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Man?uvre d?intimidation

11 avril 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La presse est en procès. De quoi est-on accusé ? D?avoir orchestré un ?trial by the press? contre le ministre Asraf Dulull. Si ce n?est pas une nouvelle brimade contre les journaux indépendants, après le malfamé ?Media Commission Bill?, ça y ressemble. En tout cas, les propos hostiles tenus par le pouvoir à l?égard des journalistes depuis l?affaire Dulull sont bien à l'image de l'estime dans laquelle nous tiennent les gouvernants, quels qu?ils soient.

Revoyons la séquence des événements. Un homme d?affaires transmet au Premier ministre des allégations selon lesquelles le ministre du Logement aurait sollicité un pot-de-vin par le biais d?un intermédiaire. Le PM juge l?affaire assez sérieuse pour demander au commissaire de police par intérim d?instituer une enquête. ?L?express? révèle les premiers détails de l?affaire le mercredi 5 avril, soit seulement le jour où l?intermédiaire est arrêté et est inculpé provisoirement de trafic d?influence. Fallait-il, même à ce stade, cacher l?information au public ?

En fait, nous étions au courant, dès le départ, des allégations formulées dans l?e-mail envoyé au Premier ministre mais nous avons attendu qu?un témoin fasse une première déposition formelle avant de faire état des faits allégués. Par la suite, nous avons rendu compte de l?évolution de l?enquête du CCID en nous assurant que tant la collecte de l'information que sa présentation sont conformes à l?éthique. Par souci d?équilibre, nous avons sollicité et publié la version de ceux qui sont mis en cause. Asraf Dulull a choisi de ne pas répondre à certaines questions précises. C?est son choix. Nous avons néanmoins rigoureusement respecté la présomption d?innocence et bien entendu, jamais préjugé de quelque manière de l'issue de l?enquête. De ce fait, il n?y a ni faute ni ?trial by the press?. La faute aurait été de nous calquer sur les médias du service public et de refuser de divulguer l?information.

Le journaliste n?est pas au-dessus de la loi. Si en rapportant l?affaire, des journaux ont enfreint les lois contre la diffamation, les personnes lésées peuvent avoir recours à la justice pour obtenir réparation. Mais, les professionnels de l'information doivent être libres de rapporter les informations qui sont d?intérêt public aussi longtemps qu?ils le font avec exactitude, précision, et intégrité. Les menaces de représailles et les tentatives d?intimidation qui se multiplient depuis quelque temps ne peuvent que faire partie d?une stratégie liberticide.

Publier une information sur l?enquête policière au sujet des allégations de pots-de-vin qu?aurait réclamés Asraf Dulull ne fait pas du ministre un coupable. Loin de nous l'idée de porter un jugement. Seuls les enquêteurs, et éventuellement la justice, peuvent désigner les coupables. Notre rôle est de rapporter l?information sur le déroulement de l?enquête. C?est le meilleur moyen de prévenir toute velléité des autorités à étouffer l?affaire.

Le gouvernement a reproché à la presse d?évoquer cette affaire à un moment où l?implosion de l?opposition dominait l?actualité. Mais, nous ne gérons pas le calendrier de ceux qui ont fait éclater l?affaire, des directeurs de Bel Air Sugar Estate au Premier ministre lui-même. Le timing de l?affaire a été déterminé dans une large mesure par le Premier ministre. En revanche, il ne saurait influencer notre jugement rédactionnel et dicter l'attention que nous devons porter à ce sujet.

En déclenchant une enquête, le Premier ministre a fait son devoir. En assurant le droit du citoyen à l?information, nous faisons le nôtre.

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