourd aux vives critiques contre la formule de Gokhool, c?est aussi parce que la contestation était mal structurée. L?opinion n?a pas été suffisamment conscientisée.
Il y a eu certes des prises de position très fortes, notamment des intellectuels, mais la rue n?a pas fait entendre ses revendications. Quelques Ong se situant dans la mouvance de l?Eglise catholique ont tenté d?organiser la résistance mais leur mouvement s?est vite essoufflé parce qu?il lui a manqué le relais politique.
L?opposition a offert un triste spectacle de guerres intestines et familiales sans jamais susciter une mobilisation populaire. Il est vrai que le MSM a eu le mérite d?avoir tenté d?expliquer les méfaits du retour de la ?rat race? dans ses réunions nocturnes mais, très vite, il a relégué cette question au dernier rang de ses préoccupations. Le besoin de régler ses petits problèmes avec le MMM était trop pressant. Quant à ce dernier, il a abandonné son mode d?action préféré, c'est-à-dire la méthode dure, pour favoriser une bataille juridique à l?issue incertaine. De plus, ses juristes ne se pressent pas finaliser leur dossier contre la formule Gokhool.
Quoi qu?il en soit, la partie est loin d?être gagnée sur le front juridique. Dans le meilleur des cas, les juges peuvent ordonner le report de la réforme d?une année. Or, on sait que ce répit ne sera pas utilisé par le gouvernement pour trouver une solution en concertation avec les forces citoyennes. On voit mal Navin Ramgoolam et Dharam Gokhool enclencher des discussions sur le danger d?une sélection à l?âge de 11 ans, sans une offensive populaire.
L?opposition est aujourd?hui encore moins apte à organiser la riposte. Le MMM rechignera à s?engager dans ce combat parce que le conflit est perçu comme ayant des enjeux communaux. Dans la nouvelle configuration politique, sans le MSM à ses côtés, le parti de Paul Bérenger abordera avec beaucoup de circonspection la question du CPE. Il ne prendra pas le risque de se positionner dans un camp alors que la polarisation ethnique est à son comble. Pour des raisons différentes, le MSM semble également peu enthousiaste à combattre le CPE, version Gokhool. Le dégel apparent de ses relations avec le PTr pourrait en être la raison.
Les calculs politiciens de l?opposition et la propension du pouvoir à gouverner par le mépris augurent mal de l?avenir de notre démocratie. Il faut se ressaisir avant que notre République se convertisse à la culture de la banane.
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