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Qui n?entend qu?un son?
Ambassadeur de Maurice à Genève de 2000 à 2004, j?ai lu avec beaucoup d?intérêt l?interview de Claude Mercier, consultant en Commerce international, dans l?express du 23 février. Je ne peux m?empêcher d?exprimer mon désaccord sur deux points précis.
D?abord, citant Pascal Lamy, l?actuel directeur général de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), Claude Mercier pense que 60 % des négociations ont été complétés. Je me permets d?en douter.
Il est vrai qu?au mois de juillet 2004, les membres de l?OMC, après des négociations ardues, ont réussi à trouver le consensus in extremis sur un accord-cadre (The July Framework Agreement) visant à donner un nouvel essor aux négociations après le faux-pas de Cancun en 2003. Mais on a vu par la suite que, quand les membres ont commencé à discuter sérieusement des modalités, ils ont vite déchanté après l?euphorie passagère de l?accord-cadre. Car il est connu de tous qu?à l?OMC : ?The devil is in the details.?
Je voudrais prendre un exemple concret pour prouver que les choses ne bougent pas aussi vite à l?OMC. Sur la question des tarifs industriels, le président du NAMA écrit ceci dans la conclusion de son rapport: ?Members are far away from achieving full modalities. This is highly troubling.? Vu l?impasse des discussions, il lance un appel aux ministres présents à Hong-kong pour la 6e conférence de l?OMC et leur demande de débloquer la situation par rapport à trois questions brûlantes:
Quelle formule de réduction tarifaire adopter et avec quelle rangée de coefficients?
Comment arriver à un consensus sur la question des flexibilités à être accordées aux P.V.D et aux P.M.A.?
Comment résoudre le problème des unbound tariffs?
Que s?est-il passé à Hong-Kong? Les ministres en sont revenus sans avoir pu se mettre d?accord. En réalité, ils n?ont pas eu le temps vraiment d?y prêter attention tant ils étaient pris par la discussion sur l?agriculture. Car pour le G20 un accord sur l?agriculture est un sine qua non si l?on veut voir les autres sujets bouger comme la propriété intellectuelle, les règles ou l?environnement. Donc les ministres ont simplement renvoyé la balle à Genève. Les commentateurs se demandent si on va pouvoir boucler le Cycle de Doha en 2006.
Plus loin dans son interview, Claude Mercier fait une remarque malheureuse. Se référant à la réunion de Cancun, il rend le G90 responsable de cet échec: ?le G90?.. a finalement fait dérailler les pourparlers.? Claude Mercier ne fait que répéter les propos de Robert Zoellick et de Pascal Lamy après Cancun. Non, c?est faire preuve d?un manque flagrant d?objectivité que de tout mettre sur le dos du G90.
Osons poser quelques questions. Qu?a fait Robert Zoellick pour résoudre le problème du coton en Afrique? Qu?a fait Pascal Lamy pour trouver une solution à la problématique du traitement spécial et différencié si cher aux pays pauvres? Pourquoi vouloir imposer à tout prix de nouveaux sujets comme les quatre sujets de Singapour quand on sait que les PVD et les PMA éprouvaient des difficultés énormes à mettre en application des règles et des accords pour lesquels ils n?ont pas les compétences voulues ? Pourquoi les promesses mirobolantes faites pendant le cycle d?Uruguay n?ont-elles pas été tenues? Comment expliquer que le nombre de PMA a augmenté depuis l?entrée en vigueur de l?OMC?
A Cancun, le G90 a su faire entendre sa voix pour mener un combat acharné contre les grands de ce monde pour faire respecter ses droits trop longtemps lésés. Donc, c?est trop facile de faire du G90 un bouc-émissaire. Pourquoi Claude Mercier ne souffle mot sur le rôle du G20 à Cancun?
Pour conclure, je voudrais faire une suggestion à l?université de Maurice. C?est une bonne initiative que d?inviter des experts étrangers pour venir éclairer nos lanternes sur les négociations en cours dans le domaine du commerce international. Mais il est intellectuellement plus motivant d?entendre les deux sons de la cloche plutôt qu?un. Il est connu de tous que le secrétariat de l?OMC a un hidden agenda. Puisqu?on clame sur tous les toits que le développement constitue la pierre angulaire du cycle de Doha, pourquoi ne pas inviter également des experts du calibre de Bhagirath Lal Das qui a été étroitement associé au GATT et à la CNUCED ou de Ha-Joon Chang de l?université de Cambridge, auteur de Kicking away the ladder ou encore de Joseph Stiglitz, Prix Nobel, auteur de Globalisation and its discontents.
Jaynarain MEETOO
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