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Les jacassements de la basse-cour
Immisçons-nous dans la logique ? pouvoiriste ? de nos politiciens et tentons de décoder leurs récentes man?uvres. Partons du postulat que rien n?est impossible dans notre système politique. Les acteurs politiques eux-mêmes avouent, sans gêne, qu?ils n?écartent aucun scénario. Quitte à ce qu?ils se ridiculisent aux yeux de l?opinion, en faisant des courbettes, en se muant en girouettes.
À travers ce regard cynique, on s?aperçoit que l?adhésion de Maurice Allet et d?Eric Guimbeau dans le camp de la majorité, l?éclatement de l?opposition parlementaire, la démission d?Ashock Jugnauth du MSM sont des événements imbriqués les uns dans les autres. Ils sont tributaires d?un paysage politique en phase de décomposition-recomposition, même si la prochaine échéance électorale ? théoriquement en 2010 ? semble a priori loin.
À bien voir, c?est Navin Ramgoolam qui orchestre le jeu sur l?échiquier. Malgré son pouvoir quasi-absolu, le Premier ministre cherche à protéger ses arrières. Il est conscient que malgré ses deux victoires électorales, son point faible demeure la frustration grandissante d?un segment de l?électorat, celle de la population générale.
Au sein du rassemblement hétéroclite de symboles de l?Alliance sociale, le cheval de Xavier-Luc Duval ne fait plus le poids.
Avec les Verts de Sylvio Michel qui tambourinent leur frustration aux quatre coins du pays et la réforme Gokhool condamnée par l?Église, le Premier ministre a davantage besoin d?un chef politicien qui soit au chevet de son électorat qu?un ministre préoccupé à vendre Maurice à l?étranger. Maurice Allet peut pallier cette absence sur le terrain populaire alors qu?Éric Guimbeau peut faire le lien avec un secteur privé quelque peu reclus. Mais plus important encore, ils apportent avec eux le symbole coq qui, que ce soit dans l?imaginaire collectif ou sur une affiche électorale, signifie plus qu?un cheval qui court toujours derrière une identité.
En « recrutant » Allet et Guimbeau, Navin Ramgoolam, en fin stratège, a aussi fragilisé l?opposition et a décrédibilisé Paul Bérenger, celui-là même qui est le plus susceptible, par son expérience parlementaire, de freiner la machinerie gouvernementale.
Aujourd?hui, le leader du MMM se voit contraint de prendre Pravind Jugnauth comme cible et de débaucher des MSM dans une tentative de reconquérir son titre perdu, au lieu de concentrer ses tirs sur l?affaire Dulull, la première crise du gouvernement Ramgoolam II.
On se retrouve donc avec un rapport de forces triangulaires : le PTr face à deux pôles d?opposants, le MMM et le MSM, qui s?entre-déchirent. Les autres partis (ceux qui ne dépassent pas le seuil de 10 % de votes ou ceux en voie de création) ne sont que de simples pions sur l?échiquier et sont condamnés à être des suiveurs. À partir de cette donne, rappelons que toutes les combinaisons sont possibles.
Premier scénario, celui qui paraît être le plus plausible. Ashock Jugnauth, seul, ne vaut pas un sou, quoiqu?en dise Paul Bérenger. Le démissionnaire a deux choix : rejoindre le MMM ou créer un MSM bis, comme son frère a jadis créé un MMM bis en 1983. Certains anciens MSM, comme Anil Gayan et Ajay Daby, pourraient le rejoindre sur cette nouvelle plateforme qui, en s?alliant éventuellement avec le MMM, offrirait le quotient hindou qui manque à Paul Bérenger.
Cette situation pourrait pousser le MSM de Pravind Jugnauth dans les bras du PTr de Navin Ramgoolam, qui incidemment commence à flatter sir Anerood. Contrairement à 2005, le leader MSM pourrait cette fois-ci accepter un poste de vice-Premier ministre ? qui est nettement mieux que d?être balayé une fois encore en dehors de l?hémicycle. De tous les leaders politiques, Pravind Jugnauth conserve deux avantages : il est relativement jeune et il a des assises financières solides. Il peut attendre 2015 pour se présenter comme Premier ministre. Une alliance PTr-MSM serait surtout bénéfique à Pravind Jugnauth.
Mais pourquoi le PTr s?allierait avec le MSM qui pêche dans le même réservoir électoral ? Pourquoi Navin Ramgoolam administrerait-il du sérum à Pravind Jugnauth ? À première vue, il n?y a aucune raison, sauf celle d?un drapeau bleu-blanc-rouge qui fait toujours chavirer quelques nostalgiques.
Une autre analyse (celle de Ram Seegobin du parti Lalit) entrevoit, avant 2010, un éventuel gouvernement PTr-MMM en raison d?une « logique économique » : le MMM apporterait un régime « ser ceintir » que le PTr, par philosophie, ne peut appliquer.
Ce scénario rendrait le personnage Bérenger encore plus machiavélique. Car il épouserait, une deuxième fois, Navin Ramgoolam, après avoir courtisé Ashock Jugnauth, provoquant même sa rupture avec sa famille. Le tandem Ramgoolam-Bérenger, face à un MSM éclaté, jubilerait comme en 1995.
Tout homme est un « animal politique », disait Aristote. Aujourd?hui, on dirait plutôt, après le show indécent de ces dernières semaines et les scénarii d?avenir, que certains hommes sont effectivement des animaux politiques, c?est-à-dire des bêtes assoiffées de pouvoir, car le mot politique semble être dépouillé de sa noble connotation de « bien public ». L?action du politicien se détourne de l?intérêt commun vers des intérêts privés, au détriment du peuple passif, spectateur de moins en moins sidéré devant les pirouettes de notre basse-cour politique?
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