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Chirac promulgue la loi sur le CPE mais le désaccord reste entier
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Chirac promulgue la loi sur le CPE mais le désaccord reste entier
«J?ai décidé de promulguer la loi», a annoncé Jacques Chirac lors de son allocution tant attendue hier sur le contrat première embauche, contenu dans la loi sur l?égalité des chances. «Mais je vais aussi demander au gouvernement de préparer deux modifications de la loi, portant sur les deux points qui ont le plus fait débat», a-t-il aussitôt assuré. «La période [d?essai] de deux ans sera réduite à un an», et «en cas de rupture de contrat, le droit du jeune salarié à en connaître les raisons sera inscrit dans la nouvelle loi.»
«Enfin, en pratique, je demande au gouvernement de veiller à ce qu?aucun contrat ne soit signé sans qu?il intègre ces modifications», a plaidé le chef de l?Etat. Malgré la promulgation, cette annonce revient à une forme de suspension du CPE tel qu?il a été voté. «J?ai entendu (...) les inquiétudes qui s?expriment chez de nombreux jeunes et chez leurs parents. Et je veux y répondre», avait dit le président, en préambule d?une allocution de neuf minutes.
Le président de la République a appelé les partenaires sociaux et les organisations étudiante et lycéennes à «prendre toute leur part dans l?élaboration de ces nouvelles dispositions». Il en a aussi appelé à leur sens de la responsabilité, non sans avoir déploré les «violences» générées en marge des manifestations.
Il a ensuite promis l?ouverture d?un «grand débat national sur les liens entre l?Université et l?emploi, pour faciliter l?insertion professionnelle des jeunes».
En pleine crise, et alors que les opposants avaient appelé à des rassemblements pendant son discours, le chef de l?Etat a enfin tenté de se poser en fédérateur : «En République, quand il s?agit de l?intérêt national, il ne saurait y avoir ni vainqueur ni vaincu. Nous devons maintenant nous rassembler», a-t-il dit.
«Grand débat»
Les modifications que Jacques Chirac a proposées pour sortir de la crise vont être faites «rapidement», a promis Jean-Louis Debré, le président de l?Assemblée nationale, sur TF1. La droite s?est félicitée de l?intervention du chef de l?Etat, Nicolas Sarkozy en tête. Jacques Chirac a pris «une décision sage, conforme à ce que l?immense majorité des parlementaires UMP souhaitait», a estimé le ministre de l?Intérieur, soulignant qu?il avait lui-même plaidé pour le «compromis» dans le CPE.
Chez les anti-CPE, l?allocution de Jacques Chirac n?a pas convaincu : le président «a fait compliqué là où il devait faire simple», a estimé François Hollande, premier secrétaire du PS, pendant que le président du groupe PS dénonçait la «construction abracadabrantesque» des annonces présidentielles. Surtout, les syndicats ont réitéré en ch?ur leur appel à une journée de grève et de manifestations le mardi 4 avril.
En vertu de la Constitution, le président de la République disposait de neuf jours pour promulguer la loi sur l?égalité des chances dont l?article 8 introduit le CPE, ou demander une nouvelle délibération du texte ou de certains de ses articles au Parlement.
La balle est maintenant dans le camp du Premier ministre, Dominique de Villepin, qui doit décider si les modifications prendront la forme d?un projet ou d?une proposition de loi.
La deuxième solution aurait l?avantage d?être plus rapide et une discussion à l?Assemblée nationale pourrait avoir lieu dès la semaine prochaine.
Le scénario de sortie de crise présidentiel s?est écrit «en étroite liaison» avec Dominique de Villepin, a-t-on précisé dans l?entourage du chef de l?Etat. Les deux hommes s?étaient encore rencontrés hier matin à l?Elysée.
Les syndicats mécontents
Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière (FO), a jugé la décision présidentielle «incompréhensible» et «pas acceptable». «Ce n?est pas à la hauteur de ce que nous espérions (...), nous n?avons pas la réponse que nous escomptions», a-t-il déclaré sur France 2, indiquant que FO maintenait son appel à la grève mardi 4 avril. Même son de cloche du côté du secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui a indiqué sur TF1 qu?il maintenait l?appel à une journée de grève et de manifestations le mardi 4 avril.
Le secrétaire national de la CFDT, Rémi Jouan, a estimé hier que Jacques Chirac «reconnaît que le CPE n?est pas bon, que ce n?est pas une bonne mesure». «On peut considérer qu?il nous donne raison, mais il ne donne pas les moyens au dialogue social de corriger le tir sur le CPE», a-t-il déclaré à l?AFP.
Bruno Julliard, président de l?UNEF, s?est dit «consterné» par la déclaration de Jacques Chirac, jugeant «très probable» que les étudiants décident la poursuite de la mobilisation. La porte-parole de l?Union syndicale G10-Solidaires, Annick Coupé, a estimé que Jacques Chirac «fait fausse route» et qu?il «prend le risque de maintenir des tensions sociales importantes dans le pays». A Paris, plusieurs centaines de personnes, lycéens, étudiants et représentants de divers partis politiques (LCR, PCF) et syndicats (FSU, CFDT), rassemblées hier soir place de la Bastille à Paris, ont sifflé l?allocution du président Jacques Chirac diffusée par un camion-sono. Au moment où le chef de l?Etat annonçait qu?il promulguait la loi sur l?égalité des chances, les manifestants se sont mis à scander : «Chirac en prison, Villepin démission» et «retrait du CPE.»
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