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Ehoud Olmert, un politicien chevronné

2 avril 2006, 00:00

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Ehoud Olmert, qui a mené son parti Kadima à la victoire à l?issue des élections législatives du 28 mars en Israël, est un politicien chevronné, même s?il n?a pas le même charisme que son prédécesseur. Baigné dans la politique depuis son plus jeune âge, son ascension a été régulière. Jusqu?à ces difficiles mois d?intérim, comme un véritable test grandeur nature avant le scrutin.

Depuis l?hémorragie cérébrale qui a plongé celui qu?on surnomme « Arik » (« Le lion ») dans le coma le 4 janvier, Ehoud Olmert occupait déjà les fonctions de Premier ministre par intérim. Et même si, en conseil des ministres, le fauteuil qu?occupait à ses côtés Ariel Sharon reste respectueusement vide, il a très rapidement imposé son empreinte sur le gouvernement.

Un homme politique intelligent mais parfois brutal

Il a déjà prouvé son courage, en montrant sa fermeté vis-à-vis des extrémistes, tant du côté des Palestiniens que des colons juifs, tout en préparant ses concitoyens à de nouvelles concessions territoriales à venir. Et géré les affaires avec diplomatie mais détermination, le mélange est fait pour séduire les Israéliens, estime le politologue Yossi Verter dans Haaretz.

Ehoud Olmert, qui n?a jamais été particulièrement populaire auprès de l?opinion publique israélienne, a pourtant bel et bien conduit son parti centriste à la victoire, succédant ainsi officiellement à Ariel Sharon. C?est une opportunité à laquelle cet avocat de 60 ans, politicien de carrière, a pu se préparer depuis plusieurs décennies en tant que parlementaire, maire de Jérusalem, ministre, et finalement proche collaborateur et héritier probable d?Ariel Sharon.

« Il est proche des décideurs depuis longtemps et a observé plusieurs Premiers ministres », analyse Eyal Arad, spécialiste du parti Kadima. « Il a eu toute la formation requise et il a certainement les capacités. »

Mais il a aussi été l?objet de certaines controverses. Il a ainsi débuté sa carrière en champion de la lutte anti-corruption, avant d?être lui-même poursuivi ? puis acquitté ? dans une affaire de corruption.

Il s?est forgé une réputation d?homme politique intelligent, mais également parfois brutal et ouvertement condescendant envers ses adversaires politiques.

Il cultive son image de citoyen ordinaire adorant assister aux matches de son équipe de football favorite, le Beitar. Mais il aime aussi les bons cigares et les costumes chics que la plupart des autres supporters du Beitar n?ont pas les moyens de se payer?

Autrefois « faucon », partisan du Grand Israël, Ehoud Olmert a changé radicalement de cap, décidant que l?État hébreu devait se retirer de la plupart des territoires annexés pendant la guerre de 1967, à un moment où de nombreux Israéliens parvenaient à la même conclusion.

« C?est vraiment un pragmatique et il est très, très, très intelligent », assure David Kimche, président du Conseil israélien des Affaires étrangères. Il faut dire qu?Ehoud Olmert a toujours baigné dans la politique. Né en Russie, son père Mordechaï, arrivé en Palestine en 1933, a été élu à la Knesset dans les années 50 sous l?étiquette Hérout, l?ancêtre du Likoud, qui voulait étendre les frontières d?Israël afin d?y inclure tout Jérusalem, la Bande de Gaza et la Cisjordanie.

Son fils s?est fait un nom dès l?âge de 21 ans, en prenant la parole lors d?une convention du Hérout, réclamant la démission de Menachem Begin, l?accusant d?avoir conduit le parti à une série d?échecs électoraux. Élu à la Knesset à 28 ans, il devient le plus jeune député jamais élu.

Dix ans à la tête de la Ville sainte

Pourfendeur de la corruption, il devient ministre en 1988, avant de battre à plates coutures en 1993 le légendaire maire de Jérusalem, Teddy Kollek, lors d?une élection municipale très disputée. Il restera dix ans à la tête de la Ville sainte, suscitant notamment la controverse en cherchant à affermir le contrôle juif sur les quartiers traditionnellement arabes de Jérusalem.

En 2003, quand Ariel Sharon a été réélu à la tête du gouvernement, il appelle auprès de lui Ehoud Olmert, qui devient son vice-Premier ministre et son confident. Et a sans doute été pour beaucoup dans la décision d?Ariel Sharon de se retirer de la Bande de Gaza l?été dernier. Le choix du « désengagement », particulièrement courageux et novateur au sein du Likoud.

Dans un entretien au journal Yediot Ahronot de décembre 2003, Ehoud Olmert déclarait en effet que si Israël ne se retirait pas rapidement des territoires palestiniens, la population juive serait vite submergée par la population arabe, de plus en plus nombreuse. Le grand défi d?Ehoud Olmert sera désormais d?aller jusqu?au bout de cette logique.

■ © Le Nouvel Observateur

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