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Le désarroi d?un licencié

12 avril 2006, 00:00

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Tout licenciement est synonyme de pilule amère à avaler. Mais quand en plus, les actionnaires de l?entreprise passent par un intermédiaire pour l?annoncer et ce, sans préavis, la pilule a un goût prononcé de fiel. C?est ce qu?éprouve depuis le 31 mars dernier Ramakrishna Pothen (photo).

Cet homme de 43 ans, qui a donné 19 ans de sa vie au fabricant de verres optiques successivement connu comme Optica Lenses Manufacture et Delta Vision Ltée, figure parmi les 11 licenciés de cette société en liquidation qui est un partenariat entre un Français et le groupe Espitalier Noël (ENL).

Et même si le groupe ENL a finalement accepté, après négociations tripartites, de leur verser une compensation de préavis vendredi (voir hors-texte), cela n?atténue en rien le sentiment de Ramakrishna d?avoir été ?utilisé puis froissé comme une vulgaire boule de papier que l?on jette à la poubelle?.

D?ailleurs, ce qui frappe le plus chez lui, c?est son regard qui est éteint. ?Je ne sais qu?ébaucher des verres optiques, dit-il en montrant ses mains en signe d?impuissance. C?est ce que j?ai fait pendant la majeure partie de mon temps de service à Delta Vision Ltée. Il est le seul fabricant de verres optiques à Maurice. De plus, mon âge sera définitivement un handicap à une future embauche.?

Depuis 12 jours, poursuit-il d?une voix blanche, ?kouma dir mo dan le teneb. Sa lisansiman la inn pas tro vit. Mercredi fer reyon pou anons nou recevership. Zedi konze piblik. Vandredi nou out ! Li extra dir. Mo pa finn gaygn letan reazir?.

En venant frapper à la porte d?Optica Lenses Manufacture de St.-Pierre, cet habitant de Verdun, qui n?a étudié que jusqu?en Form V, croit en ses chances d?embauche car l?entreprise n?exige pas d?expérience de travail antérieure et assure même la formation de ses recrues. Il est embauché comme assistant du storekeeper et passe storekeeper au bout de trois ans. L?entreprise se porte bien : les commandes sont nombreuses et les heures supplémentaires à effectuer aussi.

Voulant améliorer son niveau de vie ? il est marié à Jayamanee et père de Nadakrishna, huit ans avec à sa charge, sa mère Appamah ? il demande à rejoindre l?équipe des ébaucheurs, qui sont rétribués à la pièce. Sa requête agréée, Ramakrishna s?applique et rafle presque toutes les primes de productivité. Au début des années 90, il note une baisse dans les commandes. Le directeur d?alors le rassure en lui disant c?est conjoncturel. Les commandes continuent à piquer du nez. Le partenaire français finit par vendre ses actions à un compatriote et la société est rebaptisée Delta Vision Ltée. Une partie des employés est certes remerciée mais dans les règles de l?art.

La société se redresse progressivement en se concentrant sur sa section verres de prescription. ?L?an dernier, cette section qui ne vendait que pour Rs 250 000 par mois, s?est mise à vendre pour plus de Rs 1 million mensuellement.? Soulagé, Ramakrishna continue à travailler sans penser au pire qui lui tombe pourtant sur la tête sans crier gare à la fin mars.

Aujourd?hui, il ignore de quoi son avenir sera constitué. Il sait seulement qu?il ne pourra plus payer les leçons particulières de son fils et gèlera son compte Plan épargne logement. Sa femme devra se mettre en quête d?un travail. Lui refuse d?aller chercher du côté des usines de peur d?être à nouveau rejeté. ?Inn tret nou kavalierman. Diznef an mo la suer inn al dan dilo??

NÉGOCIATIONS

Des avances en termes de préavis

■ A la suite de négociations tripartites entre le ministère du Travail, le négociateur syndical Yusuf Sooklall et le ?Receiver manager? Raj Gangoosirdar, le groupe ENL a accepté de payer une avance en termes de préavis équivalente à trois mois de salaire de base pour les employés comptant plus de trois ans de service et un mois pour ceux ayant moins de trois ans d?embauche. Ce paiement se fera vendredi à l?usine. Pour Yusuf Sooklall, cette décision montre que ?le bon sens a finalement prévalu du côté du groupe ENL?. Le président de la ?Free Democratic Unions Federation? apprécie la diligence avec laquelle le ministère du Travail a traité ce dossier. Il compte prendre l?exemple de Delta Vision Ltée pour relancer avec le gouvernement les discussions autour de la nécessité d?une révision de la législation sur la liquidation.

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