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Prévenir la dislocation sociale
Un mois durant, les partis politiques vont dépenser leur énergie en vue de la démonstration rituelle de leurs capacités de mobilisation partisane lors des rassemblements du 1er Mai. Six semaines après cette date, Rama Sithanen présentera son premier budget 2006-2007. Avec pour toile de fond une transition socio-économique difficile, malgré quelques lueurs d?espoirs et des frémissements de relance de l?investissement. On est toujours loin du compte? alors que le temps presse terriblement pour prévenir une dislocation sociale.
Le spectacle dont nous gratifient ces temps-ci les leaders des partis politiques de l?opposition est honteux. Il confirme la perception grandissante selon laquelle la politique aujourd?hui n?est qu?une entreprise au service des seuls intérêts du leader et de sa clique, complètement déconnectés de leur vocation première qui est de travailler dans l?intérêt général pour le bien-être de la population.
Au vu des récents échanges de propos entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger, la conclusion s?impose d?elle-même : politique ne rime définitivement plus avec dignité et sens de l?honneur ! En avant-goût de ce triste spectacle, la population a eu droit à la partition de Maurice Allet et de son PMSD. Quand à cela viennent s?ajouter des pratiques très marquées par l?esprit partisan de nos gouvernants, doit-on s?étonner de l?absence de repères qui sont à la base des dérives dangereuses au sein de notre société ?
Alors que les politiques devraient incarner des « role models », ils sont aujourd?hui, dans une grande majorité, à l?avant-garde de l?entreprise « in » du moment qui a pour activités principales la recherche de « bouttes », la distribution de récompenses, la recherche de compensations de toutes sortes.
À l?agenda des lobbys et des groupes de pression aujourd?hui, il n?y a que la réclamation de « sa part » du gâteau national. On voit là l?expression d?une mentalité « d?assisté-rôdeur de boutte » renforcée par le matraquage de « l?idéologie du partage » démagogique ? loin d?une vision fondée sur une réelle solidarité nationale ? nourrie par les politiques. Or, la réalité brutale aujourd?hui, c?est que si on persiste avec cette mentalité et qu?on continue à se vautrer dans le « confort paresseux », il n?y aura très bientôt que la misère à partager.
Pour éviter cela, il faudrait s?attaquer aux multiples déficits ? économiques, sociaux et culturels ? afin d?assurer le développement, promouvoir l?investissement et créer des entreprises compétitives. Dans l?environnement mondialisé, où plus que jamais « no one owes us a living », il faudra, pour réussir la transition socio-économique, doser l?effort en fonction des résultats escomptés.
Est-il réaliste de croire que nous obtiendrons auprès des pays amis et des organisations internationales, le montant de Rs 150 milliards nécessaires pour financer la restructuration de l?économie mauricienne ? Et si le montant obtenu est bien en deçà de celui recherché ? Le bon sens voudrait que tous les acteurs du développement se préparent déjà au « worst case scenario ».
La réussite de la transition passe par la résolution de l?équation socio-politique entre les acteurs du développement. Or jusqu?ici, ils sont encore trop nombreux ceux qui persistent et signent dans une démarche qui consiste à désigner un bouc émissaire, évitant ainsi à se repenser afin de mieux jouer son rôle et d?assumer sa responsabilité. La logique de « l?enfer c?est les autres » a conduit à un profond blocage sociétal. Sous l?effet combiné du « faire semblant », du divorce persistant entre les pratiques et les discours, du recours au « lip servicing », et du déni des réalités, le blocage sociétal risque de se muer en dislocation sociale. On en voit déjà les premiers signes. Jusqu?où encore faudra-t-il descendre pour qu?il y ait un véritable sursaut chez ces réfractaires au véritable changement, changement nécessaire pour gagner la bataille d?un développement performant, juste, équitable ?
Les clefs de la réussite se trouvent à Maurice. À tous les niveaux, des Mauriciens ont compris que l?avenir réside dans le travail, la rigueur, l?optimisation des ressources, et non dans les grandes promesses, les discours creux et démagogiques, et les effets d?annonce sans lendemain. Et si nos gouvernants se mettaient davantage à l?écoute de cette île Maurice-là comme source d?inspiration et de modèle dans la résolution de l?équation du développement lors de la préparation du prochain budget ?
Malenn OODIAH
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